Le chef de la police déclenche la colère en appelant à cesser les plaintes anonymes pour harcèlement
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Le chef de la police déclenche la colère en appelant à cesser les plaintes anonymes pour harcèlement

Roni Alsheich dit que les lettres anonymes sont utilisées pour “régler des comptes” dans la police, mais l’unité des enquêtes internes dit qu’elle continuera à vérifier les plaintes

Roni Alsheich, chef de la police, au siège de la police israélienne  à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Roni Alsheich, chef de la police, au siège de la police israélienne à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Une tempête s’est déclenchée après une information annonçant que le chef de la police israélienne avait appelé le département des investigations de la police à ne plus enquêter sur les accusations anonymes contre des policiers, y compris les accusations de crimes sexuels.

Alors que les fonctionnaires de la police défendaient l’ordre, d’abord annoncé dimanche par la Deuxième chaîne, comme nécessaire pour mettre fin au « règlements de comptes » au sein de la police, le département des enquêtes internes a déclaré qu’il continuerait à accepter les plaintes anonymes. Des groupes féministes ont critiqué l’appel du chef de la police, Roni Alsheich.

Lundi, Alsheich a confirmé sa position, a annoncé la Deuxième chaîne.

« Les lettres anonymes font à présent partie d’une culture de règlements de comptes dans la force policière. Donc à partir de maintenant, la police ne s’occupera plus des lettres anonymes qui jettent des suspicions sur des crimes commis par des officiers », avait déclaré Alsheich à la conférence des policières à Beit Shemesh la semaine dernière, pour marquer la journée internationale des droits des femmes le 8 mars.

Alsheich s’était exprimé juste après le conseiller aux affaires féminines de la police israélienne, qui avait déclaré que les plaintes anonymes faisaient partie des outils de base utilisés pendant les enquêtes, avait annoncé la Deuxième chaîne.

Les officiers de police avaient immédiatement critiqué les remarques d’Alsheich.

« C’est notre pain quotidien, nous ne pouvons pas exister sans cela, » avait déclaré une source citée par la Deuxième chaîne, qui avait ajouté que c’était une plainte anonyme qui avait déclenché le cas contre l’ancien chef de la police de Jérusalem, Nissan Shaham, qui a été écarté fin 2013 après des accusations de harcèlement sexuel, d’abus de confiance, de fraudes, et d’actes indécents.

Les forces de police ont été tourmentées ces dernières années par des accusations de harcèlement sexuel et d’autres crimes menés par des policiers.

Le département d’investigation sur la police du ministère de la Justice s’est précipité pour s’opposer aux remarques du chef de la police, déclarant dans un communiqué que « c’est à notre autorité d’enquêter sur les plaintes de suspicion d’activité criminelle par un officier de police. Toutes les plaintes qui parviennent à notre département seront étudiées et vérifiées comme d’habitude, comme il l’a été fait jusqu’à aujourd’hui. »

Eran Shendar, ancien procureur de l’état et directeur retraité du département des investigations sur la police, a déclaré à la radio militaire que bien qu’il ait été impliqué dans beaucoup de plaintes par des officiers de police, il ne pouvait pas se rappeler d’une qui soit complètement dépourvue de bases.

« Il y avait des choses qui avaient été éxagérées, il y avait des choses qui pouvaient être interprétées d’une manière ou d’une autre, mais il n’y avait rien qui ait été inventé, parmi d’autres choses parce que les gens savent quel processus ils doivent traverser quand ils écrivent des lettres comme cela », a-t-il déclaré.

Alsheich a pris le poste de chef de la police début décembre 2015. Une de ses premières décisions a été de rendre au général Roni Rittman son poste de chef du groupe de surveillance anti-corruption de la police Lahav 433, malgré des accusations de harcèlement sexuel qui avaient été soulevées contre lui.

