Le fils d’Elie Wiesel dénonce la rhétorique de Donald Trump
A une cérémonie de commémoration du survivant de la Shoah, Elisha Wiesel invoque l’héritage de son père pour plaider en faveur de la réconciliation politique

WASHINGTON – Le fils d’Elie Wiesel, Elisha Wiesel, a rendu hommage à son père, a dénoncé la rhétorique et les politiques associées au président élu Donald Trump, mais a également exhorté les Américains à se respecter les uns les autres, quelle que soit la profondeur de la fracture politique.
« Il croyait fermement dans le monde de ce musée et dans la mise en garde contre les dangers de voir l’autre avec méfiance et suspicion », a déclaré Wiesel mercredi soir au service commémoratif du lauréat du Prix Nobel de la Paix et survivant de l’Holocauste, organisé au musée de l’Holocauste des Etats-unis que Wiesel a aidé à fonder.
« Voici ce qu’on nous ordonne de faire encore et encore », a déclaré Wiesel en citant l’Exode : « Et tu ne commettras point de tort, et tu ne l’opprimeras pas, car tu es étranger en pays d’Égypte. Un étranger, tu ne l’opprimeras pas, car tu connais le cœur d’un étranger. Vous étiez étrangers dans le pays d’Égypte. L’étranger qui voyage avec vous sera pour vous comme l’indigène et vous l’aimerez comme vous-même, car vous étiez étrangers dans le pays d’Égypte ».
« N’est-ce pas assez clair ? », s’est emporté Wiesel, après avoir fini de lire le passage et ensuite – sans nommer Trump – a précisé les groupes de gens dont s’est moqué ou ont été rabaissés par Trump pendant la campagne présidentielle, dont les réfugiés syriens, les Musulmans, les immigrants, les femmes et les militants Black Lives Matter.
Wiesel a ensuite ajouté à la liste des groupes qui avaient besoin de protection que Trump n’a pas, généralement, attaqué : la communauté LGBT et Israël, qui, a poursuivi Wiesel, est « traité comme le méchant du monde simplement parce qu’il s’assure que les Juifs ne soient plus jamais sans une maison ».
« Dans ce musée, dont les prémisses fondamentales sont que nous ne devons plus jamais nous permettre de condamner ‘l’autre’ simplement parce qu’il est ‘l’autre’, y a-t-il une question quant à la portée du travail qui nous attend dans les années à venir ? », a-t-il demandé.
Le jeune Wiesel a déclaré que son père n’aurait pas isolé ceux avec qui il n’était pas d’accord et a plaidé pour la fin de la rancœur post-électorale entre les partisans et les opposants de Trump.
« En cherchant à changer les cœurs et les esprits et à créer une société de diatribe, il y a un danger que nous puissions traiter les opinions que nous trouvons offensif comme celle de « l’autre » à son tour », a-t-il mis en garde. « Ce n’était pas le chemin de mon père. Ce n’était pas quelqu’un qui criait. Et il n’a pas déprécié ceux avec qui il n’était pas d’accord. Il leur a parlé. Il a écouté ».
Il a conclu : « Je ne pense pas qu’il aurait retiré des personnes de Facebook, peu importe pour qui ils ont voté ».
Le thème de la crise des divergences politiques a traversé le service commémoratif. Le sénateur de l’Oregon Orrin Hatch, un républicain, a évoqué Wiesel comme quelqu’un qui « nous a enseigné à célébrer notre force collective et à canaliser nos points communs pour lutter contre les vagues de préjugés qui vraiment s’écrasent sur nos côtes ».
Samantha Power, l’ambassadrice de l’administration Obama à l’ONU et, comme Wiesel, une auteure sur le génocide, a déclaré qu’elle était reconnaissante que « tandis que notre pays traverse des jours difficiles », le livre de Wiesel ‘Nuit’, son récit de son internement dans le camp d’Auschwitz et Buchenwald « est un livre qui est fermement ancré dans ce petit canon de la littérature que les enfants et les adultes lisent ».
« Avec Atticus Finch et Scout », a-t-elle poursuivi, en nommant les héros de « To Kill a Mockingbird », un livre qui a contribué à sensibiliser au racisme dans le Sud des Etats-Unis, « l’un des narrateurs qui aura une chance de façonner les récits de nos enfants est Elie, 16 ans », a-t-elle ajouté en étouffant ses larmes. « Ils seront moins seuls en ayant Elie avec eux ».
Ron Dermer, l’ambassadeur d’Israël à Washington, a décrit le courage de Wiesel qui a été le plus « grand réprimandeur de notre temps » et qui n’avait pas peur d’affronter les puissants.
Il a noté que Wiesel, en inaugurant le musée en 1993, s’est écarté de ses remarques préparées pour réprimander le président Bill Clinton qui n’avait rien fait pour arrêter les massacres dans l’effondrement de Yougoslavie et en 1985 il a imploré le président Ronald Reagan de ne pas se rendre à Bitburg, un cimetière de guerre allemand où des membres de l’unité SS nazie ont été enterrés.
Dermer a ajouté à cette liste la présence de Wiesel en mars de 2015, au discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu au Congrès où il a dénoncé les politiques de l’Iran du président Obama.
« Elie Wiesel s’est assis dans la galerie du Congrès pour écouter le Premier ministre de l’unique État juif parler d’une menace à la survie d’Israël », a déclaré M. Dermer. « Parfois, les gens écoutaient Elie. Parfois, les gens ne l’ont pas fait ».







