Le conflit israélo-palestinien dans le paysage diplomatique au temps du COVID-19
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Analyse

Le conflit israélo-palestinien dans le paysage diplomatique au temps du COVID-19

La CPI et l'UE reportent mais ne gèlent pas le dossier Israël-Palestine alors que l'Etat juif et les Etats-Unis disent encore travailler sur le plan de paix de Trump

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président de la commission européenne Charles Michel arrive pour s'adresser à une salle de conférence de presse presque vide après une vidéoconférence avec des leaders du G7 à la Commission européenne de Bruxelles, le 16 mars 2020 (Crédit :  AP Photo/Olivier Matthys)
Le président de la commission européenne Charles Michel arrive pour s'adresser à une salle de conférence de presse presque vide après une vidéoconférence avec des leaders du G7 à la Commission européenne de Bruxelles, le 16 mars 2020 (Crédit : AP Photo/Olivier Matthys)

En début de semaine, le secrétaire-général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à « un cessez-le-feu global et immédiat partout dans le monde », recommandant vivement aux pays de s’unir autour de la nécessité urgente de lutter contre le coronavirus.

« La fureur du virus illustre la folie de la guerre », a-t-il clamé dans un communiqué émis lundi. « Il est temps de suspendre les conflits armés et de nous concentrer, tous ensemble, sur le vrai combat de toutes nos vies ».

L’ONU, qui avait réclamé lundi un cessez-le-feu général dans tous les pays en conflit dans le monde pour mieux combattre la pandémie de Covid-19, s’est félicitée jeudi d’avoir été entendue par des groupes armés au Cameroun et aux Philippines, ainsi que par les belligérants au Yémen. « Le secrétaire général encourage les parties à trouver une solution politique définitive afin de mettre un terme à leur long conflit », a précisé Stéphane Dujarric. Il espère que ces cessez-le-feu « vont servir d’exemple dans le monde pour faire taire les armes et réunir les gens face à la menace mondiale du Covid-19 ».

Même si un grand nombre de décisionnaires de tout le globe consacrent la plus grande part de leur énergie à la lutte contre la maladie, les roues de la diplomatie internationale continuent d’avancer – même si elles sont plus lentes et qu’elles reçoivent moins l’attention des médias.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, par exemple, a cessé de se rencontrer en personne mais il s’est réuni cette semaine et pour la première fois de son histoire via vidéoconférence pour évoquer la situation dans la République démocratique du Congo.

Mercredi, les ministres des Affaires étrangères du G7, qui réunit les puissances occidentales, ont évoqué de nombreux dossiers – par vidéoconférence là aussi – et notamment la guerre commerciale avec la Chine, les ambitions nucléaires de la Corée du nord, le conflit entre la Russie et l’Ukraine, la question iranienne et l’Afghanistan.

Même s’il n’a pas fait les gros titres ces derniers jours, le conflit israélo-palestinien n’a pas entièrement non plus disparu de l’agenda global.

Le bâtiment de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye était fermé aux visiteurs, cette semaine, mais cela n’a pas empêché ses juges de réfléchir à une requête – qui a été accordée – de la principale procureure de l’institution qui demandait plus de temps avant de soumettre son point de vue sur la question de la Palestine en tant qu’Etat, déterminante pour donner une compétence pénale à la CPI sur la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.

La nouvelle date-limite fixée à Fatou Bensouda est le 30 avril et les juges auront ensuite 120 jours pour faire connaître leur jugement dans l’affaire. S’ils estiment que la CPI dispose de compétences en « Palestine », la procureure pourra ouvrir une enquête pénale sur de possibles crimes de guerre qui auraient été commis là-bas d’ici la fin du mois de septembre.

La cour, la semaine dernière, a fermé ses portes et demandé à la majorité de ses employés de travailler depuis chez eux mais elle continue à tenter de maintenir « la continuité de ses activités et de respecter le mandat de la cour », a dit un porte-parole au Times of Israel.

La Cour pénale internationale, ou CPI, à La Haye, Pays-Bas. (AP Photo/Peter Dejong)

L’Union européenne, elle aussi, reporte sans pour autant geler en profondeur ses délibérations sur le conflit israélo-palestinien. Les ministres des Affaires étrangères du bloc devaient évoquer le processus de paix au Moyen-Orient en général – et plus particulièrement la proposition de paix de l’administration américaine – dans la journée de lundi.

Mais en raison de la propagation du coronavirus, la rencontre prévue a été remplacée par « une vidéoconférence informelle » qui s’est concentrée sur d’autres sujets.