Directeur de l'unité anti-corruption de la police Lahav 433, Roni Rittman arrive au département des investigations sur la police, à Jérusalem, en décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Directeur de l’unité anti-corruption de la police Lahav 433, Roni Rittman arrive au département des investigations sur la police, à Jérusalem, en décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Rittman, 51 ans, a été accusé de deux cas de harcèlement sexuel, y compris embrasser une subordonnée contre sa volonté il y a cinq ans. Il a démenti ces accusations et a déclaré qu’un officier important de l’unité de renseignement de la police israélienne essayait de le piéger. Pendant le cours de l’enquête, Rittman avait été placé en congé obligatoire.

Le procureur général d’alors Yehuda Weinstein avait décidé de fermer le dossier contre Rittman et ne pas poser de charges criminelles, à cause de la longue période de temps qui s’était déroulée depuis les crimes présumés, la nature relativement mineure des crimes, et les circonstances entourant les récentes plaintes – la policière et le policier important des renseignements qui l’avait soutenue étaient impliqués dans un conflit en cours avec Rittman, selon le rapport.

Mais Wenstein avait transmis le matériel de témoignages à Alsheich pour qu’il évalue quelles mesures disciplinaires devraient être prises et avait recommandé que Rittman soit muté à un poste externe au bureau des enquêtes, a noté dimanche Haaretz.

La décision de fermer le dossier n’impliquait pas que le harcèlement sexuel n’avait pas eu lieu, ni que les accusations étaient un mensonge, a écrit Haaretz. La considération principale était le temps éculé – cinq ans – depuis que le harcèlement avait eu lieu en 2011.

Haaretz a révélé dimanche qu’Alsheich aurait déclaré à huis clos : « je n’ai pas besoin de le [Rittman] sacrifier. »

Sept des 18 généraux de la police, un rang en-dessous du chef de la police dans la chaîne de commandement, ont soit démissionné soit été renvoyés dans les deux dernières années et demi pour comportement inapproprié ou même criminel. Des plaintes pour harcèlement sexuel ont été déposées pour cinq d’entre eux.

L’ancien chef de la police Yohanan Danino, dont le mandat s’est terminé en juillet dernier, avait appelé à un large effort pour traquer la corruption et le harcèlement sexuel au sein de la police.

Danino a été crédité de la création d’un système pour mieux gérer les plaintes de harcèlement sexuel sur le lieu de travail, après avoir vu les résultats d’une étude de l’armée montrant qu’une femme sur quatre effectuant son service obligatoire dans les forces de police rapportait avoir expérimenté du harcèlement sexuel, avait annoncé à l’époque Haaretz.

Yohanan Danino, alors chef de la police israélienne, en juin 2012 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yohanan Danino, alors chef de la police israélienne, en juin 2012 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En novembre, le département d’investigation sur la police avait notifié l’ancien chef adjoint de la police Nissim Mor qu’il serait probablement accusé de harcèlement sexuel, d’avoir commis un acte indécent, de tromperie et d’abus de confiance. La décision d’inculper Mor était en attente d’une audience.

Il a été renvoyé de la police en janvier 2015 après avoir été accusé de harcèlement sexuel et d’agression contre une policière, ainsi que de maintenir des relations inappropriées avec d’autres subordonnées.

Egalement en janvier 2015, le commandant du district de Judée et Samarie Kobi Cohen avait annoncé sa démission après avoir admis une relation inadéquate avec une subordonnée.

Cohen avait démissionné après avoir été interrogé pour des suspicions d’avoir eu une relation avec une policière peu gradée et avoir pris des décisions concernant ses postes qui étaient basées sur un conflit d’intérêt.

En février, le haut fonctionnaire policier anti corruption Menashe Arviv avait démissionné après 36 ans de service dans la police plutôt que d’affronter des accusations, qu’il a démenti, qu’il avait reçu des milliers de dollars et d’autres services d’un rabbin qui est depuis en prison pour corruption.

Le chef du district central Bruno Stein a démissionné après avoir été surpris dans une fête organisée par Ronel Fisher, un avocat israélien qui fait l’objet d’une enquête pour des suspicions de corruption de multiples officiels de la police.

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