Le Liban, sans président depuis un an
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Le Liban, sans président depuis un an

Le Liban est divisé entre le Hezbollah, soutenu par Damas et Téhéran, et l'ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri

Le drapeau libanais (Crédit : Flicker / CC BY 2.0 / Eusèbe @Commons)
Le drapeau libanais (Crédit : Flicker / CC BY 2.0 / Eusèbe @Commons)

Dans l’hémicycle du Parlement libanais se répète la même scène depuis un an : quelques dizaines de députés attendent, entre causeries et blagues, qu’on annonce le report de la séance d’élection du président d’une République divisée.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), le Liban est sans chef de l’Etat depuis 12 mois, les analystes doutant d’une élection proche tant que la petite nation est otage des conflits régionaux notamment en Syrie voisine.

Au Liban, « on a toujours besoin d’un parrain étranger pour nous dire qui choisir », affirme à l’AFP Sahar al-Atrache, spécialiste des affaires libanaises de l’International Crisis Group.

« Or, les parrains des deux camps rivaux libanais, l’Arabie saoudite et l’Iran, s’affrontent, mènent des guerres par procuration dans la région et ne vont pas se mettre d’accord sur l’élection d’un président au Liban ». « Le Liban n’est pas une priorité », ajoute-t-elle.

Depuis la fin du mandat de Michel Sleimane le 25 mai 2014, le Parlement a tenté à 23 reprises de réunir le quorum nécessaire de deux tiers des 128 députés pour le vote, sans succès, si bien que l’opinion publique s’est complètement désintéressée du processus.

« Un président de la République, ça sert à quoi ? rien n’a changé depuis un an », affirme désabusé Ala, un jeune étudiant.

Communauté chrétienne affaiblie

Traditionnellement, le chef de l’Etat libanais est chrétien, cas unique dans le monde arabe. Mais depuis la fin de la guerre civile qui a affaibli la communauté chrétienne autrefois toute-puissante, il ne dispose plus de vraies prérogatives; son poste reste toutefois important dans le délicat partage de pouvoir dans le pays multiconfessionnel.

Le Liban est divisé entre la coalition menée par le puissant groupe terroriste du Hezbollah chiite et soutenue par Damas et Téhéran, et celle dirigée par l’ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri, appuyée par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Les premiers sont partisans du régime syrien –le Hezbollah combat les rebelles à ses côtés–, les autres sont des virulents critiques du président Bashar el-Assad.

Aussi bien le Hezbollah que M. Hariri ont des alliés chrétiens, divisant ainsi la communauté qui représente près de 35 % de la population libanaise.

Pendant les trois décennies de tutelle syrienne, et notamment dans les années 1990, le nom du président libanais était imposé par le pouvoir syrien, sans que les Libanais aient vraiment à y redire.

Mais depuis le retrait des troupes syriennes en 2005, les Libanais, livrés à eux-mêmes, ont été incapables d’organiser une vraie présidentielle ou de se choisir un candidat consensuel.

En 2008, il a fallu une médiation du Qatar pour mettre fin à de sanglants affrontements confessionnels et élire M. Sleimane.

Depuis un an, « la classe politique libanaise est dans l’attente des développements régionaux: en Syrie, dans le dossier nucléaire iranien, une éventuelle entente entre Téhéran et Ryad. Or la région reste divisée », affirme Mme Atrache.

‘L’âge adulte pas atteint’

« Il est honteux de constater que nous n’avons pas atteint l’âge adulte », reconnaît à l’AFP Dory Chamoun, député de la coalition dirigée par M. Hariri. « Nous avons encore besoin d’une intervention extérieure pour nous rappeler nos devoirs ».

« Il est triste de constater que nous attendons le mot d’ordre de l’étranger, mais l’étranger est occupé ailleurs », renchérit Ayyoub Hmayed, du camp rival.

Durant la vacance à la présidence, il revient au gouvernement d’assumer tous les pouvoirs exécutifs. Or celui-ci, réunissant des ministres des deux bords, peine à surmonter les clivages et à faire passer les projets de loi, les nominations et les budgets.

Les profondes divisions empêchent également la tenue d’autres élections comme les législatives, le Parlement ayant prorogé son propre mandat en 2014. Mais l’action parlementaire reste paralysée, même si les députés continuent à toucher leur salaire, au grand dam de la société civile.

« Il y a des accords avec l’étranger de plus d’un milliard de dollars que le Liban risque de perdre si les députés ne les approuvent pas », affirme à l’AFP Mohammad Ballout, responsable des médias au sein du Parlement.

Malgré une accalmie ces derniers mois, le Liban a été frappé de plein fouet par les répercussions de la guerre en Syrie, avec plus d’un million de réfugiés sur son sol et des violences à la frontière et des attentats.

« Tant que la région est dans la tourmente, il sera difficile d’élire un président », affirme Imad Salamé, professeur en sciences politiques à l’Université libano-américaine. « Cela ne sera possible qu’après un accord régional, notamment en Syrie ».

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