Le nouveau Conseil de sécurité est légèrement mieux pour Israël, mais ne change pas la donne
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Analyse

Le nouveau Conseil de sécurité est légèrement mieux pour Israël, mais ne change pas la donne

La situation de Jérusalem au sein de l’institution cruciale de l’ONU reste volatile avec l’entrée de la Suède, le premier état de l’UE à avoir reconnu la “Palestine”, mais le Kazakhstan fournit une entrée diplomatique

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Conseil de sécurité de l'ONU se prononce sur une résolution en faveur d'un Etat palestinien, le 30 décembre 2014. La résolution a été rejetée. (Crédit : ONU/Evan Schneider)
Le Conseil de sécurité de l'ONU se prononce sur une résolution en faveur d'un Etat palestinien, le 30 décembre 2014. La résolution a été rejetée. (Crédit : ONU/Evan Schneider)

Le changement qui s’est produit la semaine dernière au sein du Conseil de sécurité des Nations unies promet une situation légèrement meilleure à Jérusalem, même si l’archi-critique Suède fait partie des nouveaux membres, mais la nouvelle composition ne changera probablement pas la balance des pouvoirs sur les sujets liés au processus de paix avec les Palestiniens.

Cinq nouveaux membres ont été élus au sein de l’institution qui prend les décisions cruciales : la Bolivie, l’Ethiopie, la Suède, et le Kazakhstan ; ainsi que l’Italie et les Pays-Bas, qui ont reçu le même nombre de voix et ont décidé de se partager le mandat de deux ans (l’Italie prendra 2017, les Pays-Bas 2018).

Au final, le nouveau Conseil de sécurité, qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2017, ne va probablement pas améliorer ou empirer les chances des Palestiniens de faire avancer des résolutions unilatérales contre Israël.

Les diplomates israéliens sont certains d’être consternés par la Suède, le premier pays d’Europe occidentale à avoir officiellement reconnu un Etat palestinien, qui gagne un siège au Conseil, l’un des rares organes de l’univers onusien dont les décisions sont contraignantes.

Les relations avec Stockholm, qui remplace l’Espagne, ont également été particulièrement sulfureuses en raison des remarques controversées de Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères. Elle avait appelé à une enquête sur les Israéliens, qui exécutaient selon elle ostensiblement les assaillants palestiniens pendant la récente vague de terrorisme, scandalisant les Israéliens.

Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, dans son bureau à Stockholm, le 31 octobre 2014. (Crédit : AFP/Jonathan Nackstrand)
Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, dans son bureau à Stockholm, le 31 octobre 2014. (Crédit : AFP/Jonathan Nackstrand)

« C’est définitivement mauvais, et cela isole Israël de manière absurde », avait déclaré en début d’année le Premier ministre Benjamin Netanyahu en faisant référence aux remarques de Wallström. « Je n’ai pas examiné les motivations de cette ministre. Je vous le dis simplement, c’est scandaleux, c’est immoral, et c’est stupide. »

Ramallah est pour sa part ravi de l’élection de la Suède. Un responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a suggéré sur Twitter que la politique étrangère de Stockholm, dont la reconnaissance d’un état palestinien, « marche mieux » que ce que les critiques ont affirmé.

La campagne de la Suède pour un siège au Conseil de sécurité s’est concentrée sur les sujets de « paix » et de stabilité, mais dans un article que Wallström a écrit après avoir gagné le vote, elle n’a pas détaillé d’initiatives particulières concernant le conflit israélo-palestinien.

« Notre politique au Moyen Orient promeut un processus de paix qui mènera à une solution à deux états et à la fin de la sauvagerie impitoyable de Daesh », a-t-elle écrit, utilisant l’acronyme arabe du groupe terroriste Etat islamique (EI).

L’Italie et les Pays-Bas, considérés comme de bons amis d’Israël, vont contrebalancer l’arrivée de la Suède pour Jérusalem. Les deux états membres de l’Union européenne (UE) remplacent la Nouvelle Zélande, qui a ouvertement joué avec la possibilité de lancer sa propre initiative pour relancer le processus de paix, une idée à laquelle Jérusalem s’est farouchement opposé.

L’élection de l’Ethiopie, qui remplace l’Angola, est aussi une bonne nouvelle pour Jérusalem. Israël a des relations chaleureuses avec la nation d’Afrique de l’Est. La visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Addis Abeba cette semaine devrait renforcer encore cette relation.

Le Kazakhstan remplace la Malaisie, et bien qu’il soit probable qu’Astana suive la direction de Moscou dans les votes du Conseil de sécurité et soutienne toutes les initiatives palestiniennes, Jérusalem a au moins de bonnes relations avec le Kazakhstan, et un ambassadeur à temps plein à Astana. Netanyahu prévoirait une visite dans l’année au pays d’Asie centrale, même si son bureau n’a pas confirmé un tel projet. (Israël a une relation économique mais pas de relation diplomatique officielle avec Kuala Lumpur.)

US legislators have asked Bolivian President Evo Morales to intervene in a case that has resulted in corruption charges against his own officials. (Photo credit: CC BY/Sebastian Baryli via Flickr.com)
Evo Morales, le président bolivien. (Crédit : CC BY/Sebastian Baryli via Flickr.com)

La Bolivie remplace le Venezuela, ce qui signifie qu’un pays qui n’a pas de relations diplomatiques avec Israël en remplace un autre dans la même situation. Mais bien que le dirigeant bolivien Evo Morales ait qualifié Israël d’ « état terroriste » qui commet un « génocide » contre les Palestiniens, le mandat de la Bolivie au Conseil de sécurité ne sera probablement pas plus difficile pour Israël que celui du Venezuela, qui a utilisé sa position pour lancer des attaques agressives répétées contre l’Etat juif.

Cela étant dit, la position d’Israël au Conseil de sécurité restera probablement extrêmement volatile en 2017.

De nouveaux efforts palestiniens pour faire voter une résolution appelant au retrait israélien de Cisjordanie en suivant les lignes de 1967 devraient rassembler neuf votes sur les 15 membres du Conseil. Si cela devait arriver, l’un de ses cinq membres permanents (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, et Russie) pourrait apposer son véto à la résolution.

Il est certain que la Chine, la Russie, l’Egypte, le Sénégal, la Bolivie, la France, la Suède et le Kazakhstan soutiendront n’importe quel texte palestinien. Ce que voteront les membres restants du Conseil (Royaume-Uni, Ethiopie, Italie, Japon, Ukraine et Uruguay) dépendra de la formulation de la résolution et de l’efficacité de la diplomatie israélienne à New York et dans les capitales concernées.

Les Etats-Unis, qui ont traditionnellement rejeté les résolutions du Conseil de sécurité ciblant Israël, restent un acteur crucial de toute confrontation diplomatique à Turtle Bay [quartier de New York où se situe le siège de l’ONU].

Alors que les responsables de l’administration promettent de continuer à s’opposer au traitement injuste de l’Etat juif à l’ONU, Jérusalem s’inquiète que le président américain Barack Obama n’utilise la période entre les élections présidentielles américaines en novembre et la fin de son mandat en janvier pour laisser sa marque sur le conflit israélo-palestinien, peut-être en soutenant une résolution au Conseil de sécurité.

L’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, a déclaré la semaine dernière à la radio publique israélienne que ses collègues américains continuaient à l’assurer de leur position de longue date contre les efforts pour internationaliser le conflit, « mais c’est mon travail de m’inquiéter », a-t-il dit.

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