Le cabinet approuve une fermeture quasi-totale face au taux d’infection galopant
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Le cabinet approuve une fermeture quasi-totale face au taux d’infection galopant

Les ministres limitent les rassemblements de prière lors des fêtes et les manifs anti-gouvernementales ; les Finances dénoncent les dommages "critiques" causés à l'économie

La police met en place un barrage routier temporaire sur la rue Menachem Begin à Tel-Aviv suite au confinement dû au coronavirus, le 23 septembre 2020. (Miriam Alster/Flash90)
La police met en place un barrage routier temporaire sur la rue Menachem Begin à Tel-Aviv suite au confinement dû au coronavirus, le 23 septembre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Les ministres israéliens ont approuvé jeudi matin un resserrement considérable des mesures de lutte contre le coronavirus, craignant que le taux d’infection ne devienne incontrôlable.

Les nouvelles restrictions interviennent une semaine après le début du verrouillage actuel et alors que le nombre de nouvelles infections quotidiennes confirmées a approché les 7 000 mercredi, pour la deuxième journée consécutive.

À partir de vendredi à 14 heures, presque tous les commerces seront fermés, à l’exception de certaines entreprises et usines spécifiquement désignées comme « vitales » par l’Autorité nationale d’urgence du ministère de la Défense. La décision, rédigée mercredi par le cabinet dit du coronavirus et approuvée par l’ensemble du cabinet jeudi matin, exempte les supermarchés et les pharmacies de la fermeture, et autorise les restaurants à ne travailler que sur la base de livraisons à domicile.

Les prières du Yom Kippour qui commencent dimanche soir se dérouleront presque entièrement à l’extérieur, des groupes de 10 personnes maximum étant autorisés à prier à l’intérieur des synagogues, selon la décision. La fermeture couvrira également la totalité de la fête de Souccot.

La période des fêtes est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement a décidé d’imposer la fermeture aujourd’hui, a déclaré mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Comme la plupart des Israéliens ne travaillent pas pendant les fêtes, les dommages économiques seront réduits car moins de jours de travail seront perdus.

Des Juifs ultra-orthodoxes pendant la prière du matin dans une synagogue lors d’un confinement national de trois semaines pour freiner la propagation du coronavirus, à Bnei Brak, le 21 septembre 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

« Nous nous dirigeons de toute façon vers une fermeture à cause du taux de morbidité », a déclaré Netanyahu dans une vidéo diffusée mercredi soir. « Il est donc préférable de le faire maintenant, pendant les fêtes, à un coût économique faible, et non après les fêtes, quand le coût économique sera plus élevé. »

Presque tous les transports publics seront interrompus. Les derniers établissements d’enseignement encore ouverts fermeront – principalement des programmes d’éducation spéciale et des écoles maternelles privées.

Les Israéliens ne seront pas autorisés à se déplacer à plus d’un kilomètre de leur domicile. La police sera déployée sur les autoroutes et à l’entrée des villes et des villages pour s’assurer que les Israéliens ne tentent pas de se déplacer pendant le confinement.

Selon la décision du cabinet, des fonctionnaires du ministère des Finances, du bureau du Premier ministre et du Conseil national de sécurité se réuniront pour établir les règles de base concernant les organismes gouvernementaux qui seront fermés et ceux qui resteront opérationnels, et à quelle capacité.

Le cabinet envisagerait également de fermer l’aéroport Ben Gurion aux vols sortants, mais cette décision n’a pas été incluse dans le vote du cabinet de mercredi.

La police à un point de contrôle temporaire sur une route presque vide à l’extérieur de la vieille ville de Jérusalem, le 19 septembre 2020, lors d’un verrouillage national dû au coronavirus. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les nouvelles règles sont décrétées après une journée de débats acrimonieux au sein du cabinet sur la question de savoir s’il faut autoriser les manifestations antigouvernementales pendant le confinement, le parti Kakhol lavan ayant insisté sur le fait qu’un gouvernement ne pouvait pas ordonner de disperser des manifestations contre lui. Les ministres se sont également disputés sur la question de savoir dans quelle mesure il fallait limiter les rassemblements de prière, les partis haredi Shas et Yahaout HaTorah faisant pression pour que les synagogues restent ouvertes, même si de nouvelles limites sont imposées sur le nombre de fidèles.

En vertu d’un compromis final conclu tard mercredi, les synagogues fermeront à partir du vendredi, rouvriront pendant les 25 heures du Yom Kippour de manière limitée, les fidèles étant divisés en petits groupes, puis fermeront à nouveau le lundi soir. Un compromis similaire a été trouvé pour les manifestations, dans lesquelles les manifestants peuvent se rassembler dans un rayon d’un kilomètre de leur domicile. Dans les deux cas, les rassemblements ne peuvent pas comprendre plus de 20 personnes à la fois, qui doivent rester à deux mètres l’une de l’autre.

Un compromis spécial a été trouvé pour permettre la poursuite des manifestations devant la résidence du Premier ministre sur la rue Balfour à Jérusalem, où les manifestants se rassemblent régulièrement depuis des mois pour réclamer la démission de Netanyahu.

