Le chirurgien qui a redonné des mains à Zion
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Le chirurgien qui a redonné des mains à Zion

Dans une première mondiale, Dr. L. Scott Levin et son équipe ont effectué une double greffe historique des mains sur un garçon de 8 ans

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Dr L. Scott Levin pendant une visite post-opératoire avec  Zion Harvey, 8 ans, qui a subi une greffe de la main bilatérale en juillet 2015 au Centre hospitalier pour enfants de Philadelphie. (Crédit :  CHOP)
Dr L. Scott Levin pendant une visite post-opératoire avec Zion Harvey, 8 ans, qui a subi une greffe de la main bilatérale en juillet 2015 au Centre hospitalier pour enfants de Philadelphie. (Crédit : CHOP)

Un petit garçon israélien court et ramasse ce qui semble être un jouet abandonné dans la rue. Une déflagration tragique, il découvre que le jouet est en réalité une bombe et sans ses mains, il découvre que les jours heureux où il pouvait s’adonner à des jeux d’enfants sont désormais derrière lui.

Jusqu’à maintenant, ce garçon n’aurait jamais eu l’occasion de tenir la main de sa mère dans la sienne. Mais aujourd’hui, grâce à une opération révolutionnaire menée par l’équipe du Dr L. Scott Levin à Philadelphie en juillet, il peut enfin retrouver l’espoir un jour de pouvoir prendre la main de sa mère.

Et cet espoir, continue de croître grâce à Zion.

Aujourd’hui, un petit garçon de 8 ans plein d’entrain et précoce, à l’âge de 2 ans, Zion Harvey, a été touché par une septicémie qui a entraîné l’amputation de ses mains et de ses pieds. S’accrochant à la vie deux ans après, il a subi une transplantation d’un rein que sa mère, Pattie Ray, lui a donné.

Au mois de juillet dernier, il a subi une autre greffe d’organe – deux mains, cette fois-ci – qui a été possible grâce à un petit garçon inconnu qui avait la même taille et la même pigmentation que lui et dont la vie s’est finie bien trop tôt.

Cette greffe de main pédiatrique bilatérale révolutionnaire ouvre un monde de possibilités pour Zion, ainsi que pour tous les autres enfants dans le monde qui, en raison de malformations congénitales, d’une infection ou d’une blessure, ont perdu leurs mains et qui, jusqu’à présent, n’avaient pas de moyens pour les retrouver.

Le Chirurgien en chef, le Dr L. Scott Levin, qui était à la tête d’une solide équipe de 40 membres du personnel médical à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie (CHOP), a déclaré au Times of Israel dans une conversation qui a eu lieu très tôt un matin de cette semaine qu’il a déjà reçu quelque 250 demandes de familles d’enfants sans mains des quatre coins de la terre. Cette procédure répond à un réel besoin.

Une illustration des quatre équipes qui ont opéré simultanément sur Zion Harvey au cours de sa greffe de la main bilatérale en juillet 2015 au Centre hospitalier pour enfants de Philadelphie. (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)
Une illustration des quatre équipes qui ont opéré simultanément sur Zion Harvey au cours de sa greffe de la main bilatérale en juillet 2015 au Centre hospitalier pour enfants de Philadelphie. (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)

L’allotransplantation [greffe d’organes d’un humain à un autre humain] composite vascularisée (VCA) réussie en juillet dernier reflète la valeur de la formation, des exercices et des essais sur des cadavres pour l’équipe chirurgicale, qui a été complétée par, entre autres, des travailleurs sociaux, des professionnels de la santé mentale, et des experts en rééducation pré et post-opératoire.

Les coûts d’une telle intervention ne sont pas encore entièrement connus, et comme il s’agit d’une procédure expérimentale, on ne peut pas compter sur une mutuelle pour couvrir les frais médicaux. Pour aider dans le cas de Harvey, de nombreux membres du personnel de l’hôpital ont donné de leur temps à titre bénévole, a expliqué Levin.

