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Le discernement de Roni Aslcheich obscurci par les poursuites contre Netanyahu ?

L’ex-chef adjoint de l’unité d’enquête interne de la police a déclaré que le chef de la police de l’époque avait falsifié l’enquête sur un Bédouin tué par la police

Le chef de la police Roni Alsheich prend la parole lors d'une conférence de presse au quartier général de la police, à Jérusalem, le 17 avril 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)
Le chef de la police Roni Alsheich prend la parole lors d'une conférence de presse au quartier général de la police, à Jérusalem, le 17 avril 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Un officier supérieur de la police israélienne, récemment licencié, a affirmé lundi que de hauts responsables de la Justice avaient choisi de passer sous silence les exactions du chef de la police de l’époque, Roni Alsheich, de peur de nuire aux poursuites engagées contre l’ex-Premier ministre, Benjamin Netanyahu.

Dans une interview diffusée à une heure de grande écoute sur la Douzième chaîne, l’ancien chef adjoint du Département des enquêtes internes de la police, Moshe Saada, a déclaré qu’Alsheich avait falsifié les conclusions de l’enquête sur la mort d’un Bédouin, tué par la police, afin qu’elles concordent avec l’annonce du chef de la police selon laquelle la victime était un terroriste qui avait tenté de tuer les policiers.

Yaqoub Abu al-Qiaan a été tué par la police en janvier 2017, lorsque des agents étaient venus sécuriser les opérations de démolition de maisons, dont la sienne, à Umm al-Hiran, village bédouin illicite, rasé par l’Etat pour construire une ville juive.

La victime aurait perdu le contrôle de sa voiture, dans une descente, percutant un groupe de policiers et tuant l’un d’entre eux. C’est à ce moment que la police, supposant qu’il avait percuté les policiers intentionnellement, avait ouvert le feu, le tuant sur le coup.

A la Douzième chaîne, Saada a indiqué avoir pris part à une réunion, avec son patron Uri Carmel, ainsi qu’avec le procureur de l’État de l’époque, Shai Nitzan, le procureur général Avichai Mandelblit et Alsheich, peu de temps après l’incident. Au cours de cette réunion, Alsheich se serait emporté et aurait menacé de dissoudre le Département des enquêtes internes s’il remettait en question sa version des faits.

Saada a ajouté que Mandelblit, manifestement secoué, avait tenté de calmer le chef de la police. Nitzan, a déclaré Saaada, a reconnu qu’il ne s’agissait pas d’un attentat : il était prêt à le dire à huis clos, mais il n’a rien fait pour s’opposer à Alsheich.

L’ex-chef adjoint du Service des enquêtes internes de la police, Moshe Saada, s’exprime sur la Douzième chaine, le 25 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Douzième chaine)

Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer la conduite de Mandelblit et de Nitzan, Saada a déclaré à la Douzième chaîne que la « raison [était] simple ».

« [Ils avaient] un seul souci en tête : les affaires Netanyahu, qui à l’époque, l’ont emporté sur tout le reste », a-t-il ajouté.

Saada a expliqué que, dans la mesure où les services d’Alsheich menaient l’enquête sur le Premier ministre Netanyahu pour des faits de corruption, les hauts responsables de la Justice étaient prêts à fermer les yeux sur les transgressions de la part du chef de la police, craignant que toute atteinte à son image nuise à leur dossier contre le Premier ministre.

Yaqoub Mousa Abu al-Qiaan (Crédit : autorisation)

Selon Saada, Alsheich considérait le Département des enquêtes internes de la police comme une « organisation hostile » et il a pris des mesures « criminelles » pour limiter son influence.

L’ancien officier de police a décrit Nitzan comme intelligent et vif, prêt à sacrifier la vérité et la justice pour atteindre ses objectifs politiques.

Il a ajouté que les enquêtes en cours sur Netanyahu avaient eu un impact sur d’autres décisions prises par Alsheich pendant son mandat, dont une, particulièrement controversée, en soutien à l’ex-chef de l’unité anti-corruption Lahav 433, Roni Rittman, soupçonné de harcèlement sexuel.

Saada a assuré qu’Alsheich avait manigancé pour décrédibiliser l’un des accusateurs de Rittman, faisant même en sorte de réhabiliter l’officier disgracié après que ce dernier ait affirmé que les accusations avaient été montées de toutes pièces par Netanyahu, sur lequel son unité menait alors l’enquête.

Le directeur de l’unité anti-corruption de la police Lahav 433, Roni Rittman, arrive au département des investigations sur la police, à Jérusalem, en décembre 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Saada a indiqué que les propos de Rittman étaient sans
fondement, mais qu’Alsheich avait malgré tout décidé de le soutenir.

En réaction à l’interview, Alsheich a déclaré que les accusations portées contre lui étaient infondées, proférées par un ex-officier mécontent d’avoir été limogé. Alsheich a assuré avoir mené d’importantes réformes en tant que chef de la police et apprécier le travail du Département des enquêtes internes de la police.

Également en réaction à cette interview de Saada, Nitzan a indiqué que ses propos étaient sans doute guidés par la rancoeur, suite à son licenciement du département des enquêtes internes.

Saada a en effet été démis de ses fonctions, cette année, par l’actuel chef du Département des enquêtes internes, Keren Bar Menachem. En 2018, Bar Menachem avait été nommé à la tête de l’unité, l’emportant sur Saada qui occupait le poste de chef intérimaire depuis plus d’un an.

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