Le mouvement Réformé appelle à désigner Lehava comme un groupe terroriste
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Le mouvement Réformé appelle à désigner Lehava comme un groupe terroriste

Un courrier adressé aux officiels israéliens détaille l'objectif prouvé des membres "à chasser les Arabes" ; selon l'IRAC, le groupe raciste et homophobe incite à la violence

Benzi Gopstein (avec le microphone), membre d'Otzma Yehudit et chef du groupe anti-métissage Lehava, mène une manifestation contre le défilé de la Gay Pride de Jérusalem, le 6 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Benzi Gopstein (avec le microphone), membre d'Otzma Yehudit et chef du groupe anti-métissage Lehava, mène une manifestation contre le défilé de la Gay Pride de Jérusalem, le 6 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’aile juridique du mouvement Réformé a appelé, jeudi, les responsables israéliens à désigner comme organisation terroriste le groupe extrémiste juif Lehava.

La lettre, qui a été envoyée au ministre de la Défense Benny Gantz, au procureur-général Avichai Mandelblit et au chef des services de sécurité du Shin Bet Nadav Argaman, a détaillé les agissements de Lehava et de son directeur, Bentzi Gopstein, depuis la fondation du groupement d’extrême-droite, a fait savoir l’IRAC (Israel Religious Action Center) dans un communiqué.

Le groupe Lehava de Gopstein est opposé aux mariages mixtes et à l’assimilation des Juifs ainsi qu’aux droits LGBT, et il tente d’étouffer toute activité publique de la part des non-Juifs en Israël, notamment les événements prônant la coexistence. Les députés de l’ensemble du spectre politique ont également essayé de le classer parmi les organisations terroristes.

« Cela fait des années que Lehava est dirigé comme un groupe terroriste – ce qui s’est clairement constaté dans les actions menées par le groupe dans les rues israéliennes, ces dernières semaines », a commenté Anat Hoffman, à la tête de l’IRAC.

Anat Hoffman lors d’une réunion de la Commission sur la Transparence et l’Accessibilité des informations gouvernementales à la Knesset, le 13 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors des premiers jours des récentes émeutes intercommunautaires, Lehava avait organisé un défilé ultra-nationaliste jusqu’à la porte de Damas, à Jérusalem, un site qui avait été marqué par des affrontements violents entre Palestiniens de Jérusalem-Est et policiers.

Environ 300 activistes juifs d’extrême-droite avaient alors entonné les slogans « Mort aux Arabes » et « Les Arabes, dehors ! ». De son côté, la police avait tenté de maintenir les deux parties à distance tout en se heurtant aux manifestants palestiniens.

« L’usage du judaïsme par Lehava dénature les valeurs de la moralité juive pour inciter à la violence contre les Arabes, simplement parce qu’ils sont Arabes », a ajouté Hoffman.

L’IRAC a estimé que les activistes et les leaders de Lehava avaient joué un rôle significatif dans la récente vague de violences qui a balayé la société israélienne.

Le chef de la police israélienne a également attribué la responsabilité des émeutes à ce groupe et au député Itamar Ben Gvir, dirigeant du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit.

Le député Itamar Ben Gvir vu avec le président de Lehava Benzi Gopstein dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le courrier comprend aussi des preuves attestant de l’objectif des membres de Lehava de « chasser » les Arabes et des documents où le groupe appelle à « repousser » les Arabes de Haïfa, les qualifiant de « terroristes de Haïfa », a noté l’IRAC.

« Nous attendons du ministre de la Défense qu’il affirme à nos côtés ‘le racisme n’est pas mon judaïsme’ et qu’il décrète que Lehava est une organisation raciste », a conclu Hoffman.

Les tensions entre les communautés juive et arabe israéliennes ont dégénéré en violences entre bandes ces dernières semaines. La police a paru mal équipée pour faire face à ces agitations qui ont été les pires à avoir été connues dans le pays depuis des années.

Plusieurs personnes, juives et arabes, ont été agressées et grièvement blessées dans des échanges de coups de feu, des attaques incendiaires et physiques au cours de ces heurts, et deux personnes ont été tuées.

Au même moment, Israël et les groupes terroristes se sont engagés dans un conflit qui a duré onze jours. Les groupes terroristes palestiniens ont fait le lien entre les tirs de roquettes depuis Gaza et les émeutes à Jérusalem – qui auraient été déclenchées par la question de la prière sur le mont du Temple pendant le mois sacré du ramadan musulman et par l’expulsion en suspens de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah.

La police face aux manifestants du groupe extrémiste juif Lehava à la porte de Damas, à Jérusalem, le 22 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le chef de Lehava, Gopstein, a été arrêté dans le passé à un certain nombre d’occasions et il a fait l’objet d’enquêtes pour des propos tenus contre les non-Juifs – notamment pour un article dans lequel il avait qualifié les chrétiens vivant en Israël de « vampires ».

Il avait été aussi arrêté peu après que des membres de son organisation avaient tenté d’incendier une école judéo-arabe à Jérusalem, au mois de novembre 2014. Il n’avait pas été mis en examen mais trois membres de Lehava avaient été reconnus coupables de cet acte et condamnés.

Plus récemment, Gopstein a essayé de se lancer en politique sous l’étiquette Otzma Yehudit mais la Cour suprême lui a interdit de se présenter en 2019, en raison de discours prouvant « sans équivoque » qu’il « se livre à des incitations racistes systématiques à l’encontre du public arabe ».

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