Le départ d’Israël de l’EUCOM a un coût
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Le départ d’Israël de l’EUCOM a un coût

Le transfert célébré de l'armée israélienne vers le CENTCOM axé sur le Moyen-Orient a un coût, comme l’a illustré le 20e exercice de simulation Juniper ces deux semaines passées

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Illustration : Le ministère de la Défense et l'entrepreneur de défense Rafael testent une version améliorée du système de défense antimissile Dôme de Fer en janvier 2020. (Ministère de la Défense)
Illustration : Le ministère de la Défense et l'entrepreneur de défense Rafael testent une version améliorée du système de défense antimissile Dôme de Fer en janvier 2020. (Ministère de la Défense)

Lorsque le Pentagone a annoncé qu’Israël passerait sous la tutelle de son Commandement central axé sur le Moyen-Orient (CENTCOM), la décision a été saluée comme un coup dur pour l’Iran, un signe du statut croissant d’Israël parmi les nations arabes et une aubaine pour la défense du pays.

Mais cette décision a cependant un prix. Cela signifie qu’Israël doit mettre fin à sa relation de longue date avec le Commandement européen (EUCOM), une équipe avec laquelle il a travaillé pendant des décennies et aux côtés de laquelle il a combattu – à l’heure la plus sombre de l’histoire du pays.

Ce prix s’est fait sentir ces deux dernières semaines, alors que l’armée israélienne a organisé son 20e exercice de la série Juniper avec le Commandement européen, peut-être pour la dernière fois. L’exercice de cette année, qui s’est déroulé en partie virtuellement à cause de la pandémie de coronavirus, était focalisé sur la façon dont les deux armées travailleraient ensemble face à une attaque de missiles balistiques contre l’État d’Israël, d’après une interview du Times of Israel avec les deux généraux de brigade qui ont dirigé l’exercice.

Le général de brigade Gregory Brady, chef du Commandement de la défense aérienne et antimissile de la 10e armée de l’EUCOM, qui a dirigé l’exercice du côté américain, a déclaré que cet exercice et d’autres exercices similaires visent également à empêcher des pays ou des groupes d’attaquer Israël en démontrant publiquement les liens étroits entre les États-Unis et l’État juif.

« Nous envisageons ce que nous ferions si nous devions assurer la défense d’Israël, mais plus important encore, je dirais, il s’agit de notre capacité à dissuader tout type d’agression », a déclaré Brady, depuis l’Allemagne.

Photographie non-datée du général de brigade Gregory Brady, chef du 10e commandement de la défense aérienne et antimissile du Commandement européen de l’armée américaine. (Armée américaine)

Mais au-delà des aspects techniques de la coordination d’une réponse à une attaque imminente, l’exercice de cette année et ceux qui l’ont précédé visent à construire et à approfondir les relations entre l’EUCOM et le personnel de Tsahal, ont déclaré les généraux de brigade.

« Plus nous nous exerçons – depuis plus de 20 ans – plus notre préparation à coopérer se renforce. L’un des éléments les plus importants est le facteur humain de la construction de l’interopérabilité, nos relations. Plus nous avons l’occasion de nous entraîner ensemble, plus la relation que nous construisons est solide », a déclaré Brady.

Le général de brigade (réserviste) Doron Gavish, qui a dirigé l’exercice du côté israélien, a expliqué que sa relation personnelle avec l’EUCOM avait commencé 10 ans avant le début des exercices de la série Juniper, lesquels se poursuivent depuis 20 ans, lorsque les troupes de l’EUCOM étaient déployées en Israël pour combattre « au coude à coude » avec les troupes de Tsahal pendant la guerre du Golfe de 1991, lorsque l’Irak a tiré des dizaines de missiles Scud sur l’État juif.

Gavish a ajouté que la défense aérienne d’Israël s’était considérablement améliorée depuis cette époque, presque aucun missile Scud n’avait alors été intercepté.

Système de défense antimissile américain Patriot déployé en Israël en réponse à une série d’attaques de missiles Scud par l’Irak pendant la Première Guerre du Golfe de 1991. (Noam Wind / Archives du ministère de la Défense)

« La première fois que j’ai eu l’occasion de travailler avec les forces américaines, c’était pendant la guerre du Golfe. En tant que jeune capitaine dans les années 1990, j’étais dans un détachement déployé à Tel Aviv, tirant pour intercepter les missiles Scud, au coude à coude avec mes camarades américains », a-t-il déclaré par téléphone, également depuis l’Allemagne.

Brady a plaisanté en disant qu’en raison des restrictions relatives au coronavirus, cette fois-ci, ils se battaient plutôt « épaule contre épaule – à deux mètres l’un de l’autre ».

Juniper Falcon 21

L’exercice Juniper Falcon de cette année s’est déroulé en grande partie virtuellement à cause de la pandémie, les Américains opérant depuis l’Allemagne – où l’EUCOM est basé – et les États-Unis, tandis que les participants israéliens étaient répartis dans des bases à travers le pays. Chaque pays a envoyé un petit nombre de personnes pour qu’ils s’entraînent aux côtés de leurs homologues, notamment Gavish qui s’est rendu en Allemagne.

