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Le crépuscule du fleuve du Tigre

Le fleuve qui traverse l'Irak sur 1 500 km ? Il ne rugit plus. En raison du manque de pluie et des barrages construits en amont, en Turquie, où il prend sa source

Le pêcheur irakien Naim Haddad, 40 ans, se tient pieds nus sur son bateau au coucher du soleil sur Chatt al-Arab, le confluent des fleuves du Tigre et de  l'Euphrate qui se jette dans le Golfe, près de la ville de Bassora dans le sud de l'Irak, le 12 février 2022. (Crédit : Ayman HENNA / AFP)
Le pêcheur irakien Naim Haddad, 40 ans, se tient pieds nus sur son bateau au coucher du soleil sur Chatt al-Arab, le confluent des fleuves du Tigre et de l'Euphrate qui se jette dans le Golfe, près de la ville de Bassora dans le sud de l'Irak, le 12 février 2022. (Crédit : Ayman HENNA / AFP)

Il a arrosé le jardin d’Eden, irrigué Sumer et abreuvé Babylone. Mais dans l’Irak d’aujourd’hui, le Tigre se meurt. Entre activité humaine et chamboulement climatique, l’agonie du fleuve menace d’emporter la vie qui s’y est implantée il y a des milliers d’années.

Considéré par l’ONU comme l’un des cinq pays les plus exposés aux conséquences du changement climatique, l’Irak ne compte plus les maux qui l’accablent : températures en hausse, désertification galopante, précipitations en baisse, tempêtes de sable qui s’enchaînent recouvrant le pays d’une fine pellicule orange.

Et le Tigre, qui traverse l’Irak sur 1 500 km ? Il ne rugit plus. En raison du manque de pluie et des barrages construits en amont, en Turquie, où il prend sa source.

Un vidéaste de l’AFP a arpenté les rivages du fleuve, de la source au nord à la mer au sud, pour rendre compte du désastre qui oblige les habitants à changer leur mode de vie.

Image d’illustration. Sur cette photo prise le jeudi 9 juillet 2009, Ashur Mohammed, 60 ans, vérifie sa terre à Latifiyah, à environ 30 kilomètres au sud de Bagdad, en Irak. Des précipitations inférieures à la moyenne et une eau insuffisante dans les fleuves Euphrate et Tigre – ce que les Irakiens ont imputé aux barrages de la Turquie et de la Syrie voisines – ont laissé l’Irak au sec pour la deuxième année consécutive. (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)

A Fichkhabour, dans le Kurdistan irakien, « depuis deux ou trois ans », note l’agriculteur Pibo Hassan Dolmassa, 41 ans, « l’eau diminue ».

Les statistiques officielles le confirment : le niveau du Tigre, quand il arrive de Turquie, n’est cette année qu’à 35 % de la quantité moyenne qui se déversait en Irak au cours des 100 dernières années.

Bagdad somme régulièrement ses voisins, la Turquie et l’Iran, de libérer plus d’eau. Mais les experts dénoncent aussi mauvaise gestion des ressources hydriques et gaspillage d’eau.

Dans la province centrale de Dyala, « on va être contraints d’abandonner l’agriculture et de vendre nos bêtes », dit Abou Mehdi, agriculteur de 42 ans.

Un lac d’irrigation artificiel est photographié dans le village de Ras al-Bisha, dans le sud de l’Irak, le 12 février 2022, où le confluent des fleuves du Tigre et de l’Euphrate, le Chatt al-Arab, se jette dans le golfe. (Crédit : Ayman HENNA / AFP)

Cette année, à cause de la sécheresse, le gouvernement a réduit de moitié les zones cultivées en Irak. Et comme à Diyala il n’y a pas assez d’eau, Diyala ne cultivera pas.

A Bagdad, cet été, le niveau du Tigre a été si bas que l’AFP a filmé des jeunes jouant au volley-ball au milieu du fleuve.

C’est la faute aux « dépôts sableux », explique le ministère des Ressources hydriques. N’étant plus charriés vers le sud faute de débit, ces dépôts se sont accumulés au fond du Tigre et le fleuve, où les habitants de la capitale déversent leurs eaux usées, a les plus grandes peines à s’écouler.

A Ras al-Bicha (sud), aux confins de l’Irak, de l’Iran et du Koweït, où le Chatt al-Arab, principal chenal du delta commun au Tigre et à l’Euphrate, se jette dans le Golfe, Molla al-Rached, 65 ans, s’inquiète pour ses palmiers qui « ont soif ».

Le pêcheur irakien Naim Haddad, 40 ans, se tient pieds nus sur son bateau au coucher du soleil sur Chatt al-Arab, le confluent des fleuves du Tigre et de l’Euphrate qui se jette dans le Golfe, près de la ville de Bassora dans le sud de l’Irak, le 12 février 2022. (Crédit : Ayman HENNA / AFP)

Avec la baisse du niveau d’eau douce, les eaux de la mer s’engouffrent et remontent dans le Chatt al-Arab s’infiltrant dans les sols désormais salés.

Dans l’extrême Sud, pieds nus sur sa barque qu’il pousse à l’aide d’un bâton, Naïm Haddad, 40 ans, rentre d’une journée de pêche sur le Chatt al-Arab.

Comme tous les habitants de Bassora, il s’inquiète aussi du dessalement du fleuve : des poissons d’eau douce, très prisés, ont déserté le Chatt al-Arab.

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