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Le dérèglement climatique rend déjà le quotidien de millions de gens invivable

"C'est juste insupportable. On ne peut pas sortir avec cette chaleur", s'écrie Rosa, une habitante de Vancouver

Des personnes marchent le long d'un sentier, le 11 juillet 2021, dans le parc national de la Vallée de la Mort, en Californie (Crédit : AP/JohnLocher).
Des personnes marchent le long d'un sentier, le 11 juillet 2021, dans le parc national de la Vallée de la Mort, en Californie (Crédit : AP/JohnLocher).

« La Vallée de la Mort est l’endroit le plus chaud sur Terre. La température moyenne en été y est bien plus chaude ces 20 dernières années », constate Abby Wines, responsable de la communication du parc national de Death Valley, en Californie.

Dans ce désert parsemé d’arbustes, le thermomètre a atteint les 54,4°C deux années d’affilée, une température jamais mesurée par les instruments modernes.

Et le mois de juillet 2021 a été le plus chaud jamais enregistré sur la planète, selon l’Organisation météorologique mondiale.

« Cette chaleur insupportable nous affecte beaucoup, et nous, les pauvres, sommes les plus durement touchés », se lamente Kuldeep Kaur, une habitante de Sri Ganganagar, au Rajasthan, dans le nord-ouest de l’Inde.

A l’autre bout de la planète, sous le « dôme de chaleur » qui a frappé le Canada cet été, Rosa, une habitante de Vancouver, s’écrie : « C’est juste insupportable. On ne peut pas sortir avec cette chaleur ».

« Millier de morts »

Sans baisse des émissions de gaz à effet de serre, ce type de phénomène « sera plus habituel » encore, souligne Zeke Hausfather, climatologue au Breakthrough Institute.

La hausse des températures liée à « l’effet de serre » entraîne à son tour une augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses, des feux de forêts, des tempêtes mais aussi des inondations. Et une multiplication des canicules néfastes pour l’agriculture et mortelles pour les humains.

Des habitants et des commerçants tentent de dégager la boue de leurs maisons et de déplacer les meubles inutilisables à l’extérieur à Ahrweiler, dans l’ouest de l’Allemagne, samedi 17 juillet 2021. De fortes pluies ont provoqué des coulées de boue et des inondations dans l’ouest de l’Allemagne. (Crédit : Thomas Frey/dpa via AP)

« Une inondation, c’est quelques morts, peut-être quelques dizaines. Chaque grande vague de chaleur extrême entraîne en revanche des milliers de morts. Et on sait que ces vagues de chaleur se multiplient », résume Robert Vautard, climatologue et directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace.

Si le réchauffement planétaire atteint le seuil des +2°C, un quart de la population mondiale vivra des canicules au moins une fois tous les cinq ans, selon un projet de rapport de l’ONU obtenu par l’AFP avant la grande conférence internationale sur le climat (COP26) qui s’est ouverte le 31 octobre à Glasgow, en Ecosse.

Impact sur les villes

Cette chaleur étouffante, les Bédouins ont toujours vécu avec.

« Il doit faire environ 43 degrés et il est seulement 08h30-09h00. Donc à 14 heures, la température peut atteindre les 48 à 49 degrés, et parfois même 50. Mais c’est normal pour nous, on s’y est habitués, nous ne sommes ni surpris ni inquiets », confie Nayef al-Shammari, 51 ans.

Nayef et son père Saad vivent et travaillent dans le désert d’Al Nufud Al Kabir en Arabie saoudite où ils élèvent des chameaux depuis plusieurs générations.

En dépit du calme de Nayef al-Shammari, le mode de vie de ces Bédouins risque à terme d’être remis en question.

« Même les animaux de la région qui tolèrent la chaleur, comme certains chameaux ou chèvres, vont être touchés, tout comme l’agriculture : cette chaleur extrême va donc avoir un impact sur la production alimentaire », relève George Zittis, chercheur au Cyprus Institute.

Les Bédouins préparent leurs chameaux avant une course dans le sud du désert du Sinaï après une interruption de plus de six mois pour cause de coronavirus de ce sport traditionnel dans de nombreux pays arabes, en particulier dans le Golfe et chez les Bédouins d’Egypte, le 12 septembre 2020 (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Les marais de Mésopotamie en Irak, entre le Tigre et l’Euphrate, là où selon la légende se trouvait « le jardin d’Eden », sont aussi en péril.

« Les températures élevées, supérieures à 50 degrés, ont des conséquences pour les poissons, les animaux, les habitants et le tourisme », soupire le propriétaire d’une barque, Razak Jabbar, en avançant lentement au milieu d’un cours d’eau. L’air résigné, il explique qu’il va sans doute devoir partir.

Les départs forcés des zones rurales posent d’autres défis.

« Dans cette partie du monde (le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord), nous prévoyons que d’ici la fin du siècle, environ 90 % de la population vivra en ville », où les températures ont déjà tendance à être plus élevées, prédit George Zittis.

Face à l’urgence, les appels à agir se multiplient.

« Sans une diminution immédiate, rapide et à grande échelle des émissions de gaz à effet de serre, nous ne pourrons pas limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius et les conséquences seront catastrophiques », prévenait en septembre le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

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