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Le Festival du film séfarade de retour à New York

Le seul festival de ce type dans le monde aura lieu cette année jusqu'au 7 avril au Moise Safra Center ; au programme : des événements en directs, de la musique et des célébrités

Extrait de 'The United States of Elie Tahari,' réalisé par David Serero, à gauche. (Autorisation via JTA)
Extrait de 'The United States of Elie Tahari,' réalisé par David Serero, à gauche. (Autorisation via JTA)

New York Jewish Week —Un documentaire sur la vie extraordinaire du créateur de mode Elie Tahari. Des femmes juives qui avaient été les stars de l’âge d’or de Bollywood. Un danseur de tango et un rabbin de Crown Heights qui s’associent pour remporter un concours de danse.

Toutes ces histoires prennent vie lors du 24è festival du film juif séfarade, qui est organisé par la Fédération séfardi américaine au Moise Safra Center dans l’Upper East Side qui a commencé le 3 avril et qui s’achèvera le 7 avril.

Ce festival du film – c’est le seul festival du film juif séfarade dans le monde – revient en présentiel, cette année, après une pause pour cause de pandémie. En plus des films, la Fédération séfardi (« séfardi » signifie « séfarade » en hébreu) remettra ses prix, les Grenades, récompensant l’excellence dans les arts à des chanteurs, acteurs et réalisateurs connus, notamment à Caroline Aaron, qui a prêté ses traits à Shirley Maisel dans « The Marvelous Mrs. Maisel, », à Amir Arison, star de « The Blacklist » sur NBC, et à la star de cinéma et de Broadway Lainie Kazan.

Chaque projection de film, dans la soirée, est accompagnée par un événement – qui, comme tout événement juif qui se respecte, est l’occasion de boire, de manger et d’écouter de la musique – célébrant le pays et la culture qui ont été dépeints dans l’œuvre présentée au public. Par exemple, à l’issue, le 4 avril, de la projection du film « The United States of Elie Tahari, » un documentaire consacré à l’existence du créateur né en Iran qui a vécu dans un camp de réfugiés israélien dans les années 1980, il y aura des mets perses à déguster, un défilé de mode et une discussion avec Tahari.

« Il y a cette tendance à célébrer à nouveau notre héritage », commente David Serero, organisateur du festival et réalisateur de « The United States of Elie Tahari » auprès de New York Jewish Week.

« Et c’est très exactement ce que je veux réussir à faire dans ce festival du film – je veux réussir à en faire une fête », ajoute-t-il. « Il ne s’agit pas seulement d’un public qui vient pour regarder un film et qui rentre chez lui après. Il s’agit de créer une expérience unique pour le public, une occasion qu’il puisse fêter et savourer ».

Serero, qui a aidé à organiser le festival depuis huit ans, s’est donné pour objectif de séduire un public de tous les âges. Comme les années précédentes, le festival organise des afters de « jeunes professionnels », avec des DJs et des boissons.

« Quand on organise des évènements tels que celui-là, c’est tellement gratifiant de voir cette nouvelle génération, de voir ces jeunes se nourrir de ce que leurs parents se nourrissaient, d’écouter la musique et les chansons que leurs parents écoutaient et de regarder des films qui racontent leur histoire », s’exclame-t-il.

Serero s’est entretenu avec le New York Jewish Week au sujet du festival de cette année, de l’excitation entraînée par le retour de cette fête en présentiel et de ce que la représentation des séfarades au cinéma signifie plus largement.

David Serero, au centre à gauche, joue Romeo et Ashley Brooke Miller joue Juliette dans une adaptation juive de la tragédie classique. (Crédit :Josefin Dolsten via JTA)

La retranscription de l’entretien a été écourtée et révisée à des fins de clarté.

Quel est votre sentiment face à ce retour du festival en présentiel cette année ?

David Serero : Oh, je me sens merveilleusement bien. On revient plus forts que jamais. C’est tellement intéressant, je me suis dit : « Recommençons cette année, mais pas la peine d’y aller à fond. Il faut qu’on fasse quelque chose, mais pas à partir d’un programme courant sur deux semaines comme avant – travaillons seulement sur deux ou trois jours, faisons notre retour sur la pointe des pieds ».

Il s’avère que finalement, cette année est l’une des éditions les plus réussies de toute l’histoire du festival. Les choses sont plus difficiles parce qu’aujourd’hui, il est possible d’accéder à tant de choses depuis chez soi – mais les gens ont malgré tout envie de venir. D’abord parce qu’ils ont le temps. Mais aussi parce que j’ai le sentiment qu’actuellement, quand les gens ont envie de sortir, ils ne savent plus vraiment comment faire. Quand ils voient que l’événement a été bien organisé, qu’il y a un public, qu’ils savent qu’ils vont rencontrer des gens comme eux, alors ils sont complètement partants.

Pourquoi la représentation séfarade dans les films est-elle aussi importante ?

