Le Likud empêche les rivaux de Netanyahu de le remplacer en cas d’élections
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Le Likud empêche les rivaux de Netanyahu de le remplacer en cas d’élections

Une résolution du secrétariat du Likud stipule que Netanyahu, et personne d'autre, sera le chef du parti dans le cas de nouvelles élections

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse à ses sympathisants alors que les résultats des élections sont annoncés au siège du parti à Tel Aviv, aux premières heures du 10 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse à ses sympathisants alors que les résultats des élections sont annoncés au siège du parti à Tel Aviv, aux premières heures du 10 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le secrétariat du Likud a adopté mardi une proposition supplémentaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui empêchera ses rivaux au sein du parti de diriger la faction si de nouvelles élections sont organisées.

La résolution stipule que Netanyahu, et personne d’autre, sera le chef du parti du Likud dans un tel scénario.

Le Premier ministre a évoqué dans le passé les présumées tentatives de Gideon Saar de fomenter un coup d’État contre lui pour prendre la direction du parti.

Alimentant les rumeurs, Saar a été photographié lundi à la cafétéria de la Knesset avec Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, qui refuse actuellement d’accepter un compromis avec les partis Haredi sur un projet de loi de Tsahal qui permettrait d’éviter de nouvelles élections

Par ailleurs, le Secrétariat du Likud a voté en faveur d’une proposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu de fusionner le parti Koulanou de Moshe Kahlon sur une liste commune. La fusion aurait lieu, que des élections soient déclenchées ou non plus tard cette semaine.

Lors de la fusion, Kahlon occupera la 5e place sur la liste du parti, Eli Cohen la 15e, Yifat Biton la 29e et Roy Folkman la 35e place.

La proposition a été adoptée malgré l’opposition de plusieurs ministres et députés du Likud qui se sont prononcés contre le fait de se faire rétrograder sur la liste du parti afin de faire de la place aux députés de Koulanou.

Les militants du parti Kakhol lavan ont prévu de manifester devant le domicile du président de Koulanou, Moshe Kahlon, à 19h30, a annoncé le quotidien The Globes.

Le parti de Benny Gantz s’est montré très critique à l’égard du parti Koulanou, dont les représentants s’étaient opposés à une loi accordant l’immunité au Premier ministre, mais depuis les élections, ils ont indiqué qu’ils appuieraient vraisemblablement de telles mesures.

Le président du Koulanou, Moshe Kahlon, a plus tard publié une déclaration confirmant que son parti se présenterait sur une liste commune avec le Likud si des élections anticipées étaient déclenchées.

« Nous avons décidé que si les élections à la 22e Knesset avaient lieu [cet été], le parti se présenterait sur une liste commune avec le Likud lors des élections. Nous continuerons tous à faire fonction de parti de droite nationaliste et socio-économique », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le ministre des Finances Moshe Kahlon lors d’une conférence de presse au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 9 octobre 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Netanyahu a jusqu’à mercredi minuit pour assembler une coalition gouvernementale, conformément au mandat que lui a confié le président Reuven Rivlin après les élections.

M. Rivlin a déclaré mardi qu’il laisserait M. Netanyahu « utiliser tout le temps à sa disposition au regard de la loi. Il a dit espérer qu’Israël ne se retrouverait « pas dans la fâcheuse situation de devoir tenir de nouvelles élections ».

« Jusqu’à minuit demain, le mandat pour former le gouvernement est entre les mains du Premier ministre Benjamin Netanyahu », a déclaré le bureau de Rivlin dans un communiqué. « Le président lui permettra d’épuiser le temps qui lui est imparti par la loi en espérant que nous ne serons pas, Dieu nous en préserve, plongés dans une autre campagne électorale. »

« La Knesset a le pouvoir, selon le langage de cette même loi, de décider de se dissoudre », poursuit le communiqué. « Dans ces conditions, la Knesset et ses membres, en tant que représentant du souverain, c’est-à-dire du peuple, assumeront les conséquences futures de sa décision. »

Mais M. Netanyahu, triomphant dans la nuit du 9 avril, se heurte dans les négociations à un mur en la personne de son ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman.

