Le nombre d’Israéliens pauvres a bondi de 50 % depuis le début du virus – Latet
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Le nombre d’Israéliens pauvres a bondi de 50 % depuis le début du virus – Latet

L'ONG Latet dit que 143 000 familles ont sombré dans l'insécurité alimentaire ; les enfants défavorisés manquent de leçons et de repas et ont honte de leur mode de vie

Un homme fouille dans une belle à ordures dans le centre de Jérusalem, le 17 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un homme fouille dans une belle à ordures dans le centre de Jérusalem, le 17 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plus d’un quart de million de foyers israéliens ont chuté en-deçà du seuil de pauvreté depuis le début de la pandémie de coronavirus, ce qui représente une hausse de presque 50 %, a révélé une étude publiée mercredi.

Selon un rapport établi par l’organisation à but non-lucratif Latet, le pourcentage de foyers israéliens vivant dans la pauvreté est passé de 20,1 % à 29,3 % en 2020.

Des pourcentages qui révèlent que 850 000 foyers, selon les estimations, manquent d’un logement, d’éducation, de soins de santé et d’alimentation de base. 268 000 d’entre eux sont tombés sous le seuil de pauvreté depuis le début de la pandémie, cette année.

Latet travaille dans la lutte contre la pauvreté et contre l’insécurité alimentaire et soutient 70 000 familles nécessiteuses, chaque année, par le biais d’un réseau caritatif. Selon son rapport, environ 143 000 familles ont rejoint les 531 000 qui souffraient déjà d’insécurité alimentaire avant la crise. 34 000 de ces foyers récemment tombés dans la pauvreté vivent dorénavant dans une situation critique.

L’insécurité alimentaire se définie par l’incapacité à garantir un approvisionnement en nourriture susceptible de contenir tous les éléments nutritionnels nécessaires pour un développement approprié et pour une bonne santé. Si elle peut mener à la malnutrition, ce n’est pourtant pas la même chose. L’insécurité alimentaire est l’une des premières causes de l’obésité et elle est étroitement liée à la maladie et à la vulnérabilités et à des pathologies telles que la COVID-19.

Selon le rapport, environ 442 000 foyers, ce qui représente 14,5 % des ménages du pays, ont rejoint les 699 000 familles (24,1 %) qui souffraient d’ores et déjà d’une forme ou d’une autre de détresse économique.

Le rapport national sur la pauvreté, en Israël, ne se base que sur le revenu mais le rapport alternatif de Latet mesure la pauvreté en fonction des familles qui manquent des besoins essentiels – logement, éducation, soins de santé, insécurité alimentaire ou capacité d’assumer le coût de la vie.

Latet livre de l’aide alimentaire aux plus pauvres. (Autorisation : Latet)

Les chiffres de l’insécurité alimentaire produits par Latet sont bien plus élevés que ceux qui avaient été estimés par Leket, une autre importante organisation caritative. Le mois dernier, Leket avait suggéré que la pandémie ajouterait 145 000 personnes au 1,87 million d’Israéliens (ce qui correspond à 145 000 foyers) qui se trouvaient d’ores et déjà en situation d’insécurité alimentaire.

Mais tandis que Latet a mené et analysé plusieurs questionnaires, Leket avait posé ses prédictions sur la base des chiffres de l’Institut national d’assurances portant sur l’impact de la pandémie sur les revenus. Aujourd’hui, presque un million de personnes sont soit au chômage, soit en congé sans solde, indiquent les données.

La dernière enquête de l’Institut national d’assurances consacrée à l’insécurité alimentaire avait été réalisée en 2016 et son dernier rapport sur la pauvreté avait été rendu public l’année dernière, sur la base des données de 2018. Il collecterait actuellement des données sur l’insécurité alimentaire pour rédiger une étude réactualisée.

Comme l’avait fait savoir, le mois dernier, le Times of Israel, les organisations caritatives endossent la plus grande partie du fardeau de l’insécurité alimentaire en Israël, alors que l’absence de financement gouvernemental laisse les services sociaux largement impuissants et incapables d’apporter une éventuelle réponse au problème.

