Le judaïsme permet-il la torture ? Des étudiants de Princeton le pensent
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Le judaïsme permet-il la torture ? Des étudiants de Princeton le pensent

Les textes juifs sont les seules sources consultées dans ce concours de tribunal fictif juif de l'université américaine qui permet aux étudiants de débattre de l'actualité

Rabbi Ira Dounn, du Princeton Center for Jewish Life, s'adressant au Collegiate Moot Beit Din, le dimanche 15 avril, sous le regard d'Abraham Waserstein, étudiant en première année, qui a organisé l'événement. (Avec l'aimable autorisation du Princeton Center for Jewish Life/via JTA)
Rabbi Ira Dounn, du Princeton Center for Jewish Life, s'adressant au Collegiate Moot Beit Din, le dimanche 15 avril, sous le regard d'Abraham Waserstein, étudiant en première année, qui a organisé l'événement. (Avec l'aimable autorisation du Princeton Center for Jewish Life/via JTA)

PRINCETON, New Jersey (JTA) – Le droit juif autorise-t-il – ou même exige-t-il – la torture ?

C’est la question à laquelle six équipes d’étudiants des collèges de tout le pays ont répondu lors d’un concours de tribunal juif fictif à l’Université de Princeton dimanche. Et ils y ont répondu à l’unanimité : oui, la loi juive autorise la torture des terroristes – avec quelques restrictions.

« Le recours à la torture pour connaître les prochaines actions [des terroristes] est halakhiquement permis parce qu’il permet de sauver préventivement de nombreuses vies avant qu’elles ne soient directement menacées », a déclaré Rachel Levy, étudiante en deuxième année à l’Université de Floride, en utilisant un terme hébreu désignant la loi juive.

« Non seulement il est permis de recourir à la torture pour causer un préjudice direct à une personne, mais il est halakhiquement permis de recourir à la torture dans un cas où le danger n’est pas aussi direct. »

L’équipe de Levy et les autres participaient au concours inaugural du Collegiate Moot Beit Din (ou tribunal légal juif), qui demandait aux équipes de se prononcer sur la question « La torture est-elle autorisée en vertu de la loi juive ? » sur la base d’une sélection diversifiée de textes juifs. L’objectif était de rendre les sources millénaires passionnantes et pertinentes, et de montrer aux élèves comment les appliquer à des situations contemporaines.

« Vous puisez dans une tradition millénaire et, ce faisant, vous avez des discussions qui ont transcendé l’histoire », a déclaré Abraham Waserstein, étudiant de première année à Princeton, qui a organisé l’événement par l’intermédiaire du Centre pour la vie juive du campus.

« Je pense que l’opportunité d’avoir aussi quelque chose de si historique, mais aussi d’être capable d’en retracer l’évolution et d’entrer dans la modernité avec elle – ce lien entre le passé et le présent avec le droit juif est quelque chose que l’on ne peut pas obtenir dans le système juridique américain.

Comme dans le cas d’un concours de plaidoirie, les équipes ont construit leurs argumentations sur la base de preuves et de précédents, et les ont présentées à un panel de juges – dont le célèbre philosophe Michael Walzer, qui est un ancien professeur de Princeton et qui a écrit sur le droit de la guerre.

Ils ont fondé leur recherche sur une étude de cas fictive d’un pays qui a subi des attentats terroristes majeurs, qui n’a pas été en mesure d’arrêter les attentats et qui a maintenant capturé un chef terroriste. Le gouvernement peut-il le torturer pour obtenir des informations qui serviront à stopper de futures attaques ?

Université de Princeton (Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 de, Wdwdbot)

C’est un cas semblable au dilemme auquel les États-Unis ont été confrontés en Irak et ailleurs. Mais l’exemple américain n’a guère été évoqué lors des présentations. Au lieu de cela, selon le règlement du concours, les équipes ont basé leurs arguments sur des textes juifs allant de la Bible au Talmud en passant par les codes du droit juif médiéval et les commentateurs méconnus de ces textes. Toutes les équipes ont reçu le même ensemble de textes, mais ont également pu mener des recherches indépendantes.(Les organisateurs ont souligné que les arguments en faveur de la torture ne représentent pas nécessairement les opinions personnelles des élèves. Ils ne représentent pas non plus la conclusion de la loi juive, qui ne s’en remet à aucune autorité unique et peut être interprétée de manières différentes et parfois contradictoires.)

