Le Labour soutiendrait un agenda anti-israélien si Corbyn prenait le pouvoir
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Le Labour soutiendrait un agenda anti-israélien si Corbyn prenait le pouvoir

Le parti travailliste britannique renonce à son opposition au BDS et semble prôner le "droit au retour". "Encore une journée sombre", pour le groupe Labour Friends of Israel

Le leader du parti du Labour Jeremy Corbyn marche le long de la promenade pour se rendre à la conférence du parti du Labour au ,  Brighton Centre de Brighton, en Angleterre, le 21 septembre 2019 (Crédit : Gareth Fuller/PA via AP)
Le leader du parti du Labour Jeremy Corbyn marche le long de la promenade pour se rendre à la conférence du parti du Labour au , Brighton Centre de Brighton, en Angleterre, le 21 septembre 2019 (Crédit : Gareth Fuller/PA via AP)

Le parti Travailliste britannique a appelé lundi un futur gouvernement placé sous l’autorité de Jeremy Corbyn à adopter une série de politiques anti-israéliennes.

Alors que des élections générales devraient avoir lieu avant la fin de l’année, les délégués du Labour, au cours de la conférence annuelle de la formation qui a été organisée à Brighton, ont soutenu à une majorité écrasante un boycott des produits issus des implantations juives pour la toute première fois et juré de rejeter d’éventuels accords commerciaux avec l’Etat juif qui « échoue à reconnaître les droits des Palestiniens ».

Le parti a également semblé approuver le « droit au retour » des Palestiniens et réaffirmé son opposition à la vente d’armes britanniques à Israël.

Ce débat est entré dans le cadre d’une session plus large consacrée à la politique étrangère, qui a été par ailleurs dominée par la position adoptée par le Labour face au Brexit.

La motion anti-israélienne a été approuvée quasiment à l’unanimité, à Brighton, après un débat marqué par des drapeaux palestiniens brandis et des cris « Libérez la Palestine ».

Cette initiative suit la diffusion d’un sondage, dimanche, qui révèle que les deux-tiers des membres du parti Travailliste estiment que leur foyer politique n’a pas de problème d’antisémitisme « grave » et que plus de la moitié d’entre eux sont opposés à l’éventuelle signature d’un accord commercial avec l’Etat juif, une fois que la Grande Bretagne aura quitté l’Union européenne (UE).

Les groupes pro-israéliens ont réagi avec colère à la nouvelle du vote.

James Sorene, président de l’Israel Communications and Research Center britannique, think-tank indépendant du Royaume-Uni, a indiqué que le parti a opté pour « pour une démagogie superficielle et malveillante, parce que ça fonctionne bien sur les foules ».

« Si le parti veut tenter d’aider à la réalisation d’une solution à deux Etats, il doit développer des politiques cohérentes, construire des relations fortes des deux côtés, prendre en charge la crise qu’il connaît en matière d’antisémitisme et travailler dur, sur le terrain, pour faire la différence », a confié Sorene au Times of Israel.

Le groupe Labour Friends of Israel a qualifié le résultat de la session « d’autre journée sombre dans l’histoire du parti Travailliste ».

« Le Labour de Jeremy Corbyn est le foyer des racistes anti-juifs et de tous ceux qui vouent de la haine à Israël », a commenté sa directrice, Jennifer Gerber, dans une déclaration faite sur Twitter.

« C’est déprimant mais finalement peu surprenant que le parti Travailliste ait mis un terme aujourd’hui à son opposition vieille de longues décennies au mouvement extrémiste de boycott d’Israël. Les boycotts n’aident en rien la paix et ils ont pour objectif de diaboliser Israël », a-t-elle affirmé.

« Avec Corbyn qui désigne uniquement à la vindicte le seul Etat juif du monde en prônant aujourd’hui son boycott, il ne faut pas s’étonner que la communauté juive soit effrayée à la perspective de le voir devenir Premier ministre », a-t-elle continué.

Luke Akehurst, directeur de l’organisation We Believe in Israel [Nous croyons en Israël] (Photo: autorisation)
Luke Akehurst, directeur du groupe de sensibilisation We Believe In Israel et ancien membre du Comité exécutif national du parti Travailliste, a estimé que cette motion était « une nouvelle tranche de radicalisation du positionnement du Labour sur le sujet d’Israël qui offre une couverture politique au boycott des implantations ».

