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Le fonctionnement d’Ebola décodé ; une petite dose pourrait être autant efficace

Les médicaments existants sont peu pratiques et mal compris, mais des scientifiques israéliens et allemands ont découvert comment protéger plus de gens sur le long terme

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Des professionnels de santé vêtus de combinaisons de protection dans un centre de traitement d'Ebola à Beni, République démocratique du Congo, en juillet 2019. (AP Photo/Jerome Delay)
Des professionnels de santé vêtus de combinaisons de protection dans un centre de traitement d'Ebola à Beni, République démocratique du Congo, en juillet 2019. (AP Photo/Jerome Delay)

Des scientifiques israéliens et allemands ont décodé la façon dont le système immunitaire réagit à un vaccin contre le virus Ebola mal compris et dont le corps produit des anticorps efficaces contre la maladie ravageuse.

Ces découvertes pourraient avoir des implications sur le moyen dont les médicaments pourraient assurer une défense à long-terme contre l’épidémie.

Plus de 100 000 personnes ont été vaccinées contre le virus Ebola jusqu’à présent, mais les médicaments ne sont pas bien compris. Les chercheurs ignorent si les vaccins sont efficaces sur le long-terme, s’ils fonctionnent bien sur de grands groupes de gens ou sur la façon dont les médicaments affectent précisément le système immunitaire.

Le taux de mortalité d’Ebola est d’environ 50 % et peut atteindre les 90 % d’après l’OMS.

Lors de l’apparition du virus en 2013-2016 en Afrique de l’Ouest, 11 325 personnes ont trouvé la mort, et 28 600 ont été contaminées. La plupart des survivants sont immunisés, mais ils souffrent souvent d’effets persistants, d’après le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies.

Les vaccins existants sont peu pratiques — ils sont compliqués à produire et sont en nombre insuffisant pour servir à de vastes pans de la population. Certaines régions menacées par la maladie sont également difficiles à atteindre en raison des troubles civils, explique le Dr Ron Diskin de l’Institut Weizmann de sciences dans un communiqué.

Les médicaments sont ainsi généralement administrés aux gens les plus menacés par la contamination.

« Comprendre exactement comment la réaction immunitaire est générée après la vaccination nous aidera non seulement à affûter le vaccin, mais également à comprendre s’il marchera contre différentes souches du virus ou si la dose administrée aujourd’hui est la meilleure qui soit », indique Ron Diskin.

Un enfant se vacciner contre le virus Ebola à Beni, en RDC, en juillet 2019. (AP Photo/Jerome Delay)

Deux groupes de scientifiques, de l’Institut Weizmann de sciences et de l’université de Cologne en Allemagne, se sont associés pour mieux comprendre Ebola. Les résultats de leur étude ont été publiés dans la revue spécialisée Nature le 7 octobre dernier.

Les chercheurs de l’université de Cologne ont commencé par rechercher les signes de réaction immunitaire dans des échantillons de sang prélevés sur six individus qui avaient été vaccinés avec rVSV-ZEBOV.

L’équipe a examiné les lymphocytes B des sujets, un type de globule blanc qui produit des anticorps qui « se souviennent » des maladies. Les chercheurs ont ensuite isolé des anticorps de ces cellules B qui s’étaient liées aux protéines du virus.

Les chercheurs israéliens de l’Institut Weizmann se sont concentrés sur deux anticorps, qu’ils pensaient responsables des réactions immunitaires à long terme.

Ils ont d’abord tenté de comprendre comment et où les anticorps se liaient à la membrane externe du virus et comment cette liaison neutralisait le virus.

L’équipe a trouvé la réponse grâce à un microscope électronique de haute puissance que l’Institut Weizmann s’est procuré récemment. Il s’agit là de la première utilisation de l’appareil dans une étude. Le microscope est capable d’afficher la structure en trois dimensions de l’anticorps lié au virus.

Des employés des pompes-funèbres vêtus de combinaisons de protection transportent le corps de Mussa Kathembo, un islamologue qui avait prié pour les malades et a succombé au virus Ebola, à Beni, RDC, en juillet 2019. (AP Photo/Jerome Delay)

Grâce à ces images, les chercheurs ont pu montrer comment les deux anticorps isolés par les scientifiques étaient très efficaces pour combattre le virus. De nombreux anticorps des lymphocytes B se lient aux virus, mais les deux étudiés le font à d’autres endroits de la membrane du virus plus vulnérables et de façon différente des autres anticorps.

Les chercheurs israéliens ont créé une carte pour illustrer là où les anticorps se lient aux virus, qu’ils ont ensuite comparée à une carte des sites de liaison des anticorps chez les survivants d’Ebola, qui leur garantissent une protection efficace. Les survivants de la maladie la contractent rarement de nouveau.

Les deux cartes se sont avérées identiques. L’équipe de recherche allemande a ensuite testé les anticorps contre un virus Ebola vivant, prouvant ainsi son efficacité.

Les sujets ayant reçu une plus petite dose du vaccin présentaient un nombre similaire d’anticorps que ceux à qui on avait administré une dose plus élevée, ce qui signifie que les responsables de santé pourraient distribuer le médicament à davantage de personnes.

Cependant, les scientifiques ignorent pour l’instant si le vaccin s’avérera utile contre d’autres souches d’Ebola.

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