« Nous nous préparons à toutes sortes de scénarios, mais nous nous concentrons sur la défense antimissile balistique et la défense à plusieurs niveaux, et l’interopérabilité entre les forces américaines et israéliennes pour la défense d’Israël », a déclaré Gavish.

L’exercice de défense aérienne de deux semaines s’est déroulé au moyen de simulations informatiques et non par l’utilisation réelle de systèmes de défense antimissile.

Photographie non-datée du général de brigade (réserviste) Doron Gavish, ancien chef de la défense aérienne d’Israël. (Michael S. Alexander / Wikimedia)

Gavish a expliqué que l’ensemble du réseau de défense aérienne à niveaux multiples d’Israël avait été testé lors de l’exercice, du Dôme de Fer à courte portée, à la Fronde de David de milieu de gamme, en passant par les batteries longue portée Arrow et Patriot, ainsi qu’une variété de batteries israéliennes et de systèmes radar américains.

Gavish et Brady ont affirmé que l’exercice était axé sur des scénarios réalistes, sans donner de précisions sur la nature de ce qu’ils appellent les « vignettes » qui composent l’exercice.

« Nous en parlons comme d’un exercice, mais nous considérons ce Juniper Falcon et ces années d’exercices comme un investissement, pour nous préparer à la vie réelle », selon Gavish.

La dynamique CENTCOM-EUCOM

Bien qu’Israël soit située au Moyen-Orient, le pays est resté dans la zone de responsabilité de l’EUCOM lorsque le CENTCOM a été formé en 1983, afin d’éviter les tensions entre les États-Unis et les pays arabes qui y participaient, lesquels n’avaient pas de liens avec l’État juif ou étaient encore techniquement en guerre avec lui.

Israël a fait pression pendant des années pour être admis au CENTCOM, un transfert considéré comme bénéfique d’un pont de vue stratégique : le CENTCOM est au Moyen-Orient, tout comme les menaces auxquelles Israël est confronté.

« L’EUCOM prêtait assistance à la défense d’Israël, alors que les menaces entrantes provenaient de la région du CENTCOM – entre l’Iran, le Liban et le Yémen. L’espace aérien où Israël opère contre ces menaces relève également de la responsabilité du CENTCOM, tout comme la plupart des moyens américains impliqués dans la détection, la suppression et la prévention des menaces de missiles au Moyen-Orient », écrit le général de brigade (réserviste) Assaf Orion, ancien chef de la division stratégique de Tsahal au sein de la direction de la planification, pour le Washington Institute, où il est maintenant chercheur.

De gauche à droite : le chef d’état-major de Tsahal Aviv Kohavi, le commandant du CENTCOM Kenneth F. McKenzie, Jr., et le ministre de la Défense Benny Gantz, à Tel Aviv le 29 janvier 2021. (Ariel Hermoni / Ministère de la Défense)

Bien que le passage d’Israël au CENTCOM ait été annoncé le mois dernier par l’administration sortante Trump, les États-Unis ont clairement indiqué que le transfert allait nécessiter un certain temps avant de devenir effectif, pendant qu’ils envisagent la meilleure façon de le réaliser.

« Je ne veux pas surestimer la vitesse à laquelle le transfert se produira, cela va prendre du temps avant qu’il ne soit effectif », a déclaré le chef du CENTCOM, le général Kenneth McKenzie lors d’un événement avec le think-tank du Washington Institute cette semaine.

Un porte-parole du Pentagone a déclaré au Times of Israel le mois dernier que « la planification de la transition est en cours », mais que le calendrier définitif du transfert n’avait pas encore été approuvé.

Mais alors qu’Israël quitte la zone de responsabilité de l’EUCOM et entre dans celle du CENTCOM, on ne sait pas ce qu’il adviendra de ces relations cultivées depuis des décennies, bien que Brady ait insisté sur le fait que la coopération resterait solide.

Un officier de l’armée de l’air israélienne participe à l’exercice Juniper Falcon en février 2021. (Armée israélienne)

« Notre objectif global – s’il y a un changement – en fin de compte, c’est de veiller à maintenir un haut degré de préparation pour venir en aide à la défense d’Israël », a déclaré Brady, ajoutant que ses forces peuvent être déployées « partout dans le monde ».

« Quand il y a des changements, c’est réfléchi et délibéré. Cela ne mettra pas en péril nos relations de sécurité avec Israël », a ajouté Brady.

Dans tous les cas, Gavish a déclaré que la relation générale entre l’armée américaine et Tsahal ne serait pas perdue.

« Nous nous adapterons à tout changement futur », a déclaré Gavish. « Regardez, les gens changent. Au cours des 20 dernières années, nous avons sans cesse rencontré des gens nouveaux. Mais c’est toujours la relation, et la profondeur de la relation entre les États-Unis et Tsahal qui subsistent. »

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