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Le chanteur de Hadag Nahash cherche de nouveaux défis mais sans attaches

L'artiste hip-hop israélien Shaanan Streett a confié au Times of Israël ses derniers projets et parlé de l’importance d’être bien dans sa peau

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le rappeur, écrivain et oracle Shaanan Streett (avec la permission de Ohad Romano)
Le rappeur, écrivain et oracle Shaanan Streett (avec la permission de Ohad Romano)

Cela fait 25 ans que les rappeurs hip-hop Hadag Nahash sont apparus sur la scène musicale israélienne, apportant leur groove moyen-oriental plein de bonne humeur, aux accents politiques de gauche.

Ils continuent d’écrire, de chanter et de jouer. Le chanteur Shaanan Streett poursuit son partenariat à six, parallèlement à des projets solo, notamment un premier roman, Rega Netzah (Un moment d’Éternité), qui parle des skateboarders et graffeurs de Jérusalem.

Streett s’est entretenu avec le Times of Israel dans le cadre d’un récent épisode du podcast du week-end « Times Will Tell », évoquant son livre, sa décision de continuer à vivre et travailler dans sa ville natale de Jérusalem et ses efforts, depuis dix ans, pour apprendre l’arabe.

La dernière chanson du dernier album de Streett s’intitule d’ailleurs « Arabiyaty El Maksura » (« Mon mauvais arabe »).

Chacune des 11 chansons de l’album « Ideals » a été réalisée par un producteur différent et ce titre ne faillit pas à la règle, réalisé par un producteur de Nazareth.

Dans le refrain, Streett chante : « J’ai vécu ici toute ma vie, et je suis heureux de partager mes mots avec tous ceux qui sont prêts à entendre à quel point mon arabe est mauvais. »

Streett, 50 ans, est né en Israël de parents américains et parle couramment l’hébreu et l’anglais, mais n’a commencé à apprendre l’arabe qu’à l’âge de 40 ans.

Il a relevé que, si les Israéliens apprenaient l’arabe plus que jamais auparavant, il y avait quelque chose d’unique à l’étudier à Jérusalem, dont les quartiers arabes, à Jérusalem-Est, sont un monde à part des quartiers juifs de la capitale.

« Lorsque vous étudiez à Jérusalem, vous prenez votre voiture et vous franchissez une ligne invisible, celle d’un autre monde et vous garez votre voiture dans l’autre monde où tout le monde parle maintenant arabe, où vous êtes maintenant une minorité », a déclaré Streett. « Et si vous voulez aller acheter un bagel, ce que je fais et je le fais en arabe, tout le monde sait que c’est un Juif qui vient parler en arabe. »

C’est la diversité de Jérusalem qui a retenu Streett dans sa ville, a-t-il expliqué, alors que ses compagnons du groupe Hadag Nahash et d’autres amis s’installaient à Tel Aviv.

« [Jérusalem] vous rappelle chaque jour que de nombreux individus mènent une vie quotidienne très différente de la vôtre », a déclaré Streett. « Et vous pouvez mettre le pied là-dedans aussi profondément que vous le souhaitez. L’ancien, le nouveau, le religieux, le laïc, les différentes religions, les différentes langues, les différentes cultures. Tout cela a l’air très beau sur le papier. C’est parfois très difficile d’y vivre, mais c’est toujours intéressant. »

Hadag Nahash aborde ces situations difficiles dans sa musique, par exemple dans le titre primé « The Sticker Song », sur des paroles de l’auteur israélien David Grossman, à propos de slogans politiques israéliens figurant sur des autocollants apposés sur des pare-chocs. Ce morceau est devenu le titre phare des manifestations pour la justice sociale de 2011. Mais le groupe a appris que la musique se devait aussi de divertir, a-t-il déclaré.

« Lorsque nous écrivions des chansons il y a 20-25 ans ou même il y a encore 15 ans, nous voulions être honnêtes sur que nous étions et ce que nous pensions être la bonne voie à suivre, où le pays avait mal tourné, où la société devrait revoir ses opinions. Et c’est toujours le cas aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Mais quelque part en chemin, j’ai vraiment compris de tout mon être, et pas seulement sur le plan intellectuel ou sur le plan des idéaux, que cela devait aussi être amusant. Et j’essaie de le mettre en pratique, de m’y tenir. »

Israël, a déclaré Streett, peut être « à la fois incroyablement amusant, difficile et foutraque ».

Sa ville natale, Jérusalem, figure également dans le dernier projet en date de Streett, son roman récemment publié, Rega Netzah, à propos des skateurs et graffeurs. Commencé comme un scénario, devenu un livre alors qu’il y travaillait depuis plus d’un an, l’ouvrage est également disponible dans les boutiques de skateboard de quartier, généralement le seul livre sur l’étagère, a noté Streett.

Le chanteur de Hadag Nahash, Shaanan Streett, a récemment publié son premier roman, ‘Rega Netzah,’ (Un moment d’éternité) sur les skateboarders de Jérusalem et les graffeurs (Autorisation Shaanan Streett)

Il s’est attaqué au sujet après avoir remarqué que certains de ses amis étaient d’anciens skateurs, et parce qu’il se liait souvent avec des skateurs, bien que n’ayant jamais lui-même pratiqué.

Streett a commencé à interviewer des skateurs locaux, afin de comprendre leur histoire, leur détermination à sauter malgré les risques. Il a également examiné le lien naturel entre le skateboard et les graffeurs.

« D’une certaine manière, je comprends ces gens qui sautent des escaliers et font des graffitis », a-t-il déclaré. « Ils vivent de cette façon, respectent ce code. Et même s’ils se cassent un os, peu importe la gravité, ils seront de retour une fois guéris et retentiront le même saut. »

Un autre des projets de Streett est le podcast Dream A Dream, qu’il co-anime avec Elran Dekel et Bryan Steiner. Le trio y interprète les rêves de ses invités, avec comme trame de fond l’envie d’essayer de nouvelles choses, sans prétentions, a déclaré Streett.

Il existe un lien naturel entre tout cela, a expliqué Streett, entre le hip-hop en hébreu, l’ouvrage sur le skateboard, le graffiti et même l’interprétation des rêves.

« C’est comme si vous n’aviez pas besoin d’attaches », a déclaré Streett. « On peut être peintre et devenir graffeur. Avec le hip-hop c’est la même chose. »

Cela vaut aussi pour l’interprétation des rêves ou tout ce qu’il peut entreprendre.

Tout m’amuse, a déclaré Streett. Et « encore une fois, sans attaches ».

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