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Le chef du Hamas a envoyé une lettre à Netanyahu lors des pourparlers de 2018

L'ancien conseiller à la sécurité nationale Ben-Shabbat a révélé que Yahya Sinwar avait exhorté le Premier ministre à prendre un "risque calculé" lors de négociations d'une trêve

Yahya Sinwar, chef du Hamas à Gaza, sur scène lors d'un rassemblement dans la ville de Gaza, le 24 mai 2021. (Crédit: Mahmud Hams/AFP)
Yahya Sinwar, chef du Hamas à Gaza, sur scène lors d'un rassemblement dans la ville de Gaza, le 24 mai 2021. (Crédit: Mahmud Hams/AFP)

Le chef du Hamas, Yahya Sinwar, a écrit un message en deux mots au Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, alors que les négociations pour un cessez-le-feu à long terme entre Israël et le groupe terroriste de Gaza s’intensifiaient en août 2018.

Prenez un « risque calculé », avait écrit Sinwar à Netanyahu dans une lettre en hébreu, a révélé jeudi le conseiller à la sécurité nationale de l’ancien Premier ministre Meir Ben-Shabbat au quotidien Yedioth Ahronoth.

Sinwar semblait faire référence à l’accord qui se préparait qui verrait Israël autoriser l’aide qatarie sur une base régulière pour payer les fonctionnaires du Hamas, ainsi que les familles nécessiteuses à Gaza.

Le soutien du Qatar est considéré comme une bouée de sauvetage cruciale pour les Palestiniens pauvres vivant à Gaza, qui est sous blocus israélien et égyptien depuis 2007 ; il est considéré par Israël comme une mesure nécessaire pour limiter la capacité des groupes terroristes de Gaza à s’armer.

Depuis 2018, Israël autorise des millions de dollars en espèces en provenance du Qatar à transiter par ses points de passage vers Gaza sur une base mensuelle, afin de maintenir un fragile cessez-le-feu avec le Hamas. Au début de 2021, quelque 30 millions de dollars en espèces étaient acheminés chaque mois à Gaza dans des valises via un point de contrôle depuis Israël.

L’aide qatarie ainsi que la décision d’Israël de l’autoriser à entrer dans la bande de Gaza de cette manière ont été très controversées et les responsables israéliens ont rarement reconnu cette politique lorsqu’ils s’exprimaient publiquement. Mais cette aide était également grandement soutenue par les autorités de défense, qui la considérait comme essentielle pour acheter à Israël de longues périodes de calme.

Des Palestiniens reçoivent leur aide financière dans le cadre de l’assistance accordée par le Qatar, dans un bureau de poste de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 octobre 2020. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Après la guerre à Gaza en mai dernier, cependant, Israël s’est opposé à la reprise du financement selon les conditions antérieures, affirmant que l’argent était utilisé par des groupes terroristes plutôt que strictement pour des besoins humanitaires.

L’impasse a été résolue en août 2021, lorsqu’Israël et le Qatar ont annoncé l’approbation d’un nouveau mécanisme de distribution des fonds, l’argent étant transféré directement aux individus par l’ONU. Dans le cadre de ce programme, les destinataires agréés par Israël à Gaza ont reçu des cartes de crédit des Nations unies pour retirer l’argent.

La politique renouvelée a suscité la controverse au sein d’Israël, les critiques accusant le gouvernement de céder aux pressions du Hamas.

Le Premier ministre de l’époque Benjamin Netanyahu à gauche, et le président du Conseil de sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 avril 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Réfléchissant à la réception du message de Sinwar, Ben-Shabbat a déclaré au Yedioth que cela avait été « l’un des plus beaux moments » des négociations de cessez-le-feu avec le Hamas. « Nous avons reçu l’appel de Yahya Sinwar, et il a écrit de sa propre écriture, en grosses lettres, en hébreu : « Risque calculé. »

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il avait pensé en recevant le message, Ben-Shabbat a répondu : « Premièrement, que la dissuasion israélienne a fait quelque chose : voici l’adversaire qui nous supplie de prendre un risque [pour un cessez-le-feu]. Et deuxièmement, je comprends que Sinwar est très attentif à ce qui se passe du côté israélien. » L’ancien conseiller à la sécurité nationale semblait faire référence à l’impopularité en Israël de la perspective de parvenir à un quelconque accord avec le Hamas.

Sinwar « analyse chaque mot qui sort de la bouche des politiciens, comprend les dilemmes et offre sa propre contribution », a déclaré Ben-Shabbat à propos du chef du Hamas, qui a passé des années dans une prison israélienne pour terrorisme avant d’être libéré dans le cadre de l’échange de prisonniers de 2011 contre le soldat de Tsahal Gilad Shalit.

Ben-Shabbat n’a pas semblé gêné par le fait qu’il menait des négociations avec le Hamas. Israël ne le fait pas directement et utilise l’Égypte et d’autres tiers comme médiateurs.

« En fait, [le Hamas] est celui qui dirige la Bande de Gaza. Cela ne me dérange pas de parler à quiconque est disposé à me parler si chaque partie comprend qu’elle gagne quelque chose en conséquence », a déclaré Ben-Shabbat, précisant qu’il ne rencontrerait jamais les négociateurs du Hamas face à face afin de ne pas légitimer le groupe terroriste.

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