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Le chancelier de CUNY critiqué pour son absence à l’audience sur l’antisémitisme

Pour la deuxième fois, le responsable de CUNY était absent à l’audience du conseil; le climat antijuif sur les campus des universités publiques dénoncé par de nombreuses personnes

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Inna Vernikov, membre du conseil municipal de New York, au centre, et des militants contre l'antisémitisme à l'hôtel de ville de New York, le 30 juin 2022. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)
Inna Vernikov, membre du conseil municipal de New York, au centre, et des militants contre l'antisémitisme à l'hôtel de ville de New York, le 30 juin 2022. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK – Les membres du conseil municipal de New York ont critiqué le chancelier du système universitaire public de la ville américaine, jeudi, après qu’il a annoncé avoir annulé, pour la deuxième fois, sa participation à une audience sur les allégations d’antisémitisme omniprésent sur les campus.

L’audience du conseil municipal de l’enseignement supérieur qui a duré une journée a réuni des législateurs locaux, des étudiants, des professeurs et d’autres militants qui ont parlé de la haine des Juifs sur les 26 campus de la City University of New York (CUNY).

Les défenseurs et les groupes juifs accusent l’administration du système éducatif de la CUNY de négliger les étudiants juifs et de laisser s’installer une atmosphère antisémite.

Le chancelier de la CUNY, Félix Matos Rodriguez, était censé être présent, mais il a informé les membres du conseil mercredi soir qu’il ne viendrait pas. L’audience était initialement prévue pour le début du mois, mais suite à un premier désistement de Rodriguez, elle avait été reportée à jeudi pour qu’il puisse y assister.

Les membres du conseil ont décidé de maintenir l’audience jeudi en dépit de l’absence de M. Rodriguez, car certains intervenants étaient venus de loin pour y assister. Aucun représentant de CUNY n’a assisté en personne à l’audience qui s’est tenue à l’hôtel de ville.

« Son absence confirme l’antisémitisme dont nous parlons », a déclaré Inna Vernikov, membre du conseil, à propos du chancelier. « Quelle honte. Quelle insulte à la communauté juive. »

« Il n’y a aucune raison pour que l’université ne soit pas représentée en personne aujourd’hui », a déclaré le membre du Conseil Kalman Yeger.

L’audience de surveillance, intitulée « examiner l’antisémitisme sur les campus universitaires », était menée par le président du conseil, le membre du Conseil Eric Dinowitz, aux côtés de Vernikov et Yeger. Le membre du conseil Gale Brewer et le leader de la minorité Joe Borelli étaient également présents.

Des étudiants du Brooklyn College sur le campus à New York, le 1er février 2017. Illustration (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

Parmi les intervenants figuraient des étudiants, des professeurs et des militants juifs. Ils ont décrit une culture de harcèlement et d’intimidation de la part des professeurs et des étudiants de la CUNY, en particulier contre les étudiants juifs qui soutiennent Israël.

Le système des universités publiques de New York (CUNY) compte environ 260 000 étudiants et 40 000 professeurs et employés, et fait depuis longtemps partie du tissu social de la ville.

La vice-chancelière de la CUNY, Glenda Grace, le président du Graduate Center, Robin Garrell, et la vice-chancelière Denise Maybank ont assisté à l’audience via Zoom pour défendre les politiques du système universitaire et répondre aux questions des membres du conseil.

Les représentants de la CUNY qui ont largement défendu l’activité anti-israélienne sur le campus comme relevant de la liberté d’expression, ont décrit les incidents problématiques comme des événements isolés. Ils ont regroupé l’antisémitisme avec d’autres formes de discrimination et de harcèlement. Grace a souligné les activités liées à Israël et aux Juifs sur les campus, y compris l’enseignement de la Shoah et une récente visite en Israël de Rodriguez et d’autres professeurs.

« Nous ne voulons pas que quiconque sur un campus CUNY se sente diminué, et c’est ce à quoi nous œuvrons », a déclaré Grace, ajoutant que le système universitaire « dénonce sans équivoque l’antisémitisme ».

Ils ont insisté sur l’importance du dialogue comme solution plutôt que sur la restriction des discours et n’ont pas voulu discuter des réponses spécifiques aux incidents antisémites, disant qu’ils n’avaient pas les informations requises ou qu’ils ne pouvaient pas parler de cas particuliers.

Les administrateurs sont restés vagues lorsque le panel les a pressés de fournir des données, des mesures disciplinaires qui ont été prises et des plans spécifiques pour lutter contre l’antisémitisme. Ils ont dit qu’ils avaient des « conversations » sur la question et qu’ils « tendaient la main » aux étudiants qui avaient été affectés.

« C’est un peu malhonnête de venir sans avoir de plans. Ces questions ne sont pas secrètes. La CUNY sait que ce sont des problèmes importants », a déclaré M. Dinowitz. « Cela me fait douter du sérieux avec lequel ce problème est abordé ».

« Nous avons entendu le mot ‘dialogue’ environ 1 000 fois aujourd’hui », a déclaré Yeger, ajoutant qu’il était insuffisant pour traiter le racisme anti-juif.

« Ce n’est pas comme s’ils ne savaient pas ce qu’ils sont en train de faire quand ils dessinent une croix gammée sur un mur », a déclaré Yeger.

