Le Hamas accusé d’avoir fait le jeu d’Israël lors des manifestations à Gaza
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Le Hamas accusé d’avoir fait le jeu d’Israël lors des manifestations à Gaza

Des critiques reprochent au groupe terroriste d'avoir qualifié les manifestations civiles d'affrontements armés en identifiant ses membres abattus par Tsahal

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les dirigeants du groupe terroriste du Hamas ont diffusé les images des membres de son aile militaire qui, ont-ils reconnu, figurent parmi les 16 Gazaouis tués par des tirs israéliens durant des affrontements le long de la barrière de sécurité, le 30 mars 2018.
Les dirigeants du groupe terroriste du Hamas ont diffusé les images des membres de son aile militaire qui, ont-ils reconnu, figurent parmi les 16 Gazaouis tués par des tirs israéliens durant des affrontements le long de la barrière de sécurité, le 30 mars 2018.

Des observateurs et des militants palestiniens ont critiqué lundi le groupe terroriste du Hamas pour avoir affirmé que certains des Palestiniens tués le long de la frontière entre Israël et Gaza lors des manifestations de masse de vendredi dernier étaient des membres de son aile militaire, une mesure qui, selon les critiques, a servi Israël.

Le Hamas a commis l’erreur de se précipiter de publier de vieilles photos des morts en tenue militaire, donnant ainsi l’impression d’avoir été tués dans des « affrontements armés » entre les combattants du Hamas et l’armée israélienne dans le cadre d’une violente campagne de terrorisme, selon les critiques.

Peu après les affrontements de vendredi, le Hamas a annoncé que cinq des Palestiniens tués par les tirs des soldats israéliens étaient des membres de l’aile militaire du groupe terroriste, la brigade Ezzedine al-Qassam. Le groupe a publié des photos des hommes portant des uniformes de combat et armés de fusils d’assaut.

Les cinq, qui ont été décrits par le Hamas comme des moudjahidin (guerriers – terme généralement synonyme de terroriste), ont été identifiés comme étant Jihad Farineh, 35 ans, Mohammed Abu Amru, 27 ans, Ahmed Ibrahim Odeh, 19 ans, Sari Abu Odeh, 27 ans, et Muss’ab Zuheir al Alsaloul, 23 ans.

Les détracteurs du Hamas avaient également mis en garde contre la « militarisation » de la « Marche du retour » – le nom donné aux protestations – en faisant valoir qu’un tel geste ferait le jeu d’Israël et nuirait à la campagne palestinienne. Les Palestiniens prétendent que les hommes du Hamas qui ont été tués vendredi dernier n’étaient pas armés et n’étaient pas en uniforme.

Un journaliste palestinien expérimenté de la bande de Gaza a déclaré au Times of Israel que le Hamas faisait également l’objet de critiques pour avoir organisé des funérailles militaires et des manifestations pour ses hommes – un geste qui, a-t-il dit, a donné l’impression que les hommes avaient été tués lors d’affrontements armés avec Tsahal plutôt que lors d’une manifestation pacifique de civils non armés.

« Beaucoup de gens ici pensent que le Hamas a fait une erreur », a déclaré le journaliste. « La réaction du Hamas a donné l’impression que ce qui s’est passé vendredi dernier était un affrontement armé entre ses membres et l’armée israélienne. Le Hamas a fait du tort au narratif palestinien qui affirme que les manifestations étaient pacifiques et non-violentes ».

L’armée israélienne a identifié samedi soir 10 des 15 personnes tuées lors de violentes manifestations le long de la barrière de sécurité de Gaza comme étant des membres de groupes terroristes palestiniens et a publié une liste de leurs noms et de leurs fonctions au sein des organisations. Des sources palestiniennes ont par la suite porté le nombre de morts à 16.

Selon Tsahal, huit des hommes tués étaient des membres du Hamas, qui dirige la bande de Gaza, l’un a servi dans les brigades des martyrs d’al-Aqsa du Fatah, et un autre était affilié au « jihad mondial » – une référence apparente à l’un des groupes salafistes dans l’enclave côtière.

L’armée a déclaré qu’au moins un des membres du Hamas, Sari Abu Odeh, faisait partie de la force d’élite du groupe Nukhba et qu’un autre, Mohammad Abu Amro, a servi dans ses opérations de tunnel.

Tsahal a également identifié Mussa’b Alsaloul, l’un des deux membres du Hamas qui ont tiré sur des soldats israéliens vendredi soir et qui ont tenté de franchir la clôture de sécurité avant d’être abattus, comme étant Mussa’b Alsaloul.

Accidents mortels à la suite des violences du 30 mars à la frontière entre Israël et Gaza. Individus identifiés par Israël comme membres de groupes terroristes. (Forces de défense israéliennes)

L’analyste politique palestinien Hassan Abdo a déclaré que le Hamas avait commis une erreur lorsqu’il a publié des communiqués militaires en vantant de la mort de ses membres.

« C’était une erreur de publier des communiqués avec les photos des martyrs en uniforme militaire », a déclaré Abdo à l’agence de presse palestinienne Quds. « Ces hommes ont été tués lors d’une marche civile pacifique. »

Abdo a déclaré que les actions du Hamas permettaient à Israël de dire que la moitié des Palestiniens tués vendredi dernier étaient des membres et des chefs de l’aile militaire du Hamas.

Un autre analyste politique, Fahmi Sharab, est du même avis. « Nous devons prendre nos distances par rapport aux manifestations militaires », a-t-il dit. « Israël a réussi à exploiter les photos des hommes du Qassam qui ont participé aux marches alors qu’ils n’étaient pas armés. »

Sharab a déclaré que c’était également une erreur pour les combattants du Hamas de s’approcher de la clôture de sécurité parce que beaucoup d’entre eux figuraient sur la liste des terroristes recherchés par Israël.

Sharab et d’autres Palestiniens de la bande de Gaza ont souligné l’importance de maintenir le caractère « pacifique » de la « Marche du retour » afin de ne pas perdre la sympathie de la communauté internationale.

D’autres Palestiniens ont déclaré que les manœuvres du Hamas après les événements de vendredi ont révélé que le groupe terroriste essayait de « récupérer » la « Marche du retour » en donnant l’impression qu’il était le seul organisateur de la manifestation.

Des manifestants palestiniens brandissent leur drapeau national lors d’une manifestation commémorant la frontière avec Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 30 mars 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Faisant référence au soutien public du Hamas à ses « combattants », Tawfik Abu Khoussa, un haut responsable du Fatah et ancien président du Syndicat des journalistes palestiniens, a déclaré : « Certains partis qui ont commercé avec le sang des martyrs et des blessés ont rapidement essayé d’ajouter le sacrifice des victimes à leur bilan ».

Abu Khoussa a déclaré que même si les intentions du Hamas de soutenir les « hommes armés de la résistance » étaient sincères, ses actions avaient porté préjudice à la manifestation non violente et populaire palestinienne.

En soutenant publiquement les victimes et en les glorifiant en tant que combattants, le Hamas a également aidé la « machine à propagande d’Israël en déformant la Marche du retour aux yeux de l’opinion publique internationale en niant sa nature pacifique et en justifiant la mort des manifestants », a-t-il ajouté.

Abou Khoussa a également critiqué le Hamas pour avoir organisé des funérailles militaires et glorifié uniquement ses membres morts, tout en ignorant les autres Palestiniens qui ont été tués au cours des événements du vendredi.

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