Le festival de la culture israélo-éthiopienne garde le rythme, même en ligne
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Le festival de la culture israélo-éthiopienne garde le rythme, même en ligne

Le festival de Hullageb, organisé par la Maison des confédérations de Jérusalem, réunit des chanteurs de la famille des “Banai éthiopiens” et fait écho à leurs revendications

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La chanteuse Tamar Rada se sent plus Israélienne qu’Éthiopienne – mais le langage, le tempo et les rythmes de son pays natal nourrissent cette chanteuse-compositrice et interprète.

Tout cela prend vie dans son deuxième album, « Adisge », qui sera célébré le 28 décembre à l’occasion du festival des arts israélo-éthiopiens Hullageb, organisé du 24 au 30 décembre – même s’il se déroulera en ligne, pandémie oblige, et qu’il n’y aura pas d’artistes de passage cette année. Les concerts et les spectacles seront à découvrir sur la page Facebook de la maison des confédérations et sur sa chaîne YouTube.

Hullageb, qui signifie « à multiples facettes », est une création et production de la Maison des confédérations de Jérusalem, dont la mission est de créer une harmonie artistique parmi plus d’une centaine de groupes ethniques présents dans la ville sainte. Le festival se consacre aux créations musicales, théâtrales et de danse des artistes d’origine éthiopienne, en mettant l’accent sur le dialogue de ces artistes avec la culture israélienne qui les entoure et sur les influences mutuelles entre les arts occidentaux et africains.

Alors que plusieurs décennies ont passé depuis la vague importante d’immigration éthiopienne en Israël, nombre de jeunes artistes qui se produiront cette année n’ont pas les mêmes souvenirs que leurs aînés – ce qui donne au festival une saveur israélo-éthiopienne plus prononcée qu’uniquement éthiopienne.

« Je ne me souviens presque pas de l’Ethiopie », avoue Rada, arrivée en Israël avec sa famille par l’opération Salomon alors qu’elle n’avait pas encore quatre ans. « Je suis bien davantage Israélienne – mais la culture, à la maison, était éthiopienne. »

La chanteuse Tamar Rada mélange ses racines israéliennes et éthiopiennes dans son second album qu’elle interprètera lors de la 11e édition du festival de Hullageb, du 24 au 30 décembre 2020. (Autorisation : Tamar Rada)

« Adisge » donne vie à ce mélange entre Israël et l’Ethiopie, avec des musiques que Rada a composées sur les paroles des poètes israéliens David Avidan, Yehuda Amichai et Eli Eliyahu. L’album permet aussi de découvrir ses propres œuvres originales, où elle joue avec l’hébreu, glissant parfois vers l’amharique, enrichies par son amour pour la musique africaine et électronique.

« Je ne le contrôle pas – ça me prend, ça m’emmène là-bas », dit-elle, évoquant le son qui est le sien.

Le concert de Rada et du Tamarada Band aura lieu à 21 heures, le 28 décembre.

La musique a toujours fait partie de la vie de Rada – c’est son père qui la lui a fait découvrir car il chantait toujours à la maison. Ses cassettes et ses vidéos de jazz et fusion éthiopiens accompagnaient les fêtes improvisées des vendredi après-midi, où immanquablement la famille de Rada se mettait à danser.

« On ne parlait que l’amharique à la maison – Papa ne nous laissait pas parler en hébreu chez nous », explique-t-elle. « Il voulait qu’on parle un hébreu parfait à l’extérieur, mais il voulait aussi que nous n’oubliions jamais nos racines linguistiques et culturelles éthiopiennes. »

Lors d’un voyage au Mexique, après son service militaire, Rada était montée sur scène de façon totalement inattendue, pour un concert spontané. La réaction du public avait éveillé chez elle le désir de se lancer dans une carrière de chanteuse.

Elle a alors étudié à l’école de musique Rimon en Israël – elle n’avait jamais appris à déchiffrer une partition, ni travaillé sa voix – convaincue que chaque année serait la dernière.

