Le fils de Netanyahu fustige Esther Hayut qui aurait comparé son père à Hitler
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Le fils de Netanyahu fustige Esther Hayut qui aurait comparé son père à Hitler

Des experts de droite critiquent Esther Hayut pour son discours à Nuremberg, affirmant que la montée de l'Allemagne nazie montrait l'importance de l'indépendance judiciaire

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem avec son fils Yair, le jour suivant sa victoire aux élections de la Knesset, le mercredi 18 mars 2015. (Crédit photo : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem avec son fils Yair, le jour suivant sa victoire aux élections de la Knesset, le mercredi 18 mars 2015. (Crédit photo : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Netanyahu, de plus en plus considéré comme un conseiller et porte-parole officieux de son père, Benjamin Netanyahu, a condamné mardi la juge en chef de la Cour suprême Esther Hayut pour avoir prétendument sous-entendu une comparaison entre le Premier ministre et le dictateur nazi Adolf Hitler.

Mme Hayut a prononcé un discours plus tôt dans la journée lors d’une conférence dans la ville allemande de Nuremberg, où elle a déclaré que la montée au pouvoir des nazis avait démontré que les institutions démocratiques étaient fragiles et que l’indépendance judiciaire « est une des plus importantes garanties auxquelles les citoyens doivent avoir recours pour défendre leurs droits ».

Le discours a été prononcé au milieu d’informations selon lesquelles le Premier ministre présentait un projet de loi qui permettrait à la Knesset et au Cabinet d’annuler les décisions administratives de la Cour, permettant ainsi à l’échelon politique d’adopter toute loi ou décision précédemment invalidée par la Cour.

Le Premier ministre a dénoncé ces informations comme étant inexactes.

Hayut, se référant aux lois de Nuremberg de 1935, a déclaré que, dans la ville même où elle s’exprimait, « le droit et la justice ont atteint l’un des points les plus bas de l’histoire de l’humanité », dans le pays qui avait « l’une des constitutions les plus progressistes pour protéger les droits et libertés humains : la Constitution de Weimar ».

La juge à la Cour suprême Esther Hayut lors de la conférence annuelle à l’Institute for National Security Studies (INSS) à Tel Aviv, le 29 janvier 2018. (Flash90)

Pour prouver que les institutions protégeant la démocratie ne pouvaient pas « résister à toutes les attaques », Hayut cite un éditorial paru en 1933 dans un journal juif allemand qui affirmait qu’Adolf Hitler et son parti nazi nouvellement élu ne seraient pas en mesure de réaliser leurs plans déclarés en raison des freins et contrepoids du pays au pouvoir gouvernemental.

« L’une des leçons universelles que nous devrions tirer des événements historiques que j’ai mentionnés est que l’indépendance judiciaire, sur le plan institutionnel et personnel, est l’une des plus importantes garanties que l’individu a une adresse vers laquelle se tourner pour protéger ses droits », a-t-elle dit.

« La sauvegarde de ce principe et de l’indépendance des juges est donc l’une des pierres angulaires de tout régime démocratique », a poursuivi Hayut.

Le discours a suscité des critiques de la part de politiciens et d’experts de droite.

« Ai-je manqué quelque chose, ou la juge en chef croit-elle que le Premier ministre d’Israël est Hitler à la fin des années 1920 ? » a demandé le jeune Netanyahu dans un post mardi sur Twitter.

Le député Likud Miki Zohar a également partagé le discours de Hayut, affirmant que « l’indépendance de la Knesset est également l’une des pierres angulaires de la démocratie ».

Adolf Hitler lors d’un rassemblement nazi à Weimar, en Allemagne, octobre 1930.(Domaine public)

Selon le Mouvement pour la gouvernance et la démocratie [Movement for Governance and Democracy], un groupe d’activistes de droite qui critique les pouvoirs de la Cour suprême israélienne, les commentaires de Hayut étaient une « déformation de l’histoire ».

« La cour d’Allemagne, avant la montée au pouvoir des nazis, avait le pouvoir d’annuler les lois, et elle l’a fait. Mais elle n’a pas pu empêcher et a peut-être même contribué à la montée du nazisme. »

Le groupe a ajouté : « La tentative de comparer les changements constitutionnels [acceptés] dans le monde entier aux périodes les plus sombres de l’histoire est méprisable et inacceptable, surtout quand elle vient de la juge en chef de l’Etat juif ».

Dans son discours, Hayut a également pesé explicitement sur le débat au sein d’Israël, se tournant vers la Loi fondamentale quasi constitutionnelle de 1992 : Dignité et liberté humaines, la principale législation protégeant les droits de l’homme en Israël.

« Pour que les dispositions de la présente Loi fondamentale soient appliquées dans la pratique et bénéficient d’une protection adéquate, un contrôle judiciaire est nécessaire. Et depuis 25 ans, la Cour suprême d’Israël procède en effet à un contrôle judiciaire de la validité des lois, en partant du principe que la dignité humaine est le premier droit dont découlent la plupart des droits de l’homme », a dit Mme Hayut.

Les juges de la Cour suprême lors d’une audience, le 13 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le débat sur la Cour a été déclenché à la suite de ces rapports, qui indiquaient que M. Netanyahu comptait utiliser sa nouvelle force politique à la suite des élections du 9 avril pour proposer une législation qui lui accorderait l’immunité de poursuites tant qu’il resterait Premier ministre, ou chercher à utiliser les dispositions existantes en la matière aux mêmes fins, ou à adopter une législation qui limiterait le contrôle judiciaire par la Cour suprême afin que celle-ci ne puisse renverser cette immunité.

Dans un post sur Facebook lundi soir, Netanyahu a nié l’existence d’un lien entre les propositions de réforme judiciaire et ses affaires de corruption, affirmant qu’il a toujours soutenu « une cour forte et indépendante – mais cela ne signifie pas une cour toute puissante ».

Il a ajouté : « Les fuites trompeuses et les commentaires déformés publiés par les médias incluent des propositions qui sont fausses. Tout cela est fait pour semer la peur et empêcher tout changement, afin de tenter de bloquer le rétablissement de l’équilibre entre les branches [du gouvernement]. »

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