Zion se prépare à conquérir une autre montagne

Le projet de Levin était un projet en cours depuis des décennies, se construisant sur les succès et les échecs des procédures précédentes, y compris dans le domaine de la réimplantation pédiatrique (le rattachement du propre membre d’un patient). La première greffe de main réalisée avec succès chez un adulte a eu lieu à Louisville en 1999.

Une telle opération délicate et complexe nécessite des ressources et des effectifs importants et la coordination de nombreuses pièces mobiles de manière simultanée.

« Il n’y aura pas un programme de transplantation pédiatrique de main dans chaque recoin », a déclaré Levin.

Pour le directeur du programme de transplantation de main à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie, président du département de la chirurgie orthopédique à Penn Medecine, et professeur de chirurgie (Division de chirurgie plastique) au Perelman School of Medicine de l’université de Pennsylvanie, Levin est un des quelques privilégiés dans le monde qui pourrait réussir à le faire.

Avec une double formation d’orthopédiste et de chirurgien plastique, ces deux disciplines qui se chevauchent ont aidé Levin a rassemblé et dirigé la grande équipe médicale pendant qu’elle utilisait des plaques et des vis en acier pour connecter un à un les os, puis ensuite rebrancher les artères, les veines, les muscles, les tendons et les nerfs en utilisant des méthodes de micro-chirurgie.

Et déjà quelques semaines après son opération, Zion pouvait bouger ses nouvelles mains et même manger des pizza en utilisant ses mains.

 Zion Harvey, 8 ans, montre à son thérapeute rééducation  son équilibre  sur sa prothèse de jambe noire avec des éclairs verts. (Crédit :  Hôpital pour enfants de Philadelphie)
Zion Harvey, 8 ans, montre à son thérapeute rééducation son équilibre sur sa prothèse de jambe noire avec des éclairs verts. (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)

Il est aussi normal qu’il pourrait l’être, dans de telles circonstances.

Mais depuis l’âge de quatre ans, Zion ingère des doses quotidiennes d’immunosuppresseurs, un traitement nécessaire que tous les bénéficiaires de dons d’organes doivent prendre pendant le reste de leur vie pour éviter tout rejet.

Ce traitement a des effets secondaires qui donnent à réfléchir et qui augmente notamment la susceptibilité d’infections opportunistes et qui multiplie par millier le risque de développer un cancer. Il est également toxique et pourrait conduire à une éventuelle nouvelle greffe de rein.

Si la plupart des transplantations n’étaient pas une question de vie et de mort, faire le choix de condamner son enfant à une vie sous l’emprise de produits pharmaceutiques serait une pilule amère pour tout parent à avaler.

Pourtant, dans le cas du jeune Zion, c’était en fait son immunosuppression, aux côtés du soutien de sa famille et sa motivation personnelle, qui a fait de lui un candidat idéal pour la transplantation bilatérale pédiatrique expérimentale de la main – et qui lui a donné la possibilité d’une vie plus normale.

Comme cette procédure n’est pas une opération destinée à sauver sa vie, son immunosuppression préexistante suite à sa greffe de rein a été la clé dans sa sélection pour cet essai.

Cette opération est une chirurgie destinée à améliorer la qualité de vie, dans laquelle les risques médicamenteux post-opératoires peuvent éthiquement l’emporter sur toute nouvelle fonctionnalité d’un membre.

Dr L. Scott Levin demande à Zion Harvey de faire un coup de poing lors d'une visite pré-opératoire à l'Hôpital pour enfants de Philadelphie. (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)
Dr L. Scott Levin demande à Zion Harvey de faire un coup de poing lors d’une visite pré-opératoire à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie. (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)

Mais d’autres cas ne pourraient ne pas être aussi tranchés : prenez par exemple, a déclaré le chirurgien Levin, « Que Dieu nous en protège », le cas d’un enfant israélien qui a perdu ses membres dans une attaque terroriste.

