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Le Likud annonce son boycott de la cheffe de la coalition

Idit Silman est accusée d'avoir enregistré des députés de l'opposition à leur insu ; la journaliste qui l'interviewait à ce moment-là évoque des allégations "insensées"

Le député David Bitan et la cheffe de la coalition Idit Silman à la Knesset de Jérusalem, le 6 juillet 2021.  (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député David Bitan et la cheffe de la coalition Idit Silman à la Knesset de Jérusalem, le 6 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Likud, le parti du leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, a annoncé dans la soirée de mardi qu’il cesserait toute coopération avec la cheffe de la coalition Idit Silman – dernière initiative en date visant à entraver le nouveau gouvernement.

La formation a affirmé que la députée, issue du parti Yamina du Premier ministre Naftali Bennett, avait enregistré à leur insu les députés de l’opposition au parlement pour le compte de la Douzième chaîne, lundi.

La chaîne a rejeté cette accusation, affirmant que Silman était en train d’accorder une interview à la télévision hors de la salle lorsqu’elle avait dû rapidement retourner en séance plénière pour un vote. Plutôt que d’enlever son micro, elle l’avait éteint et elle était entrée dans la salle en le conservant sur elle.

D’autres, et notamment le vice-président de Yahadout HaTorah, Yaakov Litzman, ont lancé des accusations similaires contre Silman.

« Nous avons découvert ce soir que la députée Silman avait marché ici avec un enregistreur dans la poche, enregistrant les membres de la Knesset pour la Douzième chaîne en pleine séance plénière », a dit Litzman au cours d’une session qui a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi au parlement israélien.

« [Le leader de Yahadout HaTorah Moshe] Gafni et moi-même avons porté plainte auprès du président de la Knesset. Il s’agit d’un acte horrible », a-t-il continué.

Litzman a ensuite affirmé que « Silman a parlé des enregistrements aux membres de la coalition, de manière à ce qu’ils tiennent les propos appropriés à la situation ».

Yaakov Litzman, député de Yahadout HaTorah, en séance plénière de la Knesset, le 26 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Daphna Liel, journaliste de la Douzième chaîne qui couvre la Knesset, a écrit sur Twitter en réponse : « C’est insensé. On était en train de filmer Idit Silman quand elle a dû partir en hâte pour un vote. Elle a éteint le micro et elle est entrée en séance plénière. »

Les émissions d’information de la Douzième chaîne, sous leurs différentes formes, sont en tête des audiences en Israël depuis de nombreuses années. la chaîne est toutefois de plus en plus critiquée à la droite de l’échiquier politique qui estime qu’elle sert d’outil de propagande à la gauche.

En réponse au post publié par Litzman sur Twitter, Silman n’a pas directement commenté les accusations lancées – affirmant simplement que les récents changements survenus à la Knesset avaient « fait perdre l’équilibre [à Litzman] » – et elle l’a attaqué sur une affaire de corruption présumée, sans lien avec la polémique, qui a émergé le mois dernier et qui implique l’un de ses proches.

« J’ai envie de vous suggérer de vous concentrer sur les bons enregistrements », a écrit Silman à Litzman, partageant une capture d’écran d’un reportage qui a affirmé que des enregistrements prouvaient que, lorsque Litzman était ministre de la Santé, son conseiller avait entretenu des contacts illicites avec une firme pharmaceutique et avec un homme d’affaires haredi pour tenter d’influencer les noms des médicaments qui seraient inclus dans l’enveloppe de santé financée par l’État.

La législatrice de Yamina a été la cible des députés de l’opposition de manière répétée et a déclaré, par le passé, que la « tactique de cour d’école » utilisée à son encontre ne relevait pas du hasard et qu’elle entrait dans le cadre d’une « méthode claire et téléguidée ».

Silman a aussi fait l’objet de menaces. Elle a été accusée – ainsi que tous les autres députés Yamina – par certains politiciens de droite d’avoir trahi son camp en formant un gouvernement d’unité avec la gauche et un parti islamiste visant à écarter le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui était au pouvoir depuis 12 ans.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une réunion de faction de Kakhol lavan à la Knesset, le 26 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La coalition a rencontré d’autres difficultés mardi, alors même qu’un projet de loi important qui prévoit la prolongation du mandat d’une commission de planification d’urgence controversée est en danger en raison de l’objection de certains membres du parti Kakhol lavan du ministre de la Défense Benny Gantz.

Cette loi, qui devait être présentée au vote pendant la nuit, a entraîné les protestations des instances écologiques qui affirment que la Commission des sites de logement privilégiés, mieux connue sous l’acronyme Vatmal – ses initiales en hébreu – bafouait les inquiétudes environnementales.

Le projet de loi prolongerait le mandat de la commission pendant quatre années supplémentaires sous réserve de son approbation par la Knesset.

Ses critiques – parmi lesquels se trouve la Société de protection de la nature en Israël – affirment depuis longtemps que dans sa course à la construction, la commission détourne le regard des facteurs environnementaux et qu’elle approuvait trop de constructions sur des terres agricoles vierges ou rezonées. Ils estiment qu’avec un peu plus de travail et de recherches, il serait possible de trouver des espaces disponibles pour des constructions intensives dans les frontières des municipalités.

De nombreux maires ont déclaré pour leur part que la focalisation majeure du gouvernement sur les constructions résidentielles massives ne prenait pas suffisamment en compte la nécessité de procéder à des investissements déterminants dans des infrastructures supplémentaires telles que les routes, les structures d’assainissement, les transports publics, les écoles et les hôpitaux.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, avec Yair Lapid, Premier ministre d’alternance et ministre des Affaires étrangères, à gauche, lors d’une réunion du cabinet à la Résidence du Premier ministre de Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans la nuit, la coalition a remporté une victoire lorsqu’un amendement de la législation ancrant l’accord de rotation conclu entre le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a été approuvé à la Knesset à l’issue d’un débat marathon.

Cet amendement apporté à la Loi fondamentale israélienne sur le gouvernement est venu cimenter l’accord de partage de pouvoir qui permettra à Yair Lapid de devenir Premier ministre au mois de septembre 2023 jusqu’au terme du mandat gouvernemental de quatre ans et demi – sauf effondrement du gouvernement d’ici-là.

La mesure a été adoptée en deuxième et troisième lecture à la Knesset sur un score de 61 voix « pour » contre deux voix « contre ». L’opposition presque toute entière a boycotté le vote en signe de protestation, suite à plus de quinze heures de débat.

Amy Spiro et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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