Le gouverneur du Minnesota évoque Anne Frank pour dénoncer les méthodes de l’ICE
Sans nommer Tim Walz, l'United States Holocaust Memorial Museum a souligné que "les rapprochements douteux avec son histoire, à des fins politiques, étaient inacceptables"

Tim Walz, le gouverneur du Minnesota, a évoqué Anne Frank pour presser le président américain Donald Trump de mettre un terme aux opérations de l’ICE dans les Twin Cities, où un second manifestant, Alex Pretti, a été tué ce week-end. Cette évocation lui a valu de se faire tancer par l’United States Holocaust Memorial Museum (USHMM).
C’est dimanche, lors d’une conférence de presse, que Walz — qui a pourtant un master en enseignement de la Shoah — a laissé entendre que les conditions dans lesquelles vivaient les enfants de son État depuis le début des violentes opérations des services de l’immigration Trump rappelaient celles qu’avait vécues Anne Frank pendant la Shoah.
« Il y a des enfants, dans le Minnesota, qui se terrent chez eux, qui ont peur de sortir. Et nombre d’entre nous ont lu l’histoire d’Anne Frank », a-t-il dit. « Un jour, quelqu’un écrira la même histoire au sujet des enfants du Minnesota. »
Cette évocation d’Anne Frank, morte de maladie dans un camp de concentration nazi suite à une dénonciation, vient alimenter le débat autour de la question des liens entre les opérations de l’ICE contre les immigrés du Minnesota et celles des rafles menées par les nazis et leurs collaborateurs pour éradiquer les Juifs pendant la Shoah. Des personnalités telles que Stephen King ou encore Bruce Springsteen ont pour leur part comparé l’ICE à la Gestapo.
Jusqu’à il y a peu, le monde juif a eu tendance à considérer les comparaisons avec les nazis comme inappropriées, au motif qu’elles dévalorisaient ou banalisaient la mémoire de ce génocide mené contre les Juifs. Or, ces dix dernières années, cette critique a perdu de sa force et la droite comme la gauche n’hésitent plus à traiter ses opposants de nazis.
Ce dimanche, des détracteurs de Walz ont dénoncé ses propos et déclaré que des opérations anti-immigration ne pouvaient décemment pas être comparées au meurtre délibéré des Juifs. En retweetant le compte Stop Wokeness, l’activiste Shabbos Kestenbaum a commenté : « Un million d’enfants juifs ont été tués pendant la Shoah. Les immigrés illégaux se voient proposer des milliers de dollars pour rentrer chez eux sans frais. Tim Walz est un attardé et un malfaisant. »
Sur X, Stephen Miller, un des principaux collaborateurs de Trump, a réagi à la comparaison de Walz en écrivant : « Le but de ce discours est d’inciter à la violence contre l’ICE. »
Lundi, l’USHMM a publié un communiqué disant qu’ « Anne Frank [avait] été prise pour cible et assassinée parce qu’elle était juive. »
« Que les autorités fassent des comparaisons douteuses avec son histoire à des fins politiques est inacceptable », peut-on lire dans cette déclaration, qui à aucun moment ne nomme Walz. « Malgré les tensions à Minneapolis, le fait d’instrumentaliser la Shoah est profondément blessant, surtout au moment où l’antisémitisme revient. »
D’autres personnes estiment que la comparaison fait sens, une citation du journal d’Anne Frank circulant en ligne, comme en 2019 déjà en réaction à des opérations de l’ICE. Cette citation, expliquent celles et ceux qui la font circuler, fait penser à ce qui se passe dans le Minnesota.
« Il y a des choses terribles qui se passent dehors », lit-on dans ce passage. « De pauvres gens sans défense sont brutalement sortis de chez eux. Des familles sont séparées ; hommes, femmes et enfants sont séparés. Des enfants rentrent de l’école et découvrent que leurs parents ont disparu. … Tout le monde a peur. »
Des voix juives ont également évoqué la Shoah pour plaider en faveur d’une intervention dans le Minnesota, où des agents fédéraux ont tiré, samedi, et tué un homme, Alex Pretti, qui protestait contre leur présence.
« Qu’avons-nous appris de la Shoah ? Qu’il faut agir et résister », a déclaré un rabbin qui s’est rendu dans le Minnesota pour manifester au Religion News Service, la semaine dernière.
Démocrate qui a été candidat à la vice-présidence en 2024, Walz a rédigé un mémoire de master sur l’enseignement de la Shoah dans lequel il explique qu’il convient de parler de la Shoah « dans le contexte global des violations des droits de l’Homme », et non comme une anomalie historique ou un épisode de la Seconde Guerre mondiale.
« Les écoles parlent de la Shoah des Juifs, mais la manière traditionnelle dont cela est enseigné ne permet pas de parvenir à une meilleure compréhension des causes des génocides ailleurs dans le monde », écrivait-il dans ce mémoire en 2001, rédigé au moment où il était encore enseignant au lycée.