Plutôt que d’évoquer « l’accord du siècle » du président Donald Trump, les ministres ont discuté de « dossiers qui nécessitaient d’être débattus dans la plus grande urgence : ceux des implications extérieures du COVID-19, mais aussi la Turquie, la Syrie et la Libye », a fait savoir Peter Stano, porte-parole du chef de l’Union aux Affaires étrangères et à la politique sécuritaire, au Times of Israel.

La question du processus de paix israélo-palestinien reviendra à l’ordre du jour « lorsque cela paraîtra approprié et faisable – bientôt, avec un peu de chance – mais les développements actuels autour du coronavirus changent les plans et les calendriers sur une base quotidienne et il est donc difficile d’anticiper des éléments plus détaillés et spécifiques à ce stade », a-t-il ajouté.

Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Union européenne n’ait pas évoqué le plan de paix de l’administration américaine ne signifie pas pour autant que Bruxelles négligerait entièrement le conflit israélo-palestinien.

Des soignants palestiniens portent des masques de protection et se préparent à soigner et isoler des patients du coronavirus, dans la cour d’une école de l’UNRWA, à Gaza, le 18 mars 2020. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Mardi, le bureau du représentant de l’Union en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a émis un communiqué de presse annonçant que l’UE avait donné 82 millions d’euros à l’UNRWA, l’agence des Nations unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, pour faire face à la pandémie de COVID-19.

« Trouver une solution juste, convenue et réaliste pour les réfugiés palestinien est l’un des paramètres sur lesquels la communauté internationale est tombée d’accord s’agissant de la résolution du conflit israélo-palestinien », aurait déclaré Josep Borrell, chef de la politique étrangère de l’UE, dans le communiqué de presse.

« Le soutien que nous apportons à l’UNRWA ne relève donc pas uniquement de notre devoir humanitaire. Il maintient également en vie la perspective d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens, ce qui, aux yeux de l’UE, ne pourra être mise en place qu’à travers une solution à deux Etats négociée ».

L’Union européenne avait exprimé son scepticisme concernant le plan de paix de la Maison Blanche, qui avait été dévoilé fin janvier, et qui stipule qu’aucun réfugié palestinien ne sera autorisé à s’établir en Israël. Bruxelles s’était montré particulièrement critique du feu vert donné à Israël concernant l’annexion de larges pans de la Cisjordanie.

Avant les élections à la Knesset du 2 mars, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déclaré qu’il ferait appliquer la loi israélienne dans les secteurs concernés dans un avenir proche. Le 24 février, il s’était rendu à la première réunion de la commission américano-israélienne conjointe chargée de cartographier les zones exactes de Cisjordanie que l’Etat juif se prépare à annexer.

« Et nous le ferons dans les meilleurs délais », avait-il promis à ce moment-là.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (G) et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman (2e G) dans l’implantation d’Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Cette semaine, des responsables israéliens et américains ont répondu aux questions posées par le Times of Israel concernant le travail de la commission en indiquant que la mise en oeuvre du plan de paix de Trump n’avait pas été gelée. Ils se sont toutefois refusés à révéler d’autres détails.

« La commission continue ses activités et elle continue son travail interne », a dit un responsable du bureau de Netanyahu qui a insisté pour conserver l’anonymat.

Un porte-parole de l’ambassade américaine à Jérusalem a déclaré que « la lutte dans la crise du COVID-19 est, bien entendu, la toute première priorité, mais nous continuons à travailler sur l’agenda du président ».

Les deux responsables ont refusé de répondre à des questions sur les plans spécifiques de la commission, et notamment sur une éventuelle prochaine réunion prévue au calendrier.

Néanmoins, une source de l’administration a indiqué au Times of Israel que la Maison Blanche consacrait actuellement ses efforts au combat contre le coronavirus, laissant entendre (sans le dire explicitement néanmoins) que l’équipe chargée du plan de paix de Trump ne réfléchissait pas actuellement au plan d’annexion israélien.

Alors que l’attention, dans le monde entier, se focalise sur une crise sanitaire publique et globale sans précédent, certains Israéliens de droite recommandent vivement au gouvernement de faire appliquer dans la plus grande discrétion la souveraineté israélienne dans certaines parties de la Cisjordanie, espérant que le moment choisi permettra de réduire l’opprobre internationale – et de possibles sanctions – qui ne manquerait pas de s’abattre dans d’autres circonstances.

Mais malgré les affirmations officielles sur la continuité, sans perturbation, des travaux de cartographie de la Cisjordanie, il semble bien que les responsables, à Washington et à Jérusalem, aient à se préoccuper d’autres sujets importants au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

L’AFP a contribué à cet article.

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