Le « darwinisme » diplomatique de Trump au Moyen-Orient
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Analysis

Le « darwinisme » diplomatique de Trump au Moyen-Orient

Sur Twitter, le 45e président américain se contredit sur Jérusalem, menace de mettre l'AP en faillite et de faire "payer plus" Israël

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump signe un mémorandum après avoir prononcé une déclaration sur Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017 (Saul Loeb / AFP)
Le président américain Donald Trump signe un mémorandum après avoir prononcé une déclaration sur Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017 (Saul Loeb / AFP)

Les tweets du président américain Donald Trump tard mardi ont démontré une fois de plus à quel point le leader du monde libre est imprévisible.

En moins de 100 mots, il s’interroge sur le soutien financier de longue date de l’Amérique à l’Autorité palestinienne, contredit sa propre position sur Jérusalem et indique qu’Israël devra « payer » dans les futures négociations de paix.

Avec un président aussi impulsif que Trump, rien n’est impossible. Demain, il pourrait vraiment, comme il l’a menacé sur Twitter, annoncer que les Etats-Unis cesseront de financer l’AP ou demanderont de douloureuses concessions à Israël, ou déclarer qu’il abandonne complètement son projet de paix pour animaux de compagnie.

À ce stade, il semble plus probable, cependant, que les responsables américains essaieront de minimiser les tweets surprenants du président, indiquant leur soutien au statu quo et jurant que la Maison Blanche poursuivra ses efforts pour parvenir à une paix durable.

Jusqu’à présent, les tweets de Trump ont fourni des aperçus fascinants sur la façon dont il voit les relations internationales et l’application de sa politique étrangère « America First » au Moyen-Orient. Tout est quiproquo, un système de transactions bilatérales dans lequel le joueur le plus fort domine les plus faibles. Appelez ça le darwinisme diplomatique.

Les contribuables américains paient à l’Autorité palestinienne des centaines de millions de dollars par an, mais « n’obtiennent ni reconnaissance ni respect » en échange, a déploré Trump sur sa plate-forme de médias sociaux préférée.

Pire encore, a-t-il noté, Ramallah – qui a réagi à sa reconnaissance du 6 décembre de Jérusalem en tant que capitale d’Israël en déclarant qu’il ne considère plus les États-Unis comme un interlocuteur honnête – refuse d’entrer dans des négociations parrainées par les États-Unis avec l’État juif.

« Nous avons enlevé Jérusalem, la partie la plus difficile de la négociation, mais Israël, pour cela, aura à payer plus », a twitté Trump. « Mais avec les Palestiniens qui ne veulent plus parler de paix, pourquoi devrions-nous continuer à leur verser ces énormes sommes ? »

Qui veut de l’UNRWA ?

Le plus déconcertant, pour les Palestiniens et au moins pour certains Israéliens, est la menace de couper l’aide financière à l’AP. Peu de temps avant que Trump ne s’exprime sur Twitter, son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, a averti les Palestiniens que Washington cesserait de financer l’agence palestinienne des Nations unies pour les réfugiés, connue sous le nom d’UNRWA, aussi longtemps que Ramallah refuserait de négocier avec Israël.

« Nous essayons d’avancer vers un processus de paix, mais si cela n’arrive pas, le président ne va pas continuer à financer cette situation », a déclaré Nikki Haley à la presse.

Critiquée comme l’UNRWA peut l’être par les Israéliens, peu d’Israéliens nient dans le même temps le fait que l’agence fournit des services vitaux aux Palestiniens les plus vulnérables.

« Il y a beaucoup de problèmes avec l’UNRWA, mais couper le soutien financier à l’organisation impactera les membres les plus faibles de la société palestinienne et il est peu probable que l’Autorité palestinienne y remédie », a tweeté Peter Lerner, un ancien porte-parole des Forces de défense israéliennes.

« Quel est le résultat attendu ? » a ensuite demandé Lerner à Haley, ajoutant que l’UNRWA gère 363 écoles avec 311 071 étudiants et 65 établissements de santé dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

« Historiquement, les camps de réfugiés ont été des foyers pour les activités terroristes. Affaiblir cette population ne fera qu’accroître l’extrémisme et la violence. Cela ne contribuera pas à la sécurité ou à la stabilité dans la région », a-t-il écrit.