« Elle donne également une nouvelle excuse à la conférence, dorénavant plus libre de devenir un environnement hostile pour les délégués dont le point de vue sur Israël est équilibré », a ajouté Akehurst.

Notant que c’est la deuxième année consécutive où il y a un débat sur l’Etat juif pendant la conférence de la formation, Akehurst a expliqué qu’il « est très étrange que – avec les nombreuses questions pressantes qui se posent pour le Royaume-Uni et avec l’ampleur de la crise globale sur laquelle le Labour pourrait se positionner, et ça a été le cas ces deux dernières années – le parti ait choisi ce débat. On ne peut pas ne pas faire le lien avec l’obsession pathologique des Juifs et d’Israël qui a entraîné la crise de l’antisémitisme dans la formation ».

En ouvrant le débat, la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du cabinet fantôme, Emily Thornberry, a accusé le président américain Donald Trump de « soutenir activement la suppression et l’annexion de la Palestine », disant également que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’efforce « de transformer Israël en un État d’apartheid ».

La secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du cabinet fantôme du Labour, Emily Thornberry, sur scène pendant la conférence annuelle de la formation organisée au Brighton Centre de Brighton, en Angleterre, le 23 septembre 2019 (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Une membre du groupe d’extrême-gauche Jewish Voice for Labour a été acclamée lorsqu’elle a indiqué lors du débat qu’elle était « l’une des milliers de Juives, au sein du parti, qui n’y a jamais subi d’antisémitisme ».

Elle a ensuite salué Corbyn, « le chef le plus anti-raciste qui n’a jamais dirigé cette formation ».

Feu vert aux boycotts ?

La motion adoptée par les délégués accuse les gouvernements américain et israélien de « détruire les perspectives de paix en Palestine ». Elle qualifie le plan de paix de l’administration Trump, dont la diffusion a été reportée à plusieurs reprises, de « tentative biaisée visant à imposer une solution inéquitable, qui détruit les droits des Palestiniens » et ajoute que tout accord de paix futur devra « être basé sur le droit international et les résolutions de l’ONU » qui reconnaissent « les droits collectifs à l’auto-détermination et le retour dans leurs foyers » des Palestiniens.

« La politique étrangère éthique du parti Travailliste doit accorder la priorité aux droits à la liberté, à la justice et à l’égalité des Palestiniens, notamment en appliquant ces principes basés sur le droit international à toutes les activités commerciales entre le Royaume-Uni et Israël », clame encore la résolution.

Elle appelle la formation à « adhérer à une politique éthique en termes de commerce avec Israël et, en particulier, en appliquant le droit international concernant les implantations situées dans les territoires palestiniens occupés ».

Les groupes pro-israéliens considèrent que cette formulation donne le feu vert à l’introduction d’un boycott des produits issus des implantations par un gouvernement qui serait dirigé par les Travaillistes.

La nouvelle politique du parti marque également l’engagement du Labour « à travailler dans le monde entier en faveur d’une alliance avec des parties progressistes-sœurs pour rejeter les accords commerciaux avec Israël, qui échoue à reconnaître les droits des Palestiniens ».

« Cette tentative d’introduire un boycott des biens israéliens et de stopper un accord commercial post-Brexit résultera en la perte de milliers d’emplois et de revenus en Grande-Bretagne et en Israël », a affirmé Sorene.

« Les Britanniques ne soutiennent pas le boycott d’Israël et ils ont du mal à comprendre pourquoi d’autres s’y conforment. Toute politique qui cherchera à éroder les relations entre la Grande-Bretagne et Israël aura un effet terrifiant, non seulement sur le commerce, mais également sur des partenariats vitaux dans les secteurs de la Défense et du Renseignement qui protègent notre pays », a-t-il suggéré.

Les Travaillistes avaient également rejeté les ventes d’armes à l’Etat juif lors de la conférence l’année dernière, un positionnement qu’ils ont réaffirmé lundi. La motion soutient ainsi « l’arrêt du commerce des armes avec Israël, utilisé en violation avec les droits de l’Homme des Palestiniens ».