Nous sommes le seul festival du film qui se consacre totalement au monde séfarade, même s’il y a en a beaucoup qui projettent des films séfarades. A New York, ville majoritairement peuplée par des Juifs ashkénazes, beaucoup de gens ne connaissent pas grand chose des séfarades – ils ne savent pas qu’il y avait des Juifs au Maroc, en Syrie ou en Irak. Dans ces pays, les séfarades avaient pourtant une culture profonde. Un grand nombre de ces pays ont tenté d’effacer et de faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler une présence juive sur leurs territoires dans le passé. Et cela a toujours été difficile aussi de rassembler des films séfarades, parce que c’est une niche sur le marché du cinéma.

Mais les choses sont en train de changer d’une manière à laquelle je ne me serais moi-même pas attendu il y a seulement cinq ans. Maintenant que nous voyons dans des films s’illustrer des réalisateurs séfarades, qu’ils s’emparent de thématiques séfarades, il y a une énorme différence. La nouvelle génération est aujourd’hui très fière de son héritage. Avant, nous dissimulions le fait que nous étions des Juifs et aujourd’hui, nous en sommes très fiers.

Souvent, du point de vue des organisateurs des différents festivals de cinéma, le succès se mesure par les ventes de tickets et par le nombre de personnes dans le public mais pour moi, la priorité numéro un est de rassembler cette communauté. Aucune somme d’argent dans le monde, quelle qu’elle soit, ne sera jamais plus importante que ça à mes yeux. Je suis toujours frappé par cette manière dont les gens peuvent souhaiter se rassembler, retrouver leur communauté.

J’ai toujours eu les étiquettes collées sur les gens en horreur parce que j’avais le sentiment que les communautés vous séparent des autres, en disant : « Nous ne sommes pas comme vous, nous sommes différents », et qu’elles se refermaient, ce qui entraîne les critiques et l’ignorance. Mais quand j’ai constaté que nous pouvions transformer cette étiquette séfarade en communauté, en culture, que cette culture pouvait être montrée dans le monde entier et qu’elle pouvait même être célébrée par des gens qui ne sont pas eux-mêmes séfarades, et que les arts, les films et la musique permettaient de rassembler un si grand nombre de gens, j’y suis immédiatement allé à fond.

Y a-t-il eu des tendances ou des thématiques notables qui ont émergé ces dernières années dans le cinéma séfarade ?

On a vu beaucoup de documentaires qui présentent des informations riches pour les futures générations – aujourd’hui, on préfère regarder un documentaire sur Netflix que lire un livre de 300 pages, et c’est comme ça que les gens choisissent aujourd’hui de raconter leurs histoires.

Il y a également un grand nombre de réalisateurs qui parlent de qui ils sont dans leurs films et qui mettent beaucoup d’eux-mêmes dans leurs œuvres. Par exemple, la réalisatrice française séfarade Lisa Azuelos a fait un film basé sur son expérience de mère divorcée élevant une adolescente, dont elle a fait un remake aux États-Unis avec Miley Cyrus et Demi Moore, « LOL ». C’est son histoire juive séfarade qu’elle a choisi de mettre en lumière. A l’époque où il y avait réellement une culture séfarade, il n’était possible de réaliser que des films religieux, dans les synagogues, mais le narratif a changé de manière spectaculaire aujourd’hui et l’expérience séfarade peut se pencher sur tous les sujets. Il y a également eu la normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes. Ce n’était pas normal qu’Israël n’entretienne aucune relation avec ces pays, non ? Alors, bien sûr, nous avons vu beaucoup de films israéliens qui étaient des films séfarades mais aujourd’hui, le phénomène devient plus mondial. Nous avons des films espagnols, argentins, mexicains, turcs – des films qui viennent du monde entier et qui ont cette « touche » séfarade.

Caroline Aaron lors de la prière de la Saison 3 de ‘The Marvelous Mrs. Maisel’ d’Amazon Prime Video au musée d’art moderne de New York, le 3 décembre 2019. (Crédit : Photo by Jason Mendez/Invision/AP)

Y a-t-il des événements que vous attendez avec impatience cette semaine ?

Nous avons des lauréats formidables cette année. Nous avons Caroline Aaron de « The Marvelous Mrs. Maisel » qui va venir, nous avons aussi Amir Arison de « The Blacklist, » André Aciman, auteur de Bestsellers du New York Times et Lainie Kazan, actrice extraordinaire de « My Big Fat Greek Wedding, » et qui était la doublure de Barbra Streisand dans « Funny Girl » en 1967.

Sur une note plus personnelle, je suis doublement honoré parce que mon propre film, le documentaire réalisé sur Elie Tahari, sera projeté – et revenir également dans ce festival en tant que réalisateur m’enchante. Après le documentaire, il y aura une session de questions-réponses entre Tahari et moi-même et après cela, une soirée musicale avec des mets perses délicieux à déguster. J’ai organisé par ailleurs un défilé de mode de Tahari, et il n’y aura que des Séférades sur le catwalk.

Ce partenariat avec le Moise Safra Center est la meilleure chose que j’ai faite depuis ma bar mitzvah. L’équipe, ici, est absolument merveilleuse et nous allons montrer que l’édition de cette année sera d’une importance sans précédent. Je suis sûr que la prochaine édition sera organisée au Madison Square Garden.

Le Festival du film juif séfarade de New York est organisé du 3 au 7 avril au Moise Safra Center, au 130 E. 82nd St.

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