Le mystère Dahlan: L’officiel palestinien qui ne dénonce pas l’accord Israël-EAU
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Le mystère Dahlan: L’officiel palestinien qui ne dénonce pas l’accord Israël-EAU

Certains responsables palestiniens pensent que l'ancien proche d'Abbas, soutenu par les Emirats arabes unis, aurait été impliqué dans le pacte

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et  Mohammad Dahlan, à gauche, quittent une conférence de presse en Egypte, en février 2007 (Crédit : AP/Amr Nabil)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et Mohammad Dahlan, à gauche, quittent une conférence de presse en Egypte, en février 2007 (Crédit : AP/Amr Nabil)

D’éminentes personnalités de la politique palestinienne ont condamné l’accord de normalisation entre Israël et les Emirats arabes unis, le qualifiant de trahison. L’Autorité palestinienne elle-même a évoqué un pacte de normalisation « méprisable » et réclamé son abrogation. Saeb Erekat, négociateur palestinien, a pour sa part déclaré que « jamais je n’aurais pu penser qu’un tel coup de poignard empoisonné puisse venir d’un pays arabe ».

Mais il n’y a eu aucune condamnation de ce type du côté de Mohammad Dahlan, ancien leader du Fatah, ex-chef de la sécurité préventive à Gaza et qui a occupé le siège de ministre de la Sécurité de l’AP. L’homme vit aujourd’hui aux Emirats depuis qu’il a été expulsé de la Cisjordanie, en 2011, suite à un conflit politique amer et sanglant avec les dirigeants actuels de l’AP.

Dahlan est largement considéré comme un rival sérieux et comme un successeur potentiel du président de longue date de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Si les sondages réalisés auprès des Palestiniens peuvent donner une quelconque indication, c’est celle que Dahlan n’est clairement pas aussi populaire que d’autres rivaux de Mahmoud Abbas, ne glanant que 6 % d’intention des votes dans une enquête pré-électorale – largement à la traîne derrière d’autres successeurs potentiels d’Abbas : Marwan Barghouti, du Tanzim, et Ismail Haniyeh, du Hamas.

Mohammed Dahlan lors d’un entretien avec l’AP à son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 janvier 2011 (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed, File)

Mais Dahlan conserve des fidèles dans la bande de Gaza – il y est né – et il a gagné un protecteur régional dont la force ne cesse de se développer : Les Emirats arabes unis. Depuis qu’il s’est installé là-bas, en 2011, il est devenu un important conseiller du chef des EAU, Mohammed Bin Zayed al-Nahyan.

Après l’annonce par les Emirats de la normalisation avec Israël, le Courant de réforme démocratique – le mouvement affilié à Dahlan au sein du Fatah – a émis un communiqué minutieusement formulé disant qu’il avait « suivi l’accord avec un intérêt extrême ». Le positionnement de cette faction pro-Dahlan peut sembler être un salut hésitant du pacte, ou une démonstration de neutralité stratégique – mais certainement pas une condamnation.

« Nous nous souvenons du rôle historique joué par les EAU dans le soutien apporté à notre ferme ténacité et à notre révolution, ainsi que son soutien constant dans notre lutte pour la liberté… Nous espérons que les Emirats sauront toujours respecter les intérêts palestiniens et qu’ils emploieront toutes leurs relations dans le cadre d’une stratégie qui visera à mettre un terme à l’occupation », a continué le communiqué du Courant de réforme démocratique.

A Ramallah, toutefois, certains responsables disent avoir la conviction que Dahlan a été directement impliqué dans l’accord de normalisation.

« Dahlan a déjà agi, dans le passé, contre les intérêts de son peuple et de sa patrie », a déclaré Nabil Shaath, conseiller de Abbas, au site al-Khaleej Online. « Il a aussi joué un rôle dans l’accord entre Israël et les Emirats arabes unis – qui ouvre la route à une normalisation totale – et il devrait en avoir honte ».

Des rumeurs qui restent encore infondées avaient d’ores et déjà circulé au mois de juin, affirmant que Dahlan avait joué un rôle dans la livraison de deux cargaisons d’aide humanitaire en pleine période de coronavirus. Une aide qui, selon Abou Dhabi, était destinée aux Palestiniens, qui l’avaient rejetée à ce moment-là, disant que l’initiative n’avait pas été coordonnée avec eux.

Les liens entre les EAU et l’Autorité palestinienne avaient été gelés en 2012 même si l’AP conserve un ambassadeur dans le pays (qui aurait été néanmoins rappelé jeudi après l’annonce de l’accord de normalisation par le président américain Donald Trump). La dernière visite d’Abbas aux Emirats remonte à 2011, où il avait rencontré le prince héritier émirati Muhammed bin Zayed à Abou Dhabi.

Les EAU, qui étaient autrefois une source de financement majeure pour l’AP, a arrêté de transmettre des fonds il y a longtemps au gouvernement de Ramallah. Les registres du ministère des Finances de l’AP – qui sont consultables par le public – montrent que les Emirats arabes unis avaient envoyé 87,8 millions de dollars en moyenne par an à l’Autorité palestinienne entre 2008 et 2013. En 2014, l’argent avait cessé d’entrer dans les coffres de l’AP. Les EAU avaient préféré verser leurs liquidités à des institutions indépendantes, comme les Nations unies.

Des milliers de Palestiniens – et notamment certains qui sont en possession de passeports de l’AP – continuent à vivre et à travailler aux Emirats.

Des observateurs avaient attribué la responsabilité de la détérioration des relations à Dahlan. Depuis le début de son exil aux EAU, l’AP a enquêté et l’a inculpé pour plusieurs délits, notamment pour corruption présumée. Il a été jugé par contumace par un tribunal palestinien en 2016 et il a été condamné à trois ans de prison.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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