Le compromis a été atteint après un appel téléphonique mercredi soir entre Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz alors qu’il rentrait en Israël après un voyage de travail aux États-Unis.

Une équipe de la police, du ministère de la Santé et du bureau du procureur général a élaboré un cadre permettant à 2 000 manifestants de prendre part aux manifestations de la rue Balfour. Comme pour les rassemblements de prières et les manifestations ailleurs dans le pays, ils seront divisés en « capsules » de 20 personnes et garderont une distance de deux mètres les uns des autres. Tous les manifestants de la rue Balfour doivent habiter dans un rayon d’un kilomètre du centre-ville de Jérusalem.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Balfour, devant la résidence officielle du PM à Jérusalem, le 20 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Si les ministres ont brièvement envisagé de déclarer une « urgence nationale » pour contourner la Knesset et imposer les restrictions renforcées, les nouvelles limites doivent néanmoins être soumises à l’approbation de la Knesset en séance plénière jeudi. La Knesset devra amender la loi qui interdit de restreindre les manifestations, afin de permettre la limite d’un kilomètre de chez soi.

La décision finale du cabinet a eu ses détracteurs. Le ministre des Finances, Israël Katz, a critiqué la fermeture de quasiment toute l’activité économique pendant deux semaines, une décision qui contredisait les recommandations du ministère des Finances la semaine dernière. Katz est l’un des rares ministres à avoir voté contre le confinement au sein du cabinet.

« Il est possible de prendre des mesures pour contenir la maladie sans porter un coup critique aux usines et aux entreprises du secteur privé, celles qui ne sont pas ouvertes au public et qui prennent soin d’obéir aux directives du ministère de la Santé », a-t-il déclaré après le vote du cabinet. « La résilience économique d’Israël fait partie de sa résilience nationale ; elle doit être protégée aussi. »

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron, a également protesté contre la décision finale, estimant qu’elle causait trop de dommages à l’économie, tout comme le responsable de la gestion du coronavirus du gouvernement, Ronni Gamzu, qui aurait dit aux ministres qu’il avait recommandé une réduction de 50 % de l’activité économique, et non le verrouillage complet finalement voté par les ministres.

Le personnel médical traite un patient atteint de coronavirus au centre médical Shaare Zedek à Jérusalem, en juillet 2020. (Tal Cheres)

Certains membres du gouvernement ont accusé Netanyahu de chercher à obtenir un arrêt économique total pour mettre fin aux manifestations contre lui. Les ministres de Kakhol lavan ont déclaré qu’ils ne soutiendraient l’arrêt des manifestations que si la situation exigeait l’arrêt de toutes les autres activités publiques.

La décision « ne peut contredire les recommandations des professionnels pour des considérations politiques », a protesté mercredi soir le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, de Kakhol lavan. “Un verrouillage complet est notre dernière option, il n’est pas destiné à ‘résoudre’ les protestations. »

Le groupe dit des « Drapeaux noirs », qui a organisé certaines des manifestations anti-gouvernementales, a publié une déclaration disant qu’il accepterait les nouvelles restrictions, tout en blâmant Netanyahu pour le nouveau confinement.

« C’est une heure difficile pour le peuple d’Israël. Le pays plonge dans un abîme à cause des échecs sempiternels de Netanyahu », a déclaré le groupe. « Il est le seul responsable du plus grand échec de l’histoire du pays. »

Les responsables ont défendu le confinement en expliquant que les mesures précédentes n’avaient pas réussi à contenir la propagation du virus, en partie à cause du faible niveau de respect des règles gouvernementales.

Des personnes portant des masques faciaux lors de leurs achats au marché Mahane Yehuda à Jérusalem le 4 septembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le commandement du front intérieur de Tsahal, responsable du système national de recherche des contacts et d’enquête épidémiologique qui sera déployé dans quelques semaines pour aider à endiguer les infections, a déclaré mercredi qu’il estime que pas moins de 41 % des Israéliens tenus par les règles d’auto-quarantaine ne les ont pas respectées.

De même, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri du Shas a défendu la décision du cabinet. Il a répondu aux critiques des haredim concernant la réduction des rassemblements dans les synagogues, expliquant que « de nombreuses personnes malades qui ne savaient pas qu’elles étaient malades sont venues à la synagogue de Rosh HaShana [le week-end dernier], et ont infecté un bon nombre de personnes.”

S’adressant à la station de radio haredi Kol Haï, Deri a déclaré que le cabinet avait constaté « des chiffres très graves et entendu les prédictions les plus effrayantes de la part des meilleurs médecins ».

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, 54 364 personnes ont reçu les résultats des tests mercredi et 6 808 ont été confirmées comme étant porteuses du coronavirus. C’était le deuxième jour de suite, où l’on enregistrait plus de 6 000 cas confirmés de coronavirus.

Les responsables ont déclaré qu’ils étaient particulièrement inquiets du taux de confirmation de 12,4 %. Le directeur général adjoint du ministère de la Santé, Itamar Grotto, a déclaré aux députés la semaine dernière que les restrictions ne devraient être levées que lorsque ce taux descendrait en dessous de 7 %.

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