Des manifestants anti-israéliens appellent à une intifada lors d’une manifestation à New York, le 17 septembre 2021. Illustration (Crédit : Luke Tress/Flash90)

Ils ont exigé que l’école compile des données sur les incidents antisémites et adopte la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, qui inclut l’anti-sionisme.

Dinowitz a partagé des anecdotes de racisme anti-juif sur le campus, affirmant que l’environnement encourageait la haine envers les Juifs. Des étudiants juifs qui priaient ont été traités de « sales juifs » sans que l’administration ne réagisse, a-t-il dit. Dans d’autres cas, des étudiants ont lancé des appels visant les Juifs, se sont prononcés en faveur d’Adolf Hitler et ont fait des blagues en parlant de mettre les Juifs dans des fours.

Des groupes pro-palestiniens, dont Students for Justice in Palestine, ont été systématiquement accusés de harceler et de prendre pour cible des étudiants juifs. Les manifestations de ces groupes dans les rues de la ville ont donné lieu à des actes de violence à l’encontre des Juifs.

Zachary Beer, un jeune diplômé de CUNY qui avait été responsable d’un programme Hillel sur le campus, a déclaré que d’autres clubs avaient refusé de coopérer avec le groupe juif en raison des pressions exercées par Students for Justice in Palestine. Selon lui, des vandales ont dessiné une croix gammée sur la porte du bureau de Hillel, ce à quoi l’administration a répondu en installant une caméra de sécurité, mais rien de plus.

« Je me sentais personnellement moins en sécurité sur le campus. En réalité, jusqu’à la suspension des cours sur le campus due au COVID, j’étais constamment angoissé par la crainte d’actions antisémites », a-t-il déclaré. Il a par la suite évité de suivre les cours en présentiel pour le reste de ses études.

Une ancienne professeure, qui a refusé de donner son nom par crainte de perdre des opportunités de travail, a déclaré qu’un groupe d’instructeurs juifs avait été licencié l’année dernière au moment du conflit entre Israël et Gaza. L’administration n’avait fourni aucune raison pour ces licenciements, a-t-elle ajouté.

Des militants anti-israéliens et pro-palestiniens brûlent un drapeau israélien à New York, le 15 mai 2021. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

Cette enseignante qui a exercé pendant plus de 20 ans a été témoin d’une série d’incidents virant à l’antisémitisme. Certaines associations juives ont été privées de financement et ont été régulièrement bousculées et réduites au silence par leurs opposants, raconte-t-elle.

« Il y a un déclin de la fréquentation des étudiants juifs et il y a cette peur, cette peur non verbale », a-t-elle dit. « Je connais beaucoup de professeurs qui sont dégoûtés par ce qui se passe ».

« Les professeurs ont peur de dire quoi que ce soit », a-t-elle ajouté.

Aliyah Jacobson, récemment diplômée, a déclaré avoir été traitée de « meurtrière » lors d’un événement et avoir ensuite eu des difficultés à intenter une plainte.

« Je me sentais comme une cible », a-t-elle dit. « Cela a été très néfaste pour ma santé mentale ».

Le groupe de défense de l’AMCHA a enregistré plus de 150 incidents antisémites sur 11 campus de CUNY depuis 2015.

Certains intervenants ont contesté le problème. Le membre du conseil municipal Charles Barron a fait une apparition en s’opposant à la position du conseil, déclarant que les partisans d’Israël ne supportaient pas la « vérité » et « des points de vue différents. »

« Si je dis qu’Israël a assassiné des enfants innocents dans la bande de Gaza, alors je suis ‘antisémite' », a-t-il estimé. « Ce n’est pas de l’antisémitisme, c’est un désaccord politique ».

L’antisémitisme est devenu une préoccupation croissante sur les campus de la CUNY ces dernières années, à mesure que les activités anti-israéliennes sont devenues plus saillantes et que les crimes anti-juifs ont augmenté dans la ville de New York.

Parmi les incidents récents, le gouvernement étudiant et la Faculté de Droit de la CUNY ont voté en faveur du mouvement BDS en mai. La résolution étudiante demandait à la CUNY de couper ses liens avec Israël, de désinvestir de l’État juif et accusait l’école d’être « directement complice de l’apartheid, du génocide et des crimes de guerre perpétrés par l’État juif ». Le syndicat des professeurs de la CUNY a également adopté des résolutions anti-Israël.

En mai également, une influente militante pro-palestinienne, Nerdeen Kiswani, a prononcé un discours lors d’une cérémonie de remise de diplômes qui était largement dirigé contre Israël. Au cours de son discours, axé sur la cause palestinienne, Kiswani a déclaré être « confrontée à une campagne de harcèlement sioniste, orchestrée par des organisations bien financées ayant des liens avec le gouvernement et l’armée israéliens ». Au cours de ce discours, elle a déclaré qu’elle était « confrontée à une campagne de harcèlement sioniste menée par des organisations bien financées ayant des liens avec le gouvernement et l’armée israéliens », sous les applaudissements de ses camarades de classe. Lors de manifestations régulières, Kiswani prône la destruction d’Israël, une « intifada mondiale » et le ciblage des Juifs.

En février, le département américain de l’Éducation a ouvert une enquête sur les allégations de harcèlement généralisé des étudiants juifs au Brooklyn College, qui fait partie de CUNY.

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