Les cours qui visent à faire revivre des textes juifs anciens sont monnaie courante dans les centres juifs du campus, comme Hillel, Habad et les programmes de sensibilisation orthodoxe. Mais ces classes visent généralement à comprendre et à tirer des leçons des sources – et non à les utiliser pour tirer des conclusions juridiques indépendantes sur des questions contemporaines.

« Ce processus vous oblige en fait à construire votre propre cas », a déclaré Charles Chakkkalo, un ancien élève du Hunter College de New York qui a fréquenté l’école juive en externat. « Etudier [le Talmud] au lycée, c’était plus du genre : ‘C’est ce que la Gemara a considéré et c’est ce ce qu’elle a conclu’. Ici, ce sont nous les auteurs. »

Le concours visait à reproduire un événement similaire qui a lieu dans les écoles secondaires juives depuis 2000, organisé par Prizmah, un réseau interconfessionnel d’écoles juives. Dans le cadre du concours Moot Beit Din de l’école secondaire, environ 25 équipes effectueront chaque année une recherche sur une question moderne et produiront un article et une argumentation orale avec leurs conclusions. Il y a deux ans, par exemple, le concours demandait qui est responsable lorsqu’un véhicule automobile autonome renverse un piéton.

Abraham Waserstein, à droite, qui a organisé le concours Collegiate Moot Beit Din, serrant la main de l’équipe gagnante à l’Université de Princeton, le dimanche 15 avril. (Avec l’aimable autorisation du Princeton Center for Jewish Life/via JTA)

Waserstein a participé au programme de l’école secondaire tout en fréquentant l’école juive dans le sud de la Floride, et a aimé le défi intellectuel ainsi que la communauté qu’il a créée. Il espère rééditer le programme de niveau collégial à l’avenir.

« En plongeant dans les sources, j’ai été étonné par le concept d’abandon et de revendication de propriété, voyant comment cela se relie aux principes d’aujourd’hui », a-t-il dit. « En tant qu’équipe, nous devions parvenir à un consensus, et c’est difficile avec un sujet dont les sources semblent indiquer des directions différentes. »

Mais cette fois, les juges ont tous dit qu’ils étaient surpris que les équipes en soient arrivées à la même conclusion, à savoir qu’il est permis de torturer des terroristes emprisonnés. Walzer, dont les œuvres comprennent « Just and Unjust Wars », ainsi qu’une série intitulée « The Jewish Political Tradition », avait également souhaité entendre plus de divergences.

« Je suis un peu surpris que personne n’ait adopté la position de ‘torture – jamais permise’, a-t-il dit. « Même en tant que point de vue contraire, il aurait été intéressant d’entendre quelqu’un essayer de faire cet argument sur la base de ces textes. On leur a donné un ensemble limité de sources. Je peux penser à d’autres textes qui auraient pu les pousser dans les deux sens. »

Malgré l’unanimité, les étudiants ont dit que le processus était éclairant. Rebekah Adams, une membre de l’équipe de Princeton qui n’est pas juive, a dit qu’elle a apprécié apprendre à connaître un nouvel ensemble de textes, et qu’ils ont fourni un raisonnement qui suscite la réflexion.

« Personnellement, je crois que la torture serait un recours de dernier ressort, par opposition à quelque chose sur lequel nous devrions agir immédiatement », a dit Adams. « Il est intéressant de le comparer avec le Nouveau Testament. Le Nouveau Testament a pour but de montrer l’amour envers son prochain, de pardonner à chacun. L’Ancien Testament parle de justice et d’action sans, disons, compassion, » selon elle.

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