Le maestro Semyon Bychkov, nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris
Le chef d'orchestre, né de parents juifs en Union soviétique, a accepté ce poste après que certains musiciens de l'opéra l'ont pressé, lui disant : "Vous devez venir chez nous"

Après plus de deux ans d’attente, l’Opéra national de Paris (OnP) a trouvé un directeur musical pour l’accompagner jusqu’en 2032 : le chef d’orchestre juif d’origine russe, naturalisé américain, Semyon Bychkov, 73 ans, qui se réjouit à l’idée de développer la programmation symphonique.
« Je suis très ému », a confié le maestro, présent lors de l’annonce faite par le directeur général de l’institution Alexander Neef à plusieurs journalistes.
Le poste était vacant depuis la démission surprise, en 2023, du chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel pour des raisons personnelles, après seulement deux ans de mandat.
« L’orchestre comme la maison ont l’habitude de fonctionner sans », a assuré Neef, mais « c’est assez indispensable que le rôle soit pourvu ».
Actuel chef d’orchestre et directeur musical du Philharmonique tchèque, Semyon Bychkov, qui vit en France depuis près de 40 ans, prendra ses fonctions en deux temps.
Il sera « directeur musical désigné » dès le 1ᵉʳ août 2026, ce qui signifie qu’il veillera au « suivi de la qualité artistique de l’Orchestre, des Chœurs et des chefs de chant », et qu’il participera à l’élaboration de la programmation et aux principaux concours de recrutement de musiciens.
L’Orchestre de l’Opéra compte 175 musiciens qui travaillent en deux formations différentes, jouant de la musique pour les ballets et les opéras. Cet ensemble, largement embauché pour l’ouverture de l’Opéra Bastille, il y a un peu moins de 40 ans, fait l’objet de 7 à 8 concours de recrutement par an, selon Neef.
À partir du 1ᵉʳ août 2028, et pour quatre saisons, Semyon Bychkov sera pleinement directeur musical. Sa mission : diriger « deux productions lyriques et six programmes de concerts symphoniques [contre deux à trois aujourd’hui] chaque saison, à Paris et en tournée ».
L’idée est « d’ajouter une véritable saison symphonique », a souligné Bychkov, qui souhaite ainsi enrichir « l’identité de la maison », une « identité singulière ».
« Le talent est là », a-t-il dit.
Ces tournées symphoniques seront facilitées par les importants travaux qui obligeront l’Opéra national de Paris à fermer ses deux théâtres, le Palais Garnier de mi-2027 à mi-2029, puis l’Opéra Bastille de 2030 à 2032.
« Mixed salad »
Né à Saint-Pétersbourg, Semyon Bychkov a fui l’Union soviétique et émigré aux États-Unis en 1975, avant de venir vivre en Europe au milieu des années 1980. Naturalisé américain, il dit faire partie de la « famille française ».
Interrogé sur ses origines, le maestro aime répondre : « mixed salad ».
« Les racines sont naturellement en Russie, mais les branches de cet arbre sont parties dans tous les sens », confie-t-il.
Passionné par le génie russe Piotr Ilitch Tchaïkovski, il a été directeur musical de l’Orchestre de Paris de 1989 à 1998, principal chef invité de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg de 1990 à 1994, chef principal de l’Orchestre symphonique WDR de Cologne de 1997 à 2010 et du Semperoper de Dresde de 1998 à 2003.
À partir de 2007, le chef d’orchestre a travaillé sur plusieurs opéras de l’Opéra national de Paris, mené la première tournée lyrique au Japon en 2008 et dirigé des projets symphoniques.
Sa nomination a été précédée d’un vote à l’unanimité des 175 musiciens de l’orchestre. Un ensemble qu’il a loué pour sa « flexibilité dans le phrasé » et sa capacité à « suivre les chanteurs qui ont parfois besoin de faire des choses inattendues ».
Il sera également à la baguette de l’opéra Onéguine de Tchaïkovski, mis en scène par Ralph Fiennes, qui débutera le 26 janvier.
Concernant la programmation à venir de l’Opéra national de Paris, il a assuré que la maison avait « besoin de tout : de la musique nouvelle, de la musique ancienne ».
La durée des mandats des directeurs musicaux a fortement varié dans l’histoire de l’Opéra national de Paris, allant jusqu’à 12 ans. Celui de Semyon Bychkov, qui dure quatre ans, coïncide finalement avec la durée prévue des travaux dans les deux sites de l’établissement public.
Une transition ? Il a en tout cas relevé, en souriant, que les musiciens de l’Opéra national de Paris, qui ne peuvent jouer après 70 ans, étaient tous plus jeunes que lui.







