Le Forum israélien sur le climat maintient le cap malgré la guerre
Dans un entretien conjoint à la veille de son rapport annuel, ses responsables détaillent les priorités climatiques, le travail avec les collectivités locales et les arbitrages financiers

En octobre 2021, peu avant le départ de la délégation israélienne pour la conférence mondiale sur le climat qui était organisée cette année-là à Glasgow, le président Isaac Herzog avait annoncé la création d’un forum spécial consacré aux enjeux climatiques.
L’objectif était de réunir la société civile, le monde universitaire, les autorités centrales et locales, ainsi que les secteurs économique et commercial, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de préparer le pays aux effets du réchauffement climatique – comme les vagues de chaleur, les incendies de forêt, les pluies torrentielles et les inondations, ainsi que l’élévation du niveau de la mer.
Le Forum israélien sur le climat a vu le jour sous le gouvernement dit « du changement » qui était dirigé par Naftali Bennett. Nommé à la tête du Forum, Dov Khenin déclarait alors « qu’un état d’urgence exige des mesures d’urgence ».
Mais ce gouvernement est tombé en juin 2022, et les élections du mois de novembre, la même année, ont porté au pouvoir l’actuel exécutif dirigé par Benjamin Netanyahu, qui accorde une priorité limitée aux questions environnementales et climatiques. Les ministres débattent actuellement d’une demande du président américain Donald Trump invitant Israël à suivre l’exemple des États-Unis et à se retirer de l’accord de Paris sur le climat, adopté en 2015 sous l’égide des Nations unies (ONU).
Jeudi, Khenin et la directrice générale du Forum, Netta Galnoor-Tene, doivent présenter leur rapport annuel pour 2025 au président Isaac Herzog.
Avant cette publication, ils ont accordé un entretien au Times of Israel dans leurs bureaux de l’université de Tel-Aviv (TAU).
Renforcer les collectivités locales
Pour Khenin, militant écologiste chevronné et ancien député du parti Hadash à la Knesset, « ce n’est pas que les gens ne comprennent pas qu’il y a une crise climatique, mais ils ne savent pas quoi faire pour y remédier ».
Il explique que depuis le 7 octobre 2023, date du pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, qui a déclenché la guerre à Gaza, le forum a donné la priorité à des programmes visant à renforcer la résilience.
« Il s’agit de montrer pourquoi, dans notre réalité actuelle, les valeurs auxquelles nous croyons restent essentielles, non seulement en matière de climat, mais aussi de défense, d’économie, etc. », explique Khenin.
Parmi les projets présentés dans le rapport 2025 figurent notamment un rôle de conseil sur un nouveau plan national de sécurité alimentaire, ainsi qu’un travail avec le ministère de la Santé pour améliorer la préparation du système médical face aux conséquences du dérèglement climatique et aux événements climatiques extrêmes.
L’une des priorités du forum au cours de l’année écoulée a été le travail avec les collectivités locales, qui, selon Khenin, « savent souvent mieux que le gouvernement central comment renforcer la résilience ».
« C’est au niveau local que les politiques liées au dérèglement climatique progressent le plus rapidement, et pas seulement en Israël », souligne-t-il.
Malgré cela, ajoute-t-il, 92 % des impôts collectés en Israël sont versés au gouvernement, ce qui laisse les collectivités locales avec peu d’autonomie et des moyens financiers limités.
Galnoor-Tene précise que des dizaines de collectivités locales ont élaboré des plans pour faire face au dérèglement climatique, mais qu’elles manquent de ressources pour les mettre en œuvre.
Outre la promotion des énergies durables au niveau local, le forum collabore depuis un an avec Aklima–The Climate Center et le Keren Kayemeth LeIsrael–Jewish National Fund dans le cadre d’un nouveau projet impliquant dix collectivités locales qui ont été sélectionnées à l’issue d’un appel à propositions.
Chaque municipalité participante a choisi au moins un projet concret lié au climat à mettre en œuvre.
Ainsi, Umm al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord d’Israël, a opté pour des mesures visant à réduire les incendies provoqués par les déchets et à former des équipes locales d’intervention d’urgence. Le conseil régional de Brenner, dans le centre du pays, réhabilite quant à lui certaines sections du ruisseau Sorek et de ses affluents, avec l’aménagement de sentiers accessibles au public.
Khenin et Galnoor-Tene consacrent par ailleurs une part importante de leur temps à conseiller des responsables gouvernementaux.
Leur objectif actuel est de mieux intégrer les enjeux liés au réchauffement climatique et à l’environnement dans les décisions économiques.
Interrogé sur les responsables du ministère des Finances, qui se concentrent presque exclusivement sur les résultats financiers, Khenin estime qu’il s’agit de « personnes très intelligentes, mais dont la vision économique tend à être étroite. L’un de nos défis est de trouver comment instaurer un dialogue plus efficace avec les décideurs économiques ».
Galnoor-Tene ajoute que le forum élabore actuellement une stratégie et mène des échanges « très ouverts » avec plusieurs départements clés du ministère des Finances, notamment la division des budgets et le bureau du comptable général. En coopération avec le Jewish Climate Trust, il développe également un programme de formation à l’économie durable qui est destiné aux agents publics des ministères des Finances, de l’Économie et d’autres administrations.
Interrogé sur la coordination avec les autres organisations environnementales, afin d’éviter les chevauchements, Khenin souligne que « Life and Environment joue déjà un rôle essentiel de coordination entre les orgnisations environnementales ».
« Les fonds philanthropiques apportent également leur soutien, ce qui est très important », ajoute-t-il. « Notre forum n’est ni l’un ni l’autre. Il cherche à coopérer avec les deux. À l’échelle internationale, notre modèle est assez atypique : nous réunissons des secteurs qui fonctionnent habituellement séparément. Nous sommes un triangle dans un monde de cercles. Et nous ne sommes pas en concurrence avec ces cercles. Au contraire : plus ils sont nombreux, mieux c’est. »
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