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Le directeur de l’ADL assimile rhétorique antisioniste et antisémitisme

Reconnaissant la menace des nationalistes blancs, Jonathan Greenblatt a affirmé qu'un certain discours antisioniste, à gauche, pouvait conduire à des attaques antisémites

Le PDG de l'Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s'exprime lors du Sommet national du leadership 2018 du groupe à Washington, D.C. (Crédit : Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket via Getty Images/JTA).
Le PDG de l'Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s'exprime lors du Sommet national du leadership 2018 du groupe à Washington, D.C. (Crédit : Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket via Getty Images/JTA).

WASHINGTON (JTA) – Le directeur-général de l’ADL (Anti-Defamation League), Jonathan Greenblatt, a assimilé antisionisme et antisémitisme et a déclaré que le discours antisioniste présentait le même risque que la haine anti-juive en termes de conséquences violentes, lors d’un discours prononcé à un sommet réunissant les responsables nationaux de l’organisation.

L’allocution de Greenblatt, qui a eu lieu en ligne dimanche, a été faite alors que Démocrates et Républicains s’accusent mutuellement d’afficher une certaine tolérance à l’égard de l’antisémitisme. L’ADL a demandé aux deux partis de lutter contre la haine antijuive dans leurs propres rangs. Ce discours est cependant l’une des rares fois où l’organisation affirme sans équivoque que l’antisionisme est bien une expression d’antisémitisme.

Dans son allocution, Greenblatt a fait le lien entre la rhétorique employée par la droite et par la gauche de l’échiquier politique et le pic d’incidents antisémites que l’ADL a rapporté la semaine dernière.

« C’est la raison pour laquelle nous assistons à ce pic d’incidents antisémites – parce que des groupes des deux côtés du spectre idéologique utilisent les mots qui sont les leurs pour justifier la haine des Juifs », a déclaré Greenblatt.

Il a reconnu que la violence était souvent ramenée, à juste titre, à l’extrême-droite, mais il a ajouté que cela ne diminuait pas le risque posé par la rhétorique antisioniste de la gauche.

« Contrairement à leurs homologues d’extrême-droite, ces organisations ne se sont peut-être pas armées, elles ne s’engagent pas dans une insurrection visant à renverser notre gouvernement – mais pourtant, ces acteurs radicaux dénigrent et déshumanisent régulièrement les Juifs de manière indiscutable et sans équivoque », a expliqué Greenblatt. Il a cité les attaques perpétrées contre des membres de la communauté juive lors du conflit entre Israël et Gaza, il y a un an.

Les étudiants de Students for Justice in Palestine organisent un « teach-in d’urgence », après que le chancelier de l’école a condamné une présentation antisémite qui comprenait du matériel antisioniste, à l’Université de l’Illinois Urbana-Champaign en 2019. Illustration. (Crédit : Autorisation AMCHA)

« Encore une fois, je ne minimise absolument pas la menace unique posée par les nationalistes blancs ; cependant, comme nous l’avons vu en mai dernier, une rhétorique vicieuse ne se contente pas d’être un problème qui resterait abstrait dans le meilleur des cas », a-t-il déclaré. « Non, elle est dangereuse et déstabilisante car elle peut ensuite s’introduire dans le monde réel et pousser des individus à agir violemment. »

Greenblatt a pointé du doigt trois groupes de gauche : la Jewish Voice for Peace (Voix juive pour la paix), le Council on American Islamic Relations (Conseil des relations américano-islamiques) et Students for Justice in Palestine (Étudiants pour la justice en Palestine), pour ce qu’il a qualifié de « soutien apporté à la propagande complotiste antisémite et à la violence palestinienne dans le conflit avec Israël ». Il a noté l’adoption par certains de ces groupes de slogans tels que « mondialiser l’Intifada ».

Ce terme, a expliqué Greenblatt, fait référence à « un conflit armé allant de jets de pierres sur des soldats à des attentats-suicides, avec des kamikazes qui se sont fait exploser dans des restaurants bondés de femmes et d’enfants à Jérusalem ». La première et la deuxième Intifada sont des soulèvements palestiniens survenus dans les années 1980 et 1990 pour l’un et au début des années 2000 pour l’autre.

Les groupes incriminés par Greenblatt ont réagi, disant que l’ADL se marginalisait. « Ce que Greenblatt dit en réalité, c’est que l’ADL a cessé de prétendre chercher à éliminer l’antisémitisme et à protéger la communauté juive américaine, pour se concentrer uniquement sur la nécessité de protéger le gouvernement israélien contre toute mise en cause », a déclaré Jewish Voice for Peace à Jewish Currents.

« La dernière attaque hystérique et hypocrite de l’@ADL contre des militants des droits de l’homme juifs, palestiniens et musulmans est un autre signe de son isolement et de son désespoir », a déclaré le CAIR sur Twitter. « L’#ADL est de plus en plus désespérée dans sa tentative d’arrêter le soutien croissant à une #Palestine libre provenant des différentes communautés en Amérique. »

L’ADL a fait l’objet de critiques de la part des Républicains sous l’administration Trump pour ses critiques incessantes de l’ancien président, des critiques que Greenblatt a une fois de plus qualifiées de justifiées. « L’ADL a riposté lorsque Trump, qui était alors candidat, a proféré des calomnies contre les Mexicains et les musulmans en 2015… ou lorsque Trump, qui était alors président, a affirmé de façon grotesque que l’élection de 2020 était frauduleuse et que ses partisans devaient ‘se battre sans merci' », a-t-il déclaré.

Le discours de dimanche a semblé être, pour Greenblatt, une tentative de faire comprendre qu’il n’épargnerait pas les Démocrates de la critique.

« Dans ce contexte d’augmentation des incidents antisémites, nous remercierons les dirigeants du Parti républicain pour leurs déclarations de soutien et nous exigerons de même qu’ils dénoncent les étranges conspirations antisémites de leurs candidats et de leurs élus », a-t-il déclaré. « Et dans ce même contexte, nous applaudirons les dirigeants démocrates pour leurs déclarations de soutien – et nous exigerons qu’ils dénoncent les déclarations de ceux qui, au sein de leur parti, font sciemment circuler des tropes antisionistes et font des déclarations malveillantes contre l’État juif. »

Qualifiant l’antisionisme d’idéologie « ancrée dans la colère », Greenblatt a poursuivi : « L’antisionisme repose sur un concept : la négation d’un autre peuple, ce qui est un concept aussi étranger au discours contemporain que la suprématie blanche. Il exige un déni volontaire de toute l’histoire, même superficielle, du judaïsme et de la vaste histoire du peuple juif. Et, lorsqu’une idée naît d’une intolérance aussi choquante, elle conduit à, eh bien, des actes choquants. »

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