« Le coût de la vie en augmentation associé à la baisse des salaires et au manque de politique de redistribution ronge la classe moyenne, blesse les populations défavorisées, élargit les écarts et limite les perspectives de mobilité sociale », estime Latet.

Des bénévoles de l’association Latet achètent des produits alimentaires de base pour les distribuer aux populations défavorisées. (Autorisation : Latet)

L’association appelle le gouvernement à allouer avant tout au moins 225 millions de shekels au budget de l’Etat de base pour venir en aide à au moins un cinquième des familles qui vivent des situations sévères d’insécurité alimentaire.

Trois mesures d’évaluation de la pauvreté

La recherche de Latet a utilisé trois instruments de mesure pour évaluer la détresse économique : le revenu – la pauvreté est officiellement définie lorsque le revenu net est en-dessous des 50 % du revenu disponible moyen (il est actuellement de 6 000 shekels) ; les évaluations subjectives des familles à bas revenu ; et l’incapacité à acheter des produits de base dans au moins trois catégories déterminées, comme l’alimentation, les médicaments et les fournitures scolaires.

Un homme mendie sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 9 avril 2018. (Crédit : Liba Farkash/FLASH90)

Le pourcentage de familles pauvres et qui vivaient déjà sans produits alimentaires de base avant la COVID-19 a presque triplé sous le poids de la crise, a noté Latet.

La moitié des répondants à un questionnaire ont fait part de difficultés économiques graves résultant directement de l’épidémie.

Un tiers d’entre eux a déclaré ne pas avoir de diplôme universitaire.

Sur tous ces Israéliens en souffrance et en attente d’un soutien externe, 24 % d’entre eux n’ont pas bénéficié d’aucune aide.

« Les plus vulnérables sont aussi les plus exposés »

Notant que les répercussions économiques de la pandémie approfondissent les inégalités sur le marché du travail, et que les populations les plus vulnérables sont aussi les plus exposées, Latet conclut que parmi les familles qui étaient en situation d’insécurité alimentaire et qui bénéficiaient d’une aide avant la COVID-19, plus de huit foyers sur dix ont fait savoir qu’elles n’avaient dorénavant plus assez d’argent pour acheter de l’alimentation en quantité suffisante. Un tiers a indiqué que leurs enfants devaient sauter des repas ou se contenter de portions réduites.

Un homme fouille une poubelle à Jérusalem, le 23 juillet 2017. (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

Ces familles dépensent en moyenne 7 750 shekels par mois pour pouvoir répondre à tous leurs besoins alors que leurs revenus totalisent seulement 5 104 shekels. Plus de la moitié (55,6 %) disent que leur endettement a grimpé en flèche en résultat de la crise – un chiffre à comparer avec celui de la population générale, à un peu moins de 30 %.

Trois-quarts des foyers (73,9 %) expliquent que leurs enfants n’ont pas eu accès à un ordinateur pour travailler à distance (en comparaison avec un tiers de la population générale) et trois ménages sur dix ont admis que leurs enfants avaient manqué des cours parce qu’ils avaient dû travailler pour apporter un supplément au revenu de la famille.

Un quart de ces familles a indiqué que les activités sociales de leurs enfants étaient devenues plus difficiles parce qu’ils avaient trop honte d’inviter des amis chez eux.

De l’autre côté de la catégorie des âges, plus de 91 % des personnes âgées qui bénéficient d’une aide ont indiqué que leurs retraites n’étaient pas suffisantes pour acheter les produits essentiels à une vie digne.

La firme de recherche et de conseil ERI s’est intéressée, pour le compte de Latet, aux difficultés économiques, interrogeant 1 350 personnes âgées de 18 ans et plus au mois d’octobre 2020, avec une marge d’erreur maximale de 2,7 %.

Pour avoir un point de vue plus profond sur l’insécurité alimentaire, la firme de recherche marketing Rotemar a analysé des séries distinctes de données datant du début de l’année établies à partir d’entretiens avec 1 196 personnes bénéficiant d’une aide alimentaire, 119 directeurs d’ONG et 153 représentants du public israélien.

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