Akram père et fils, les frères Kouachi… Le jihadisme en famille, une mécanique dure à contrer
Sajid et Naveed Akram, auteurs de l'attentat antisémite de Sydney, sont loin d'être les seuls jihadistes à sévir en famille : le phénomène est récurrent et complique le travail des services de sécurité

Sajid et Naveed Akram, père et fils auteurs de l’attentat antisémite de Sydney, sont loin d’être les seuls jihadistes à sévir en famille : le phénomène est récurrent et complique le travail des services de sécurité.
Les frères Tsarnaïev faisant exploser leurs bombes à Boston en 2013, les frères Kouachi auteurs de l’attentat de Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015, les frères Abdeslam lors des attentats de Paris du 13 novembre 2015… Les exemples sont légion.
« C’est un phénomène ancien et connu parce que l’embrigadement terroriste reste un phénomène social, et que l’environnement social le plus proche est souvent la famille », souligne pour l’AFP Alexandre Rodde, du Centre de recherche de la gendarmerie nationale française et de l’université britannique de Coventry : « Sur les 19 terroristes qui ont pris d’assaut les avions le 11 septembre 2001, nous avons trois fratries ».
Et cela ne se limite pas aux frères. Outre les assaillants de Bondi Beach, qui étaient apparemment « motivés par l’idéologie (du groupe) Etat islamique », selon le gouvernement australien, la police canadienne a par exemple arrêté en 2024 un père et son fils soupçonnés de préparer une attaque à Toronto.
Dans l’ensemble, « il y a davantage de radicalisations horizontales, les fratries surtout, que des radicalisations verticales, qu’elles soient ascendantes ou même descendantes », explique Laurence Bindner, cofondatrice du JOS Project, spécialiste de la radicalisation en ligne.
« Et parmi les radicalisations verticales, on note la présence de mères, comme par exemple Christine Rivière, surnommée ‘mamie Jihad’, la mère de Tyler Vilus, un cadre français de l’EI (groupe jihadiste Etat islamique, ndlr) », arrêté en 2015, rappelle-t-elle. « Ce fut une radicalisation ascendante, où le fils a contaminé progressivement la mère dans le contexte d’une relation fusionnelle ».
« Dans le cas de Bondi Beach, on ne connaît pas encore les mécanismes. Il semble que le fils était intriqué dans un tissu lié à l’EI », relève-t-elle.
« Moins lisibles »
Actuellement, la tendance des structures jihadistes « est à la réduction des cellules vers des groupes très restreints de deux ou trois individus, voire des solitaires », rappelle M. Rodde.
Cela crée « une menace atomisée, moins organisée, avec des phénomènes de radicalisation extrêmement rapide et parfois une vulnérabilité psychologique importante », rappelait en novembre une source sécuritaire occidentale: « C’est plus difficile de travailler car les structures sont moins lisibles ».
Dans ce contexte, « la radicalisation en famille offre un avantage pour les jihadistes », souligne Mme Bindner, et pose des défis aux forces antiterroristes.
« Aujourd’hui, les services de sécurité occidentaux sont extrêmement vigilants et traquent les signes de radicalisation, en ligne, dans les mosquées, les librairies et certains quartiers. Le dispositif de sécurité est devenu très strict pour ceux qui cherchent à recruter dans les lieux traditionnels », explique à l’AFP Mohammed Hafez, professeur à la Naval Postgraduate School de Monterey, en Californie, et auteur notamment d’un article sur « Comment les terroristes exploitent les liens familiaux ».
Mais « lorsque la radicalisation se produit au sein du foyer – un père qui radicalise son fils, un mari qui radicalise sa femme ou un frère qui radicalise son frère –, il leur est très difficile de la détecter. Les conversations sont privées, les radicalisés n’ont pas besoin d’utiliser Telegram, WhatsApp ou d’autres plateformes susceptibles d’être surveillées », ajoute-t-il.
L’autre point crucial est la difficulté d’enrayer le processus de radicalisation familiale.
« Quand on essaie de vous recruter par Telegram, vous avez votre famille ou des amis qui pourraient vous dissuader, vous pourriez vous détacher car vous trouvez un emploi, etc. À la maison, vous êtes pris au piège. Vous êtes avec votre frère, votre père, votre conjoint. Personne ne pourra contrer le message de radicalisation, vous êtes prisonnier de cette relation », explique M. Hafez.
D’autre part, selon lui, certaines de ces personnes « suivront un frère, un père, un mari ou une femme, non pas parce qu’ils adhèrent à l’idéologie ou croient en la cause, mais parce qu’ils tiennent à la relation ».
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