Le leader du parti du Labour Jeremy Corbyn, marchant le long de la promenade, rencontre des journalistes alors qu’il se rend à la conférence de son parti organisée au Brighton Centre à Brighton, en Angleterre, le 21 septembre 2019 (Crédit : Gareth Fuller/PA via AP)

La motion désigne aux critiques le « siège continu de Gaza », l’expansion des « implantations illégales » et la promesse pré-électorale faite par Netanyahu d’annexer la vallée du Jourdain. Elle ne mentionne ni la sécurité israélienne, ni les attentats terroristes.

Le parti s’attaque aussi au bilan du Royaume-Uni au cours du Mandat britannique.

« Une formation internationaliste comme le Labour a une responsabilité particulière en ce qui concerne la réparation des injustices en cours contre le peuple palestinien, avec la négation de leur droit à l’autodétermination pendant le Mandat britannique en raison du rôle joué par la Grande-Bretagne en tant que puissance coloniale pendant la Nakba, en 1948, lorsque les Palestiniens avaient été expulsés de leurs foyers par la force », dit-il.

Le positionnement adopté par les Travaillistes rappelle une résolution qui avait été formulée de manière similaire et approuvée par les syndicats britanniques lors de leur conférence annuelle, au début du mois.

Sous la direction des ex-Premiers ministres Tony Blair et Gordon Brown, les gouvernements issus du Labour avaient fréquemment ignoré les motions adoptées par les délégués de gauche à la conférence. Aujourd’hui, néanmoins, Corbyn est à la fois un critique d’Israël de longue haleine et il s’est présenté à la tête de la formation en promettant de la « démocratiser » en offrant aux membres une parole plus importante dans le processus de décision politique.

Le groupe de pression pro-Corbyn Momentum a appelé les personnes présentes lors de la conférence à appuyer la motion sur la Palestine, qui a été discutée au cours d’un débat plus large consacré à la politique étrangère.

Négation de la haine anti-juive dans le parti

Malgré la crise en cours suscitée par l’antisémitisme dans le parti, qui ne s’apaise pas, seuls 23 % des membres du parti Travailliste estiment que le Labour a un grave problème d’antisémitisme en son sein, a révélé l’enquête publiée dimanche.

Plus de la moitié des membres attribuent la responsabilité de cette crise à des opposants politiques désireux de « saper Corbyn » et aux « principaux médias ». 29 % déclarent qu’une « petite minorité d’adhérents avec des points de vue antisémites » se trouve à l’origine du scandale. Seuls 13 % disent que le problème a été causé par les leaders de la formation.

Ils sont toutefois 66 % à nier l’existence du problème.

Le sondage a également montré que les adhérents du Labour sont fortement opposés à la conclusion d’un accord commercial entre Israël et le Royaume-Uni quand ce dernier quittera l’UE. Ils sont seulement 31% à soutenir un tel accord contre 56 % contre. En comparaison, 42 % des membres du parti donnent leur appui à un accord commercial avec la Russie, 54 % avec les Etats-Unis et 62 % avec la Chine. L’Etat juif est le seul pays, dans tout le sondage, avec lequel une majorité d’adhérents Travaillistes ne veulent pas que le Royaume-Uni puisse conclure un accord.

Ce sondage réalisé par YouGov auprès de 1 000 membres du parti Travailliste a été commandité par Mainstream, un nouveau groupe engagé contre l’extrémisme qui a été mis en place par Ian Austin, ancien parlementaire du Labour.

A LIRE : GB: une ville lutte contre l’antisémitisme avec le fils d’un rescapé de la Shoah

Austin, fils adoptif d’un survivant de la Shoah, avait quitté les rangs de sa formation d’origine en raison de la haine anti-juive qui y sévit au début de l’année et c’est un critique féroce de Corbyn.

Le député travailliste britannique Ian Austin a accusé le chef du parti Jeremy Corbyn d’antisémitisme lors d’un débat à la Chambre des communes le 17 avril 2018. (Capture d’écran : YouTube)

Le Labour « a été empoisonné par une culture d’extrémisme et d’intolérance » sous Corbyn, avait écrit Austin dans le journal The Sun. « Il est de la responsabilité de tous ceux qui s’opposent à l’extrémisme sous toutes ses formes de lutter contre cette force destructrice ».

Un article écrit par le chercheur et blogueur David Collier qui avait été publié le mois dernier avait accusé le parti Travailliste d’être un « incubateur » d’antisémitisme et suggéré que, depuis que Corbyn a été élu à sa tête au mois de septembre 2015, ses adhérents se sont « radicalisés » sur la question d’Israël et sur les Juifs en général.

