Rechercher

Le logiciel Pegasus utilisé contre 6 Palestiniens

L'outil permet de récupérer les messages, photos, contacts, et d'activer à distance les micros d'un smartphone

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d'Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)
Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d'Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

Le logiciel espion de la firme israélienne privée NSO aurait été utilisé pour traquer les portables de six activistes palestiniens, dont l’un a aussi la nationalité française.

Le 22 octobre, le ministère israélien de la Défense a annoncé avoir placé six ONG palestiniennes, dont al-Haq, Addameer et Bisan, sur sa liste des groupes terroristes en raison de leurs liens avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), organisation marxiste considérée comme « terroriste » par l’Etat hébreu, les Etats-Unis et l’Union européenne.

Suspectant un possible hacking du téléphone de l’un de ses employés, l’organisation de défense des droits humains al-Haq a mandaté le groupe européen Frontline Defenders d’enquêter sur les portables de 75 membres de ces six ONG pour voir s’ils avaient été infectés par le logiciel Pegasus.

Or lundi, Frontline Defenders a conclu, après contre-vérification avec le Citizen Lab de l’université de Toronto et la cellule digitale d’Amnesty International, que six portables avaient été infectés par le logiciel.

Parmi ces six, ceux de Salah Hamouri, un terroriste franco-palestinien travaillant pour l’ONG Addameer dont Israël a retiré mi-octobre le statut de résident permanent à Jérusalem, ouvrant la voie à son expulsion, et de l’Américano-palestinien Ubai al-Aboudi, directeur de Bisan.

Amnesty a confirmé les informations de Frontline Defenders, précisant que les smartphones avaient été piratés « avant » que les ONG ne soient désignées « terroristes » par Israël.

Des ONG internationales et israéliennes ont déploré cette désignation qui pourrait avoir pour conséquence d’assécher le financement de ces ONG, dont certaines oeuvrent pour la défense des droits humains et des prisonniers et reçoivent des fonds européens.

Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, le 1er octobre 2020. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

« J’ai senti qu’il y avait un truc qui n’allait pas, qu’il y avait quelque chose de suspect dans mon téléphone (…) Frontline Defenders a découvert qu’entre le 10 et le 30 avril, mon téléphone a été attaqué par Pegasus », a déclaré à l’AFP Hamouri, qui habite à Ramallah.

« Lorsque le système Pegasus est dans le téléphone, il est totalement surveillé… Le téléphone n’est plus à toi », a-t-il ajouté, appelant la France « à prendre ses responsabilités » dans cette affaire, d’autant qu’il avait été lui-même en contact « avec des personnes au Quai d’Orsay, à l’Elysée, avec le consul général de France à Jérusalem » et des journalistes.

Ubai al-Aboudi, directeur de Bisan, a affirmé à l’AFP avoir « peur pour (la) vie et (la) sécurité » des militants.

Le groupe NSO s’est retrouvé exposé en juillet après des enquêtes publiées par un consortium de médias internationaux révélant que son logiciel Pegasus avait permis d’espionner les téléphones de journalistes, d’hommes politiques, de militants ou de chefs d’entreprises de différents pays, incluant le président français Emmanuel Macron.

Les Etats-Unis ont placé NSO sur leur liste d’entreprises menaçant la sécurité nationale en raison de son logiciel qui permet de récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distance les micros d’un smartphone.

Cette société basée en banlieue de Tel-Aviv s’est dite « consternée » par cette décision sur son logiciel, vendu à des gouvernements étrangers avec l’approbation de la Défense israélienne.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s’exprime lors d’une réunion de sa faction à la Knesset, à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« NSO est une compagnie privée, ce n’est pas un projet du gouvernement. Par conséquent, même si le groupe a été placé sur une liste (américaine), cela n’a rien à avoir avec les politiques du gouvernement israélien », a déclaré samedi le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid.

« Je ne pense pas qu’il y a un autre pays dans le monde qui a des règles plus strictes en matière de cyber-guerre », a-t-il ajouté.

L’agence de sécurité intérieure israélien Shin Bet a accusé les six ONG d’avoir détourné des millions de dollars d’aide de « plusieurs pays européens » au profit du FPLP, ce que ce mouvement et les organisations ciblées réfutent.

Un rapport de 74 pages du Shin Bet présenté à des responsables américains et européens – consulté ce weekend par l’AFP et dont le « +972 magazine », un média israélo-palestinien indépendant, avait obtenu l’accès en premier – offre peu d’éléments pour étayer des relations entre le FPLP et ces ONG.

Une source de sécurité israélienne a indiqué à l’AFP que ce rapport n’était pas le seul contre ces ONG, et que « différents documents » avaient été présentés « à différents niveaux de confidentialité » à des responsables étrangers.

Elle n’a toutefois pas précisé si Pegasus avait été utilisé pour obtenir des informations.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...