En juillet 2014, le Jordanien Hussein Amrah, qui se présente comme le directeur d’une école de l’UNRWA, a partagé une photo de terroristes du Hamas accompagnée du texte « La victoire arrive. Si Dieu veut ». (Crédit : UN Watch)

Netanyahu va probablement applaudir publiquement Trump et Haley pour leur position alors qu’il cherche à rester aligné avec la Maison Blanche sur les questions régionales. Mais il est possible que, par l’intermédiaire de canaux plus discrets, les responsables de Jérusalem transmettent aussi poliment que possible à leurs collègues américains que la faillite de l’AP ne produira probablement pas de résultats souhaitables.

La menace de suppression du budget

Les États-Unis ont déjà brandi la menace de coupes budgétaires, mais peu de pays l’ont pris au sérieux. Les gouvernements qui ont soutienu la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la reconnaissance par Trump du 6 décembre de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, devraient s’attendre à voir leurs aides réduites, a prévenu le président et son représentant aux Nations unies avant et après le vote.

Pourtant, 128 pays – parmi lesquels les premiers bénéficiaires de l’aide américaine – ont voté en faveur. Neuf nations seulement se sont opposées à la motion, et 35 se sont abstenues.

Jusqu’à présent, on en sait peu sur les mesures punitives concrètes que les États-Unis ont l’intention d’adopter contre les pays qui ont appuyé la résolution de l’ONU.

Les résultats du vote sont affichés sur les écrans de l’Assemblée générale des Nations Unies dans lequel la déclaration de Jérusalem des États-Unis en tant que capitale d’Israël a été déclarée «nulle et non avenue» le 21 décembre 2017 à New York. (Spencer Platt / Getty Images / AFP)

Une autre implication potentielle des tweets de Trump, d’un point de vue israélien, est que dans les négociations de paix, Israël devrait « payer plus » suite à sa déclaration sur Jérusalem.

À la suite du discours du président, des responsables à Washington et à Jérusalem ont affirmé qu’il n’avait pas été demandé à Israël une quelconque contre-partie à cette déclaration. D’autant plus que, tant que le processus de paix est gelé, Netanyahu n’a rien à craindre.

Le jour où les Palestiniens décideront de reprendre les négociations parrainées par les Etats-Unis, le Premier ministre sait qu’il sera invité à être particulièrement ouvert. Mais ceux qui ont suivi les déclarations de Trump sur le Moyen-Orient ne seront pas surpris par cela.

L’approche de Trump

Pour le président, le conflit israélo-palestinien a toujours été un problème à résoudre par un bon négociateur qui sait comment amener les deux parties à des concessions. C’est l’art de la négociation [titre du livre de Donald Trump], après tout.

Les membres de l’équipe de Trump au Moyen-Orient disent qu’ils s’attendaient à la colère des Palestiniens face à la reconnaissance de Jérusalem. Tôt ou tard, Ramallah reconnaîtra qu’il n’y aura pas de processus de paix sans les États-Unis, et sera contraint d’entamer des négociations sous la tutelle américaine, soutiennent-ils. Ce calcul reste fermement en place, malgré les tweets furieux du président.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 20 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Trump a également tweeté mardi qu’il avait exclu Jérusalem « de la table des négociations », contredisant sa propre affirmation le 6 décembre selon laquelle le statut de la ville et ses frontières éventuelles devaient être déterminés par les deux parties.

« Nous ne prenons pas position sur les questions du statut final, y compris les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem, ou la résolution des frontières contestées », avait-il déclaré à l’époque dans une déclaration que les fonctionnaires américains ont répété à d’innombrables reprises depuis.

Comment vont-ils répondre à présent aux questions sur le tweet de Trump ? Le rétropédalage des déclarations du président dans les médias sociaux est un exercice délicat pour les fonctionnaires. Mais les responsables de l’administration ont les moyens de couvrir, d’expliquer, de relativiser, de qualifier et de minimiser les déclarations politiques de leur patron, aussi emphatiques que surprenantes.

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