Un sondage révélé au début de l’année avait laissé entendre que les accusations d’antisémitisme au sein du parti nuisaient à ses chances lors des élections générales. Plus de la moitié des Britanniques avaient estimé que la gestion de la haine anti-juive de Corbyn, dans la formation, avait montré son inaptitude au poste de Premier ministre.

Une autre enquête d’opinion de YouGov, qui a été publiée lundi, suggère que presque 60 % des électeurs – et plus de la moitié de ceux qui avaient soutenu la formation lors des élections générales de 2017 – veulent que Corbyn se retire de la tête du parti. 55 % des personnes sondées et qui disent avoir l’intention de voter pour les Travaillistes désirent, pour leur part, qu’il conserve son poste.

Les appels à la démission de Corbyn ont été soutenus par une députée juive du Labour, dimanche soir. Dame Margaret Hodge, ancienne ministre dans les gouvernements Blair et Brown, a déclaré lors d’un rassemblement du JLM (Jewish Labour Movement) qu’elle n’allait « pas abandonner avant que Jeremy Corbyn cesse d’être le leader du parti Travailliste », a fait savoir le Jewish Chronicle.

Margaret Hodge prend la parole lors de la Conférence du Jewish Labour Movement à Londres, le 2 septembre 2018. (Dan Kitwood/Getty Images/via JTA)

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a également attaqué la gestion de la question de l’antisémitisme lors du rassemblement.

« L’antisémitisme est un racisme et mon inquiétude, concernant notre parti, c’est qu’il semble y avoir une hiérarchie lorsqu’on en vient au racisme », aurait-il suggéré, selon des informations.

Coup d’Etat contre un député pro-israélien modéré

La conférence du Labour, qui a commencé dimanche, a été l’occasion de conflits sur le sujet du Brexit et d’une tentative manquée d’expulser du parti Tom Watson, un modéré, vice-président du parti.

Watson, un fort soutien d’Israël qui entretient des liens proches avec la communauté juive, a survécu de peu à l’initiative lancée par Jon Lansman, membre du Comité exécutif de la formation, visant à abolir le poste de vice-président. Lansman, qui est Juif, est le fondateur de Momentum et il a joué un rôle déterminant dans l’élection de Corbyn à la tête du parti.

Le vice-président du Labour britannique Tom Watson arrive à la conférence annuelle du parti à Brighton, en Angleterre, le 21 septembre 2019 (Crédit : Victoria Jones/PA via AP)

La semaine dernière, Lansman était parvenu à décider le Comité exécutif national à abolir l’aile étudiante de la formation. Le groupe Labour Students, l’une des quelques institutions de la formation qui ne soit pas contrôlée par l’extrême-gauche, est dirigée depuis longtemps par des modérés et il est considéré comme amical envers les Juifs chez les Travaillistes.

La secrétaire-générale du groupe Labour Students Committee de Nottingham présente le leader du parti britannique, Jeremy Corbyn, à l’occasion d’un rassemblement de campagne à Nottingham, au mois d’avril 2017 (Capture d’écran :YouTube/2Four7)

Le groupe JLM a expliqué que cette initiative allait « démanteler l’un de nos alliés les plus engagés dans le combat contre le racisme anti-juif ».

Le groupe Labour Students est allé « au-delà de ce qu’il avait à faire pour interpeller l’antisémitisme au sein du parti et soutenir les étudiants juifs », a dit le groupe dans un tweet.

Le JLM a aussi critiqué avec force les règles disciplinaires qui ont été adoptées samedi par la formation.

Il a accusé les Travaillistes d’avoir ignoré les appels émanant de la communauté juive, qui souhaitait que le processus disciplinaire soit indépendant du parti et il a indiqué que l’octroi de davantage de pouvoirs au Comité exécutifs « a donné le contrôle à ceux qui se sont engagés eux-mêmes dans l’antisémitisme ou qui en ont été complices ».

Le groupe JLM a également clamé que les changements de règles ne lui avaient pas été soumis pour discussion, pas plus qu’aux organisations communautaires juives, et il a attaqué la formation qui avait prévu un débat à leur sujet pendant Shabbat.

Le Labour avait expliqué pour sa part que les changements avaient eu lieu pour permettre « d’accélérer » l’expulsion des antisémites.

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