Le mollah Haibatullah, nouveau chef des talibans
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Le mollah Haibatullah, nouveau chef des talibans

Selon un expert, le successeur de Mansour "sera davantage un dirigeant symbolique qu'opérationnel", qui représente "le statu quo"

Taliban flag (photo credit: Courtesy of Merrell Publishers)
Taliban flag (photo credit: Courtesy of Merrell Publishers)

Le nouveau chef des talibans afghans, le mollah Haibatullah Akhundzada, est un proche de son prédécesseur Mansour, jusqu’ici plus versé dans les questions judiciaires et religieuses que dans l’art militaire.

Peu connu, cet érudit jouit néanmoins d’une grande influence au sein de l’insurrection, dont il dirigeait le système judiciaire. Mais selon certains analystes, son nouveau rôle à la tête du mouvement pourrait être davantage symbolique qu’opérationnel.

Quinquagénaire, fils d’un théologien, il est originaire de Kandahar, cœur du pays pachtoune dans le sud de l’Afghanistan et berceau des talibans, comme ses deux prédécesseurs, les mollahs Omar et Mansour.

Réfugié au Pakistan pendant l’occupation soviétique (1978-89), il a rejoint les rangs des talibans en Afghanistan peu après leur formation au milieu des années 90.

Resté à l’écart des champs de bataille, il était jusqu’ici une figure relativement discrète au sein des talibans.

Versé dans les études juridico-religieuses, il est considéré comme « cheikh ul-hadith », c’est-à-dire expert dans l’interprétation des paroles du prophète Mahomet.

Sous le régime islamiste fondamentaliste instauré en 1996 à Kaboul, il officiait en tant que juge haut placé en charge des affaires talibanes, indique Rahimullah Yousafzaï, analyste pakistanais fin connaisseur des talibans. A ce titre, il jugeait ses pairs talibans plutôt que les citoyens ordinaires.

Selon un porte-parole des talibans, il a été chef des tribunaux militaires.

Nombreuses fatwas

« Il était proche du mollah Omar, qu’il conseillait sur les questions religieuses », indique Thomas Ruttig, un analyste du réseau de chercheurs Afghan Analyst Network.

Réfugié dans le sud du Pakistan lorsque les talibans ont été chassés du pouvoir par l’invasion américaine de 2001, il est devenu imam d’une mosquée locale, ajoute M. Yousafzaï.

Il a aussi été nommé chef des affaires judiciaires de l’insurrection islamiste et membre du conseil des oulémas, organe garant de la légitimité spirituelle du mouvement.

Il a de ce fait signé de nombreuses fatwas, ces édits religieux régissant la façon d’appliquer l’interprétation radicale de l’islam prônée par les talibans.

« Tout le monde le respecte à cause de ses fatwas favorables à leurs activités en Afghanistan, donc je pense qu’il a une certaine suprématie morale dans les rangs des talibans », estime le spécialiste pakistanais Amir Rana.

« Il n’est pas très connu en dehors (des cercles talibans NDLR), mais il était reconnu au sein du mouvement, » renchérit M. Ruttig.

Il a notamment été très actif pour tenter de maintenir la cohésion du mouvement qui s’émiettait après l’annonce du décès de son fondateur, le mollah Omar, selon le chercheur.

Le défunt mollah Mansour, nommé officiellement l’été dernier à la tête du mouvement après en avoir été longtemps aux manettes dans l’ombre, avait fait de lui l’un de ses deux adjoints.

Selon trois sources haut placées au sein des talibans, le mollah Mansour avait même désigné de son vivant le mollah Haibatullah comme son dauphin dans un « testament ».

Difficile cependant de prévoir si son aura suffira à unifier les talibans, et s’il aura la volonté et la capacité de reprendre des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan.

« Il représente le statu quo », estime M. Yousafzaï. « Il va mener les mêmes politiques que le mollah Mansour, il ne négociera pas ».

Pour M. Rana, « il est considéré comme partisan de négociations de paix (…) mais il ne peut rien faire sans le consensus de la choura », l’organe de direction des talibans, dont nombre de membres ne veulent pas entendre parler d’un quelconque dialogue.

Selon lui, le mollah Haibatullah « sera davantage un dirigeant symbolique qu’opérationnel, la gestion quotidienne du mouvement sur le plan militaire et politique restant entre les mains de ses deux adjoints, le mollah Yacoub, fils aîné du mollah Omar, et Sirajuddin Haqqani, chef du réseau insurgé du même nom.

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