(Israël est revenu à plusieurs reprises dans la conversation et sa connexion avec la chirurgie naissante de la main basée en Israël est vieille de plusieurs décennies. Membre de l’American Israeli Orthopaedic Society, Levin forme des chirurgiens israéliens grâce à des bourses de la ville de Philadelphie. Aux côtés du chirurgien israélien, Dr Avraham Shaked, Levin a établi le programme de greffe de la main à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie. Il croit, étant donné les ressources appropriées, qu’Israël « peut et doit » travailler sur son propre centre de transplantation de la main).

« Que ferait la famille faire pour cet enfant ? », s’est interrogé Levin, face à la possibilité d’un cancer d’ici 30 ou 40 ans au bout du compte.

« En tant que parents, nous prenons des décisions pour nos enfants tout le temps », a poursuivi Levin. « Nous gouvernons ce qu’ils mangent, quand ils dorment… Nous imposons notre volonté adulte sur nos enfants pour leur bien, non pas pour leur mal ».

Comme indiqué dans le papier « de la transplantation faciale pédiatrique : les considérations éthiques » : « Le consentement éclairé est une question particulièrement difficile lorsque des enfants sont impliqués… Il y a la question de savoir quand un enfant peut être capable d’agir de manière autonome, et d’accepter pour lui-même / elle-même cette haute intervention à haut risque (étant donné, entre autres questions, les risques graves posés par l’immunosuppression à vie). D’une manière générale, les jugements sur la capacité d’un enfant à agir de manière autonome à cet égard devront être prises au cas par cas ».

Levin a précisé que la décision d’un parent pour poursuivre cette procédure, « ne se fait pas en une seule visite ambulatoire ».

L’hôpital utilise un processus de consentement éclairé et rigoureux et « nous sommes extraordinairement sélectifs », a-t-il ajouté.

Cependant, Zion a déjà vécu tellement de choses, que sa mère, Pattie Ray était déjà bien consciente des risques.

Pour Zion, cette nouvelle procédure « n’était pas plus risquée qu’une greffe de rein. Donc, je me sentais prêt à prendre ce risque pour lui, s’il le voulait – pour qu’il puisse jouer au football », a déclaré Ray.

Et pour Levin, cette qualité de vie est « toute la raison pour laquelle nous avons fait cela – afin qu’il puisse essentiellement se sentir normal à nouveau et faire des choses comme monter sur des barres fixes et caresser un chien avec ses mains. Ce sont nos attentes et nos espoirs », a-t-il expliqué dans une interview publiée dans un journal médical paru à la fin du mois de juillet.

Dr L. Scott Levin, Zion Harvey , et sa mère Pattie Ray à une conférence de presse  le 26 août 2015 près de deux mois après l'opération (Crédit : : Hôpital pour enfants de Philadelphie)
Dr L. Scott Levin, Zion Harvey , et sa mère Pattie Ray à une conférence de presse le 26 août 2015 près de deux mois après l’opération (Crédit : : Hôpital pour enfants de Philadelphie)

Zion, que Levin décrit comme un « petit garçon très spirituel », va travailler dur, des heures et des heures chaque jour après l’école sur la rééducation de ses mains pendant plusieurs années pour obtenir une vraie fonctionnalité.

« C’est son emploi à temps plein maintenant », a déclaré Levin, qui va revoir son patient une fois par mois pendant un certain temps.

La mère Pattie Ray a déclaré dans un communiqué de presse en août que Zion est prêt à assumer cette mission.

« Les défis auxquels Zion fait face sont nouveaux, mais sa détermination lui permettra de les surmonter. Il a déjà fait tant de choses étonnantes. Ceci est juste un obstacle de plus qu’il est prêt à sauter », a affirmé Ray.

Un gros plan d'une des nouvelles mains de Zion Harvey, prise en août 2015 (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)
Un gros plan d’une des nouvelles mains de Zion Harvey, prise en août 2015 (Crédit : Hôpital pour enfants de Philadelphie)
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