Le 9 novembre, date fatidique de l’Histoire allemande
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Le 9 novembre, date fatidique de l’Histoire allemande

Date de la chute de l'Empire et de celle du Mur, cette année, elle marque les 80 ans de l'effroyable Nuit de Cristal et le centenaire de l'abdication du Kaiser

Des enfants scolarisés et autres amenés pour regarder brûler le mobilier des synagogues lors de la nuit de Cristal à  Mosbach, en Allemagne (Crédit : Autorisation)
Des enfants scolarisés et autres amenés pour regarder brûler le mobilier des synagogues lors de la nuit de Cristal à Mosbach, en Allemagne (Crédit : Autorisation)

De la chute de l’Empire à celle du Mur, le 9 novembre est devenue la « date fatidique » de l’Histoire de l’Allemagne au 20e siècle.

Cette année, elle revêt un caractère particulier avec les 80 ans de l’effroyable Nuit de Cristal et le centenaire de l’abdication du Kaiser.

1918 : Le dernier empereur

En novembre 1918, une atmosphère révolutionnaire règne en Allemagne, proche de la défaite dans la Première Guerre mondiale et moins d’un demi-siècle après l’unification de 1871.

Au pouvoir depuis 1888, l’empereur Guillaume II est confronté à une révolte de la Marine et à l’instauration dans tout le pays de conseils ouvriers. Il abdique le 9 novembre.

« Vive la République allemande ! »: Ce même jour, le social-démocrate Philipp Scheidemann annonce depuis le balcon du Reichstag à Berlin la naissance de ce qui allait devenir la République de Weimar.

Deux jours plus tard, l’Allemagne signe un armistice mettant fin à la Grande Guerre, qui aura fait près de 10 millions de morts. Les termes de la paix qui suivra seront jugés si humiliants pour les Allemands que des historiens jugent qu’ils portent le germe la Seconde guerre mondiale.

1923 : Le putsch de la Brasserie

Adolf Hitler avec un de ses valets d’avant-guerre, Karl Wilhelm Krause (Domaine public)

C’est le 9 novembre 1923 qu’Adolf Hitler, alors à la tête d’un modeste Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), et ses acolytes, dont Heinrich Himmler, Hermann Göring et Rudolf Hess, tentent de prendre le pouvoir par un coup d’État, entamé dans une brasserie bondée de Munich.

Hitler grimpe sur une chaise et tire dans le plafond, avant de proclamer la fin du « gouvernement des criminels de novembre », un terme utilisé par les contempteurs de l’Armistice. Mais policiers et soldats tuent dans l’œuf cette tentative de putsch.

Hitler est arrêté, sa tentative est un fiasco mais sert de mythe fondateur au futur IIIe Reich. Hitler se sert de son procès pour gagner en notoriété et répandre sa haine antijuive.

Condamné à cinq ans de prison, il n’en purgera que neuf mois durant lesquels il écrira Mein Kampf.

1938 : La Nuit de Cristal

Le 9 novembre 1938, de très violents pogroms anti-juifs, baptisés Nuit de Cristal ou Nuit du verre brisé, se répandent à travers l’Allemagne.

Conséquences de la Nuit de Cristal à Magdeburg, en Allemagne, en novembre 1938. (Crédit : Archives fédérales allemandes/WikiCommons)

Présentées comme une réaction spontanée au meurtre d’un membre de l’ambassade allemande à Paris par un Juif polonais, ces violences antisémites sont en réalité téléguidées depuis le sommet de l’Etat, 15 ans jour pour jour après le putsch raté de la Brasserie.

Membres des SA, des SS et des Jeunesses hitlériennes détruisent sur tout le territoire du Reich lieux de culte juifs et devantures de magasins tenus par des Juifs.

Au moins 90 Juifs sont tués et 30 000 déportés dans des camps de concentration. Cette explosion de violence a marqué, selon les historiens, le début de la campagne d’extermination des Juifs par le régime nazi.

De nombreux Allemands commémorent cette Nuit en polissant ou en déposant des fleurs sur les « Stolpersteine« , des milliers de petites plaques de laiton incrustées entre les pavés pour identifier les victimes et leur adresse.

Photo prise le 9 ovembre 2013 d’un « Stolperstein» sur une promenade à l’occasion du 75e anniversaire de la Nuit de Cristal qui a eu lieu la nuit du 9 et 10 novembre 1938 à Berlin (Crédit : AFP PHOTO / JOHANNES EISELE)

En 2017, 16 de ces plaques avaient été volées, illustrant la résurgence de l’antisémitisme.

1989 : Le Mur de Berlin tombe

Le 9 novembre 1989, c’est presque par accident qu’est tombé le Mur, érigé en 1961 et devenu le symbole de la Guerre froide entre Occidentaux et soviétiques.

Ce jour-là, un membre du Politbüro du parti dirigeant est-allemand, Günter Schabowski, est pris au dépourvu lors d’une conférence de presse lorsqu’il évoque de nouveaux droits de circulation pour les Allemands de l’Est.

« Pour autant que je sache, immédiatement », bredouille-t-il lorsqu’un journaliste étranger lui demande quand entreront en vigueur ces nouveaux droits.

Sa réponse fait l’effet d’une bombe. Des milliers de Berlinois de l’Est affluent vers les postes de contrôle dont les gardes, déboussolés, lèvent finalement les barrières.

La chute du Mur a lieu sans la moindre effusion de sang.

La fresque murale du mur de Berlin, peint à l’origine en 1988 par Günther Schaefer pour le 40e anniversaire de la Nuit de cristal en Allemagne nazie. La fresque est composée d’un drapeau israélien superposé sur un drapeau allemand (Crédit : CC-BY-SA Maartmeester, Flickr)

Les évènements tragiques précédents ont dissuadé les autorités de faire du 9 novembre une fête nationale. Finalement, ce sera le 3 octobre, jour de la réunification de l’Allemagne en 1990.

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