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Le ministère de l’Environnement bloque le projet pétrolier émirati-israélien

La société publique EAPC prévoirait de contester la décision du ministère, qui refuse les permis nécessaires pour accroître l'utilisation du terminal de la mer Rouge

Vue aérienne du terminal pétrolier de l'EAPC (Eilat-Ashkelon Pipeline Company) au port d'Eilat, sur la mer Rouge, le 9 février 2021. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Vue aérienne du terminal pétrolier de l'EAPC (Eilat-Ashkelon Pipeline Company) au port d'Eilat, sur la mer Rouge, le 9 février 2021. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Le ministère de la Protection de l’environnement a notifié mercredi à une société publique d’oléoducs qu’il n’accorderait pas de permis pour un projet visant à utiliser une route terrestre israélienne pour acheminer le pétrole brut du Golfe vers l’Europe, invoquant des inquiétudes quant à d’éventuelles fuites.

Cette décision, annoncée mercredi, fait pratiquement échouer un contrat lucratif de dix ans signé en décembre entre des responsables israéliens et émiratis, qui aurait permis d’augmenter considérablement la quantité de pétrole pompée dans les terminaux d’Eilat et d’Ashkelon.

Le projet avait été critiqué par des militants et d’autres groupes, qui ont fait remarquer que l’oléoduc vieillissant était déjà responsable du pire déversement environnemental jamais constaté dans le pays, et qui craignaient qu’un autre incident ne dévaste le riche éventail de coraux de la mer Rouge au large d’Eilat, tout en nuisant au tourisme dans la ville. La proposition a été gelée par le ministère en juillet.

Dans une lettre adressée au directeur de la société Europe Asia Pipeline Company (anciennement Eilat Ashkelon Pipeline Company), la directrice du ministère de la Protection de l’environnement, Galit Cohen, a expliqué qu’il n’y a « pas lieu de permettre une augmentation du volume de transport de pétrole à Eilat ».

Elle a déclaré que le ministère adoptait une politique de « risque supplémentaire zéro » concernant son port de la mer Rouge au large d’Eilat et que l’accord de l’EAPC avec les EAU « augmenterait considérablement les risques environnementaux ».

L’accord, désormais suspendu, aurait permis aux Émirats arabes unis d’utiliser Israël comme pont terrestre pour acheminer environ 14 millions de tonnes de pétrole brut destinées aux marchés du sud de l’Europe. Le pétrole serait arrivé à Eilat, sur la mer Rouge, et aurait été acheminé par pipeline jusqu’à Ashkelon, sur la côte méditerranéenne, pour être chargé sur des pétroliers à destination de l’Europe.

Le barrage pétrolier de l’Europe Asia Pipeline Company à Eilat, conçu pour attraper toute éventuelle marée noire avant qu’elle ne se répande plus largement dans la mer. (Autorisation de l’EAPC)

En début de semaine, un acte d’accusation a été déposé contre l’EAPC pour son implication présumée dans une marée noire survenue en 2014, qui a endommagé la réserve naturelle d’Evrona, près d’Eilat. L’entreprise publique a insisté sur le fait que la fuite était un incident isolé.

L’EAPC a affirmé que l’annulation de l’accord pourrait nuire aux relations naissantes entre Israël et les Émirats arabes unis, mais le mois dernier, un haut fonctionnaire émirati a déclaré au Times of Israël que le non-aboutissement de l’accord n’aurait pas d’impact sur les liens diplomatiques entre Jérusalem et Abou Dhabi.

« Nous avons clarifié auprès du gouvernement israélien qu’il ne s’agit pas d’un projet gouvernemental. Il y a une communication très étroite au plus haut niveau », a déclaré le fonctionnaire. « Israël est conscient qu’il ne s’agit pas d’un projet gouvernemental des EAU, mais plutôt d’un accord commercial privé. »

Une manifestation contre l’expansion des activités au port pétrolier de l’entreprise EAPC à Eilat, avec une bannière disant : « Arrêt immédiat de l’accord sur le pétrole », le 10 février 2021. (Crédit : Egor Iggy Petrenko/Coast Patrol)

Malgré une dépendance historique au pétrole, les EAU ont indiqué qu’ils prévoyaient de s’éloigner des combustibles fossiles, et sont récemment devenus le premier pays du Golfe à s’engager à n’émettre aucun carbone d’ici 2050.

Dans une déclaration, l’EAPC a déclaré que la ministre de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, n’avait pas le pouvoir de saborder l’accord, affirmant qu’il était soutenu par le reste du gouvernement.

« Comme on le sait, le ministère des Finances a déterminé qu’il s’agit d’une activité autorisée et régulière de la société. La violation de l’accord portera atteinte à la crédibilité des entreprises israéliennes, et certainement des entreprises gouvernementales, et jettera un sérieux doute sur leur capacité à respecter les accords », ajoute le communiqué.

Le radiodiffuseur public Kan a déclaré que l’EAPC avait l’intention de faire appel de la décision, bien qu’il n’ait pas été précisé dans l’immédiat comment il comptait s’y prendre.

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