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Interview

La COVID en recul pourrait faire hésiter les parents à vacciner leurs enfants

Alors que la FDA s'apprête à approuver le vaccin pour les enfants, une spécialiste des maladies pédiatriques met en garde contre les variants qui pourraient s'avérer "plus graves"

Un professionnel de la santé prépare un vaccin contre la COVID-19 à Jérusalem, le 3 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un professionnel de la santé prépare un vaccin contre la COVID-19 à Jérusalem, le 3 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que les États-Unis s’apprêtent à vacciner les enfants d’âge scolaire contre la COVID-19, Israël devrait rapidement suivre le mouvement et les petits israéliens pourraient avoir à lever leurs manches d’ici quelques semaines.

La Maison Blanche a annoncé mercredi des plans détaillés pour la vaccination des mineurs. Ces plans devraient être mis en œuvre dès que la Food and Drug Administration aura approuvé les vaccins Pfizer pour la tranche d’âge de 5 à 11 ans et qu’un groupe consultatif des Centers for Disease Control and Prevention se réunira les 2 et 3 novembre. Les vaccins Pfizer sont déjà autorisés pour les enfants de plus de 12 ans.

Israël n’attend pas toujours la FDA. Le pays a commencé à administrer des piqûres de rappel aux adultes avant le déploiement aux États-Unis, qui est beaucoup plus restreint. Mais en ce qui concerne les vaccins pour enfants, les autorités de Jérusalem ont décidé de ne lancer leur propre discussion qu’après la décision finale de la FDA.

Le professeur Galia Grisaru-Soen, experte en maladies infectieuses pédiatriques, a expliqué au Times of Israël comment le déploiement des vaccins pour les enfants était susceptible de se dérouler en Israël, pourquoi elle pensait que la vaccination est importante, même si la grande majorité des enfants ne sont que légèrement touchés par le coronavirus, et quel sera le principal obstacle à la vaccination de masse dans un pays qui pousse un soupir de soulagement alors que sa quatrième vague s’apaise.

« À ce stade, le nombre de nouveau cas de coronavirus étant à nouveau faible, il sera difficile de convaincre les parents de faire vacciner leurs enfants », a-t-elle déclaré, ajoutant que de nombreux parents finiront par éviter les vaccins jusqu’à ce que les niveaux d’infection remontent – potentiellement avec un variant plus dangereux.

Grisaru-Soen, responsable des maladies infectieuses pédiatriques au centre médical Sourasky de Tel Aviv, a déclaré que « personne ne sait ce qui se passera avec le prochain variant, et il pourrait être plus grave pour les enfants ».

Une Israélienne se fait vacciner contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de la caisse d’assurance-maladie de la Clalit à Jérusalem, le 9 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Comment le mouvement vers la vaccination des enfants va-t-il se dérouler en Israël ?

Dès que la Food and Drug Administration aura approuvé le vaccin pour les enfants, une équipe de spécialistes du ministère israélien de la Santé aura une discussion à ce sujet. Tout porte à croire que ces discussions seront très transparentes, afin que le public comprenne ce qui a été décidé et comment cela a été décidé. Après cela, je m’attends à ce qu’Israël commence à proposer des vaccins aux enfants.

Prof. Galia Grisaru-Soen, directrice du département des maladies infectieuses pédiatriques du centre médical Sourasky à Tel Aviv. (Crédit : Centre médical Sourasky)

Quelles données la FDA, puis les autorités israéliennes, prendront-elles en considération ?

La FDA va délibérer sur la base des données de l’étude de Pfizer sur les enfants, qui était d’une taille similaire à celle de l’étude sur les adolescents, et qui a montré que la sécurité et l’efficacité du vaccin sont similaires à celles des groupes d’âge plus âgés. Si la FDA approuve le vaccin sur la base de cette étude, je ne vois aucune raison pour qu’Israël ne fasse pas de même.

Si les enfants doivent être vaccinés, recevront-ils la même dose que les adultes ? Qu’en est-il des rappels éventuels par la suite ?

La dose pour les enfants ne sera pas la même que pour les adultes – elle représentera environ un tiers de la dose normale. Les enfants devraient recevoir deux injections, comme les adultes, et il est probable que les patients guéris ne se fassent pas vacciner avant plusieurs mois après leur guérison.

Quel est le principal obstacle à la vaccination des enfants en Israël ?

Le problème ne sera pas l’approbation du vaccin par le ministère de la Santé, mais plutôt de convaincre les parents de vacciner leurs jeunes enfants. Lorsque nous avons commencé à vacciner les enfants de 12 à 15 ans, il était facile de convaincre les parents, car peu après que cette tranche d’âge soit devenue éligible, nous étions au cœur de la quatrième vague de la COVID. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. À ce stade, les niveaux de coronavirus étant à nouveau faibles, il sera difficile de convaincre les parents de faire vacciner leurs enfants.

Une affiche prônant le port du masque dans les espaces clos à Jérusalem, le 12 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Qu’est-ce qui, le cas échéant, pourrait les faire changer d’avis ?

Nous savons qu’il peut y avoir une cinquième vague, mais beaucoup de gens diront qu’il n’est pas nécessaire de protéger les enfants contre celle-ci dès maintenant, mais qu’ils vaccineront si elle se présente. Il est donc probable que beaucoup attendent jusqu’à ce que les infections augmentent à nouveau.

Certains parents notent qu’il est peu probable que les enfants contractent une forme grave de la COVID, et en concluent que la pression pour faire vacciner les enfants sera purement pour le bien des personnes plus âgées, pour les protéger des infections que les mineurs pourraient propager. Ont-ils raison ?

Non, en fait, c’est les deux. On ne demandera pas aux gens de vacciner l’enfant uniquement pour protéger la grand-mère. On le fait aussi pour l’enfant lui-même. Il est vrai que la morbidité chez les enfants est beaucoup moins élevée que chez les autres, mais les enfants ont quand même des complications. À l’heure où je vous parle, j’ai un enfant dans le service qui souffre du syndrome inflammatoire multisystémique, le MIS-C, à la suite de la COVID-19.

Certaines personnes rétorquent que les vaccins peuvent aussi avoir des effets secondaires.

Le coronavirus n’est pas une maladie aussi innocente qu’il n’y paraît. Il faut savoir que les complications liées au virus sont beaucoup plus importantes que celles que l’on craint avec le vaccin.

Où se situe la possibilité d’un nouveau variant dans cette discussion ? Cela devrait-il nous inciter à vacciner les enfants ?

Oui. Nous ne savons pas à quoi pourrait ressembler le prochain variant. Le virus Delta était très contagieux et beaucoup plus d’enfants ont été infectés par ce variant. Personne ne sait ce qui se passera avec le prochain, et il pourrait être plus grave pour les enfants.

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