Le cabinet approuve le texte sur les caméras malgré l’opposition de Mandelblit
Rechercher

Le cabinet approuve le texte sur les caméras malgré l’opposition de Mandelblit

"Tout le monde prend des photos", a clamé Netanyahu. "Toutes les épiceries ont des caméras et les bureaux de vote ne le pourraient pas ?". Le vote aura lieu lundi à la Knesset

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (deuxième à gauche), dirige la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, avec le procureur-général Avichai Mandelblit, (à droite), le 8 septembre 2019. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (deuxième à gauche), dirige la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, avec le procureur-général Avichai Mandelblit, (à droite), le 8 septembre 2019. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Le cabinet a approuvé dimanche à l’unanimité la proposition de législation avancée par le Premier ministre Netanyahu, qui prône l’installation de caméras de contrôle dans les bureaux de vote au cours des élections de la semaine prochaine.

Le procureur-général Avichai Mandelblit, opposant à cette loi, a assisté – un fait rare – à la réunion.

Ce projet de texte controversé permettrait aux observateurs issus des partis politiques de déployer des caméras dans les bureaux de vote. Ce projet de texte – dit « loi sur les caméras » – est soutenu par Netanyahu et le parti du Likud au pouvoir et il a été férocement critiqué par les autres politiciens qui accusent le parti de tenter de précipiter l’adoption de la législation avant le vote prévu le 17 septembre.

La commission centrale électorale et Mandelblit se sont également opposés à la loi. Le procureur-général a émis un avis juridique, vendredi, dans lequel il avertit qu’elle pourrait entraîner le chaos dans le processus de vote. L’initiative, a-t-il ajouté, « aberrante et qui comporte de sérieux défauts », pourrait saper l’élection toute entière.

Le texte a été toutefois approuvé à l’unanimité par les ministres et il sera présenté dès lundi pour les trois votes en plénière requis pour être définitivement adopté.

« Aujourd’hui, nous présentons pour approbation le projet de loi pour les bureaux de vote », a dit Netanyahu au début de la rencontre du cabinet qui avait lieu au bureau du Premier ministre.

« L’intégrité des élections est l’un des piliers de la démocratie et c’est le meilleur moyen d’éviter les fraudes – installer des caméras et permettre la supervision par les autres parties en lice. La supervision mutuelle par tous les partis est l’essence de la transparence au sein de la démocratie et l’une des bases de la préservation de l’Etat de droit », a-t-il ajouté.

« La législation proposée dit que les caméras enregistreront ce qu’il se passe dans la salle de vote, mais pas dans l’isoloir », a continué Netanyahu.

« Le secret du vote sera strictement préservé », a-t-il ajouté. « En 2013, le juge Elyakim Rubinstein avait déclaré qu’il était nécessaire de réfléchir au sujet des caméras. [Le chef de la commission centrale électorale], le juge [Hanan] Melcer, a indiqué, concernant le dernier scrutin, que la fraude était un réel problème. Eh bien, les problèmes doivent être résolus et les problèmes qui concernent les élections doivent être résolus avant même qu’elles ne se déroulent ».

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

« Pas besoin de préparation, de formation ou d’équipement particuliers », a-t-il dit. « Les observateurs pourront filmer à l’aide de leur téléphone cellulaire. Cela arrive partout autour de nous, tout le monde prend des photos, tout le monde fait sa Story », a continué Netanyahu, se référant à un mécanisme de publication de clichés sur les plateformes des réseaux sociaux.

« Toutes les épiceries ont des caméras et les bureaux de vote ne le pourraient pas ? », a-t-il interrogé.

Une source proche du cabinet a déclaré au Times of Israel que pendant la partie de la réunion qui a été fermée à la presse, Mandelblit avait déclaré : « Le président de la commission centrale électorale dit que la loi entraînera des irrégularités lors de la journée des élections – je suis donc contre ».

« Je suis favorable aux caméras mais il faut faire les choses correctement », a-t-il clamé.

La législation a été avancée après l’interdiction faite aux partis politiques par la commission centrale électorale, à la fin du mois dernier, d’équiper les représentants, dans les bureaux de vote, de caméras – disant que la loi n’autorisait pas cette pratique.

Mais le passage du texte – à temps pour être mis en oeuvre le 17 septembre – est considéré comme improbable par les commentateurs. Et même s’il est adopté, mais le gouvernement rencontrera probablement plus de difficultés à défendre un texte auquel le Procureur-général s’oppose avec véhémence, si et quand des plaintes seront déposées auprès de la Haute-cour de justice pour le dénoncer.

Un grand nombre des adversaires politiques de Netanyahu ont juré de s’opposer à la législation et de gêner le vote de lundi en faisant de l’obstruction parlementaire mais le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman — devenu l’ennemi du Premier ministre depuis son refus de rejoindre sa coalition à l’issue du vote du mois d’avril – a indiqué dimanche qu’il la soutiendrait.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, dans l’implantation d’Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 30 octobre 2018. (Hillel Maeir/Flash90)

Liberman a noté que le texte n’avait néanmoins « aucune chance » de passer et il a accusé Netanyahu de collaborer avec les politiciens arabes sur le sujet, sans ne donner aucune preuve.