Elle a eu beaucoup de difficultés à trouver le son qui deviendrait le sien et à déterminer si elle devait tendre vers l’indépendance artistique ou tenter de se faire une notoriété avec le type de musique rendue populaire dans les concours de chant télévisés.

« On commence comment ? », s’était-elle demandé alors qu’elle était encore débutante. « Par l’Indie – ou par la réalité ? »

C’est son instructeur, Ariel Horowitz, le fils de la légendaire auteur-compositeur-interprète Naomi Shemer, qui a finalement guidé Rada, aujourd’hui âgée de 33 ans, pour l’aider à trouver sa voie dans le chant et l’écriture de ses textes. C’est lui qui a encouragé la jeune artiste à utiliser des textes israéliens en y ajoutant son style propre – « ce quelque chose de tribal de son passé ».

Il y a plusieurs chanteurs dans la famille de Rada – notamment son frère, dont c’est la profession, et sa cousine, Ester Rada, qui donnera le coup d’envoi du festival le 24 décembre.

« Je nous appelle la famille des ‘Banai éthiopiens’ », plaisante-t-elle. « La musique et le chant font partie de notre famille. »

Parmi les autres artistes de la 11e édition du festival Hullageb : le bassiste Yossi Fein avec Aveva Dese, Oshi Masala et Adoniya, Abatte Barihun et l’ensemble Tesfa, l’acteur-danseur Tzvika Iskias et le chorégraphe-danseur Ofra Idel ; l’artiste de danse-hall Ayalew avec son premier album ; Dege Feder et l’ensemble de danse Beita ; d’anciens membres du projet Idan Raichel ; le chanteur Avi Wogderess-Vasa ; et le bassiste-producteur Yankele Segal.

Le festival comprend également deux productions originales de la troupe de théâtre Hullageb, dont « Sand Stories », une pièce sans paroles qui mêle animation, guignol, musique et mouvement, qui sera diffusée le vendredi 25 décembre à midi.

La pièce raconte l’histoire d’une fille qui dessine dans le sable, et dont les dessins deviennent des personnages animés – présentés sur un écran qui sert de toile de fond à la pièce – jouant leur propre histoire, avant d’être effacés.

De « Sand Story », l’une des pièces jouées par la troupe de théâtre Hullageb au festival Hullageb, du 24 au 30 décembre 2020. (Autorisation : Maison des confédérations)

L’autre production originale est « The mark of Cain », une pièce minimaliste qui fait écho à la colère et aux protestations des membres de la communauté éthiopienne qui peuvent subir du racisme dans la société israélienne.

La pièce raconte l’histoire d’une famille avec un stigmate social, dont le père décide de retourner en Éthiopie, alors que la mère et les trois enfants s’enfoncent dans une crise profonde. Elle sera présentée le mercredi 30 décembre à 19h00.

Les deux pièces ont été mise en scène par Moshe Malka, qui n’est pas Éthiopien lui-même, mais qui dirige des acteurs d’origine éthiopienne depuis 20 ans.

« Je n’aime pas raconter les histoires des Éthiopiens », a déclaré Malka. « Je préfère raconter l’histoire d’une personne. Il y a assez de divisions dans notre société ; il faut présenter le conflit, mais ce n’est pas le plus important. »

« Après 20 ans de travail avec des Éthiopiens, la meilleure chose que je puisse faire sur scène est de ne pas penser à leur identité – ils pourraient être Chinois ou Indiens en ce qui me concerne, ce sont des êtres humains et leur origine n’a vraiment aucune importance », a déclaré Malka.

C’est une idée qui s’inscrit dans le sens de l’éducation de Tamar Rada, a-t-elle déclaré.

« Papa insistait sur le fait que nous étions Éthiopiens, mais il voulait que je sois Israélienne hors de la maison », explique Rada. « ‘Tu es Tamar Rada, Juive et Israélienne d’Éthiopie. Sois toi-même. C’est ton individualité qui est intéressante, pas ton origine.’ C’est mon espoir et mon énergie. »

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