Devant l’apparente impasse, le parti de droite de M. Netanyahu, le Likoud, a initié la dissolution du Parlement.

Les députés ont approuvé un texte en ce sens en lecture préliminaire lundi, puis en première lecture avant l’aube mardi. Une date a même été fixée provisoirement pour de nouvelles élections: le 17 septembre.

La loi devrait encore être adoptée en deuxième et troisième lectures pour que la Knesset soit dissoute. C’est réalisable d’ici à mercredi soir, mais ce n’est pas acquis.

Le vote a toutes les apparences d’une tactique pour que le maître manoeuvrier qu’est M. Netanyahu conserve la main.

Si les pourparlers menés par M. Netanyahu échouent d’ici à mercredi soir, une prolongation du délai n’est pas exclue.

Le président Reuven Rivlin rencontre des représentants des partis à la résidence du président de Jérusalem, le 16 avril 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Mais le président Rivlin peut aussi donner sa chance à un autre député, une hypothèse apparemment inacceptable pour M. Netanyahu. Risque calculé, la dissolution de la Knesset couperait l’herbe sous le pied du président.

Pour sortir de la crise, la liste de centre-droit du principal concurrent de M. Netanyahu aux élections, le général Benny Gantz, s’est dit prête à un gouvernement d’union avec le Likoud. Un tel gouvernement disposerait d’une confortable majorité de 70 députés sur 120.

Mais, pour le parti de M. Gantz, cela devrait être sans M. Netanyahu, éventualité semble-t-il inenvisageable pour ce dernier.

Le Likud et ses alliés ont remporté les élections du 9 avril, déjà convoquées de manière anticipée à l’initiative de M. Netanyahu. Cette décision avait été largement interprétée comme une manoeuvre du Premier ministre pour se draper dans une fraîche légitimité avant d’affronter une possible inculpation dans trois affaires de corruption.

Après le 9 avril, M. Netanyahu, 69 ans dont 13 au pouvoir, paraissait se diriger vers un cinquième mandat et un record de longévité, à la tête d’une alliance réunissant autour du Likoud des formations de droite plus ou moins radicales et plus ou moins religieuses, et des partis ultra-orthodoxes représentant les 10% d’Israéliens observant rigoureusement les règles du judaïsme.

Les vicissitudes judiciaires de M. Netanyahu, figure jusqu’alors dominante au point d’en paraître imbattable, l’ont cependant rendu vulnérable aux tentatives d’extorsion politique, mettent en garde les analystes depuis des mois.

Et, en effet, le Premier ministre est confronté aujourd’hui à l’intransigeance d’une autre personnalité incontournable, Avigdor Lieberman, chef du parti laïc et nationaliste Yisrael Beytenu. M. Netanyahu veut pouvoir compter sur les cinq voix d’Yisrael Beytenu au Parlement pour s’assurer une majorité de 65 sur 120.

Liberman exige en retour l’engagement qu’une loi sur le service militaire des juifs ultra-orthodoxes serait adoptée sous le prochain gouvernement telle qu’il l’avait proposée quand il était ministre de la Défense.

Cette loi annulerait l’exemption systématique dont bénéficient des dizaines de milliers d’étudiants des écoles talmudiques.

Une telle exemption, perçue par beaucoup comme une injustice dans un pays où tous, sauf exception, sont astreints à un long service militaire, est toutefois une ligne rouge pour les partis ultra-orthodoxes, autres partenaires de M. Netanyahu.

Benjamin Netanyahu a reçu lundi le soutien sur Twitter du président Donald Trump. Au cours de la semaine, le gendre de M. Trump, Jared Kushner, est attendu à Jérusalem, l’une des étapes d’un voyage qui le conduira aussi en Jordanie et au Maroc.

Les discussions de M. Kushner ne devraient pas manquer de porter sur l’initiative diplomatique de l’administration Trump pour régler le conflit israélo-palestinien, moins d’un mois avant une conférence économique à ce sujet à Bahreïn.

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