« Bien sûr, pour Netanyahu, l’histoire avec les caméras est un remplacement du refrain ‘les Arabes se rendent aux urnes en grand nombre’, » a dit Liberman, faisant référence à une vidéo de campagne diffusée par le Premier ministre le jour du scrutin de 2015 et qui avait été largement perçu comme une incitation contre les Israéliens arabes.

« Comme il avait couru à ce moment-là pour s’excuser auprès des mêmes Arabes, il est clair aujourd’hui qu’il y a une coordination absolue entre la Liste arabe unie [alliance des partis arabes] et le Likud », a commenté Liberman lors d’une visite effectuée dans la ville de Maale Adumim, une implantation de Cisjordanie.

« Ces deux partis ont intérêt à faire s’enflammer les tensions et à se quereller en permanence sur cette question des caméras », a-t-il ajouté.

Au cours du précédent scrutin, le 9 avril, le Likud avait équipé environ
1 200 employés de caméras mobiles cachées dans les bureaux de vote des centres de populations arabes, indiquant qu’elles serviraient à empêcher la « fraude effrénée » au sein de cette communauté.

Le Likud a affirmé, cette semaine, que sans votes frauduleux, l’un des partis arabes du pays, Raam-Balad, n’aurait jamais franchi le seuil de
3,25 % des voix nécessaire pour entrer à la Knesset – qui équivaut à quatre sièges – lors des élections du mois d’avril. Le parti met en garde sur le fait que la même situation se reproduira une nouvelle fois lors du prochain scrutin du 17 septembre si la présence de caméras dans les bureaux de vote est interdite.

Bureau de vote à Iksal, une ville arabe près de Nazareth, le 9 avril 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Ces accusations du Likud sont douteuses et la formation n’a aucune preuve de ce qu’elle avance. Un haut-responsable du Likud qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès de Haaretz a expliqué que les clameurs portant sur un scrutin volé étaient « pure spéculation. Ce n’est pas un scénario dont on peut penser qu’il a vraiment des bases ».

Vendredi, Netanyahu a clamé que ses adversaires qui s’opposent à l’introduction de caméras dans les bureaux de vote par les partis politiques voulaient « voler le scrutin ».

S’exprimant devant les journalistes avant de quitter Londres et rejoindre Israël, il a affirmé que « ce n’est pas une coïncidence que Benny Gantz et Yair Lapid [de Kakhol lavan] s’opposent aux caméras : c’est parce qu’ils veulent que le scrutin soit volé ».

Samedi, l’ex-Premier ministre Ehud Barak, qui se présente au prochain scrutin sous l’étiquette du Camp démocratique de gauche, a suggéré que Netanyahu pourrait chercher querelle à Mandelblit pour créer un prétexte pour le limoger.

Mandelblit a recommandé l’inculpation de Netanyahu pour fraude et abus de confiance dans trois affaires distinctes de corruption, ainsi que pour pots-de-vin dans l’une d’entre elles. Les avocats du Premier ministre, qui nie pour sa part toute malversation, doivent se rendre à une audience de pré-inculpation le 2 et le 3 octobre, quelques semaines seulement après le scrutin.

« Le projet de loi sur les caméras est un signal d’alarme pour chacun d’entre nous. Qu’il cherche à effrayer les électeurs, qu’il vise à créer un noyau de preuves ostensibles permettant de soutenir que les élections ont été frauduleuses – que ce soit pour semer le doute sur leur légitimité et ne pas en reconnaître les résultats ou pour préparer la base du licenciement du procureur-général – le danger est le chaos et l’anarchie après les élections », a écrit Barak sur Facebook, résumant les propos qu’il avait tenus à l’occasion d’un événement culturel à Holon.

Barak a appelé les Israéliens à se préparer à mettre un terme à cette loi « destructrice », dont la signification est « la fin de la démocratie ».

Gabi Ashkenazi, l’un des leaders de l’alliance Kakhol lavan, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

S’exprimant également lors de l’événement, le député de Kakhol lavan Gabi Ashkenazi a clamé avoir entendu parler d’efforts livrés par des partis non-spécifiés pour enrôler des observatrices qui, lors du scrutin, seraient chargées d’identifier les musulmanes sous leur voile.

« C’est incompréhensible », a-t-il dit.

Ashkenazi a suggéré que le projet de loi sur les caméras visait à détourner l’attention des accusations pour corruption lancées contre Netanyahu, affirmant que le Premier était en train de reprendre un appel controversé pour obtenir des voix qu’il avait lancé le jour du scrutin de 2015.

« Vous souvenez-vous de l’affirmation faite par Netanyahu que les Arabes affluaient dans les bureaux de vote ? Aujourd’hui, les Arabes volent les élections », a dit Ashkenazi.

Le Likud s’était trouvé dans l’incapacité de former une majorité au pouvoir dans les négociations qui avaient suivi les dernières élections, ne parvenant à rassembler qu’un total de 60 sièges avec ses partenaires de coalition – un siège de moins que la majorité nécessaire à obtenir à la Knesset, forte de 120 membres. Netanyahu avait alors dissous le parlement et réclamé un nouveau scrutin.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...