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Le documentaire « Remembering Gene Wilder » salue une légende juive de la comédie

Récemment projeté à New York et à Los Angeles, présenté ailleurs dans les prochaines semaines, le film examine la relation unissant le comédien à Mel Brooks - et ce qui sépare finalement leurs deux styles

Le réalisateur Ron Frank arrive lors de la première de ‘Remembering Gene Wilder’ au cinéma Castro de San Francisco, en Californie, le 20 juillet 2023. (Crédit : Miikka Skaffari/Getty Images/AFP)
Le réalisateur Ron Frank arrive lors de la première de ‘Remembering Gene Wilder’ au cinéma Castro de San Francisco, en Californie, le 20 juillet 2023. (Crédit : Miikka Skaffari/Getty Images/AFP)

JTA — Mel Brooks raconte que lors du tournage des « Producteurs », un directeur de production s’est approché de lui et lui a dit : « le type aux cheveux bouclés, là-bas – il a l’air bizarre. Virez-le ».

Brooks avait assuré qu’il allait le faire – il n’en avait aucune intention en réalité. Et quand le film est sorti, il était devenu un classique grâce, en grande partie, « au type aux cheveux bouclés » – qui allait devenir célèbre sous le nom de Gene Wilder.

Cette histoire est l’une des nombreuses anecdotes évoquées sur l’acteur dans un nouveau documentaire qui lui est consacré, « Remembering Gene Wilder ». Après avoir été projeté, l’année dernière, dans le circuit des festivals du film juif, le documentaire a été présenté en première à New York. D’autres sorties sont prévues dans les prochaines semaines aux États-Unis.

La relation entre Wilder et Brooks est au centre du film, et ce, pour une bonne raison : le duo a travaillé sur trois films devenus des classiques du cinéma, « Les Producteurs », « Le shérif est en Prison » et « Frankenstein Junior », en plus d’avoir tissé des liens d’amitié. Brooks est longuement interrogé dans le documentaire.

Mais selon le réalisateur du film, il faut noter que les sensibilités de Wilder, en matière de comédie, étaient très différentes de celles de Brooks – elles étaient plus subtiles et plus mesurées.

« Son style était un peu différent ; il n’était pas un comédien de la Borscht belt mais il avait très certainement appris des choses auprès d’eux », déclare Ron Frank à la Jewish Telegraphic Agency. « Prenez Mel Brooks, un New Yorkais jusqu’au bout des ongles, et associez-le à Gene Wilder, ce Juif du Wisconsin ».

Wilder avait grandi en regardant à la télévision des comédiens juifs comme Danny Kaye et Jerry Lewis, alors qu’il passait son enfance et sa jeunesse dans la maison familiale de Milwaukee. Mais, déclare Frank, lui-même « n’était pas un comédien – c’était un acteur de comédie. Il ne jouait pas. Dans la plupart de ses rôles, il ne force pas le comique, il ne force pas l’humour : il est lui-même, plus ou moins, ce qui rend les choses et plus réelles et plus drôles ».

Gene Wilder était né sous le nom de Jerome Silberman à Milwaukee, en 1933. Son père était un immigrant juif russe de la première génération ; sa mère appartenait à la deuxième génération. Il avait commencé à développer son talent comique à un jeune âge, lorsque sa mère était tombée malade et qu’un médecin avait dit au jeune Gene qu’il fallait la faire rire.

« S’agissant de comédie juive, la plaisanterie est génétique », ajoute Frank. « J’ai envie de dire que ça a aidé les Juifs à survivre depuis des siècles ».

Wilder était entré dans l’armée et à partir de là, il était allé au théâtre, à New York. Il avait commencé sa carrière au cinéma à la fin des années 1960. Son tout premier film avait été « Bonnie and Clyde », un classique sorti en 1967 – il y tenait le rôle d’un otage du célèbre couple de criminels américains. Son deuxième film, l’année suivante, avait été « Les Producteurs », de Brooks.

Le réalisateur Ron Frank arrive lors de la première de ‘Remembering Gene Wilder’ au cinéma Castro de San Francisco, en Californie, le 20 juillet 2023. (Crédit : Miikka Skaffari/Getty Images/AFP)

Il avait continué à jouer dans des films populaires pendant toutes les années 1970 et 1990, notamment dans le célèbre film pour enfants de 1971 « Charlie et la Chocolaterie » et dans une série de comédies aux côtés de Richard Pryor. Dans les années 1990, il avait fait des apparitions dans deux épisodes de la série à succès « Will & Grace » – des apparitions qui lui avaient valu un Emmy.

Wilder s’est éteint en 2016, à l’âge de 83 ans, des suites de la maladie d’Alzheimer. Frank déclare avoir commencé à travailler sur ce documentaire en 2018.

Peut-être le rôle le plus juif de Wilder avait-il été « Le Rabbin au Far-West », dans lequel Wilder prête ses traits au rabbin Avram Belinski, qui arrive depuis la Pologne dans l’Ouest américain et qui rencontre un hors-la-loi interprété par Harrison Ford. Dans ce film, le personnage de Wilder porte un chapeau noir et une barbe fournie, et il se livre à une interprétation convaincante de la prière matinale qui est récitée chaque jour de la semaine, avec une prononciation en hébreu correcte, portant phylactères et châle de prière.

En réalité, l’identité juive de Wilder était plutôt laïque.

« Je n’ai pas d’autre religion. Je me sens très Juif et j’éprouve une forte reconnaissance à l’égard de mes origines juives », avait confié Wilder à un homme qui l’interrogeait pour les besoins d’un livre paru en 2005 qui s’appelait « Stars of David: Prominent Jews Talk About Being Jewish. »

« Mais je ne crois pas en Dieu et je n’ai rien à voir avec la religion juive », avait-il ajouté.

Jenny Caplan, spécialiste des questions de religion et de culture populaire aux États-Unis au sein de l’université de Cincinnati et autrice du livre « Funny, You Don’t Look Funny: Judaism and Humor from the Silent Generation to Millennials, » qui était paru en 2003, déclare à la JTA que « Gene Wilder était un exemple formidable d’artiste dont la Judéité était parfois implicite, parfois explicite et parfois invisible ».

Elle ajoute que « confié aux soins d’un réalisateur et d’un scénariste comme Mel Brooks, Wilder est devenu cette sorte de canevas vierge susceptible d’incarner certaines intonations et grilles de lecture juives, ce qui a rendu des personnages comme Leo Bloom, Frederick Frankenstein, ou Jim dans ‘le Shérif est en prison’ si comiquement juifs pour un public d’initiés, sans rien d’autre qui viendrait marquer le personnage d’une possible judéité aux yeux d’un amateur moins éclairé sur le sujet ».

Le film comprend une longue interview de Brooks, aujourd’hui âgé de 97 ans, qui raconte de nombreuses anecdotes sur sa longue collaboration avec Wilder.

« Sans lui, nous n’aurions pas pu raconter cette histoire », dit Frank à propos de Brooks. « Cette interview était tout simplement géniale… Mel a dit : ‘Je vous donne une demi-heure’, et finalement nous sommes restés une heure. Il a raconté des histoires que j’aurais aimé mettre dans le film, mais cela aurait fait un film de trois heures ».

Frank a ajouté que Brooks, qui avait 95 ans lorsqu’ils se sont rencontrés, « reste un conteur incroyable, et il a été à la hauteur de sa réputation ».

Parmi les autres personnes interviewées on trouve l’historien juif du cinéma Ben Mankiewicz, le chanteur et acteur Harry Connick Jr. et l’actrice Carol Kane. Les images d’archives font une large place à la troisième épouse de Wilder, Gilda Radner, légende de la comédie juive et membre de la distribution originale de « Saturday Night Live », décédée d’un cancer en 1989. Frank explique que leur mariage souvent houleux est l’une des choses qu’il ignorait au sujet de Wilder lorsqu’il a entrepris le projet.

Le film, que Frank a réalisé et que Glenn Kirschbaum a écrit, a été produit par David Knight et Julie Nimoy. Julie Nimoy est la fille de la légende juive de Star Trek, Leonard Nimoy, et Frank avait déjà travaillé sur un documentaire à son sujet.

De gauche à droite : Les producteurs exécutifs David Knight et Julie Nimoy, Karen Wilder, le scénariste Glenn Kirschbaum et le réalisateur Ron Frank arrivent à la première de ‘Remembering Gene Wilder’ au Castro Theatre le 20 juillet 2023 à San Francisco, Californie. (Crédit : Miikka Skaffari/Getty Images/AFP)

« Les Nimoy et les Wilder étaient amis, et après le décès de Gene, David et Julie ont eu l’idée d’approcher Karen, la veuve de Gene, pour lui proposer [un film] », a indiqué Frank. Le film se concentre sur l’ensemble de la vie et de la carrière de Wilder, y compris sa lutte avec la maladie d’Alzheimer à la fin de sa vie.

Frank a également révélé que le film avait bénéficié de sources de financement non traditionnelles, notamment ce qu’il a appelé « les fabricants et les associations de médicaments liés à la maladie d’Alzheimer ».

La voix off de Wilder, tirée de son livre audio, assure la narration du film, qui contient de nombreuses séquences tirées de ses films, de ses nombreuses apparitions dans des talk-shows et de films de famille réalisés tout au long de sa vie.

Frank a noté que le public, et en particulier le public juif, avait très bien accueilli le film lors d’une projection test à Beverly Hills, en présence de Brooks, et que le même accueil avait été réservé au film lors de son passage au festival du film juif.

« Le film les a séduits de toutes sortes de façons, et ce ne sont pas seulement les blagues juives… quand ils rient si fort, vous savez que c’est génial quand les rires couvrent les répliques suivantes, c’est le temps que durent les rires. Et c’est ce qui s’est passé », a confié Frank.

Il espère que cela se répercutera sur le public en général.

« Les gens adorent Gene, à travers tout le pays, qu’ils soient Juifs ou non », a-t-il ajouté.

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