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Le parquet militaire rejette l’accord de plaidoyer pour Dan Sharoni

Cette décision fait suite à des réunions entre le procureur en chef et les victimes du lieutenant-colonel, accusé d'avoir filmé secrètement des dizaines de subordonnées

Le lieutenant-colonel Dan Sharoni, accusé de délits sexuels, arrivant pour une audience au tribunal militaire de Beit Lid, le 24 juillet 2022. (Crédit : Flash90)
Le lieutenant-colonel Dan Sharoni, accusé de délits sexuels, arrivant pour une audience au tribunal militaire de Beit Lid, le 24 juillet 2022. (Crédit : Flash90)

Le parquet militaire de Tsahal a annoncé son intention de renoncer à un accord de plaidoyer avec un officier de Tsahal qui aurait filmé ses subordonnées féminines nues à leur insu, suite à l’opposition de nombreuses victimes.

Le lieutenant-colonel Dan Sharoni est jugé pour 79 chefs d’accusation de délits sexuels.

En décembre, Sharoni a été inculpé pour avoir filmé à leur insu des dizaines de ses subordonnées féminines alors qu’elles étaient nues et pour avoir recueilli des images sexuelles de soldats et de certains civils pendant au moins huit ans.

L’armée a informé les avocats de Sharoni de son intention dimanche et a déclaré qu’une nouvelle audience sur l’affaire aurait lieu le 14 septembre.

« La décision est le résultat de l’opposition inébranlable des victimes », ont déclaré conjointement les avocats représentant plusieurs des victimes, notant que « la crédibilité et l’intégrité d’un système se mesurent à la capacité de reconnaître les erreurs et de les corriger ».

La décision intervient après que la procureure en chef Yifat Tomer-Yerushalmi a tenu une série de réunions avec les victimes pour présenter les termes de l’accord de plaidoyer possible.

Selon la chaîne publique israélienne Kan, si beaucoup s’y sont opposés, certaines victimes ont soutenu l’accord, selon lequel Sharoni reconnaîtrait les charges et serait condamné à plusieurs années de prison, serait rétrogradé au rang de simple soldat et serait tenu de verser des indemnités aux 49 victimes, pour un montant total de 250 000 shekels.

Toutefois, l’accord prévoit que les membres de la famille de Sharoni puissent bénéficier d’une importante pension militaire, bien qu’il soit à deux ans de l’âge requis pour bénéficier d’une pension militaire.

Les pensions militaires sont généreuses et, comme elles sont accordées à partir de 46 ans, elles donnent aux officiers la possibilité d’entamer une deuxième carrière en plus de cette confortable retraite.

L’accord prévoit également la possibilité pour Sharoni de purger sa peine en résidence surveillée, ce qui lui permettrait de suivre un programme de réhabilitation.

Son procès a été programmé pour avril 2024, selon les informations israéliennes.

Le lieutenant-colonel Dan Sharoni, un officier de Tsahal accusé d’avoir filmé secrètement ses soldates, lors d’une audience au tribunal militaire de Tel Aviv, le 5 décembre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Suite à cette annonce, les avocats de Sharoni ont déclaré au site d’information Ynet qu’ils avaient l’intention de faire appel au procureur général pour que l’affaire soit transférée à un tribunal civil.

« Il semble que nous ne pouvons pas obtenir une audience équitable dans un tribunal militaire », a estimé l’avocate Adi Eisner.

« Malheureusement, le bureau du procureur militaire néglige les considérations de réhabilitation, de gestion efficace de la procédure et même le désir d’épargner à tous les plaignants la nécessité de témoigner devant le tribunal, et nous impose au contraire des procédures longues et complexes », a-t-elle ajouté.

En décembre, le lieutenant-colonel Dan Sharoni a été inculpé pour avoir utilisé des caméras cachées, certaines dissimulées à l’intérieur de chargeurs de téléphone, pour filmer des soldats placés sous son commandement, dans les casernes et dans les douches. Il est également accusé de s’être emparé des téléphones des soldats, pour des motifs spécieux, et d’en avoir consulté le contenu, à la recherche de photos nues ou intimes, qu’il aurait copiées sur son propre téléphone.

L’acte d’accusation recense les cas de 49 victimes, femmes et hommes, mais il pourrait y en avoir eu bien davantage. La majorité sont des soldats, mais il a également filmé à leur insu des civils car il avait installé des caméras dans plusieurs maisons, dont la sienne. On lui reproche en outre d’être entré dans la chambre de certaines de ses victimes pendant leur sommeil et de s’être masturbé en les filmant.

Selon l’acte d’accusation, Sharoni aurait commis ses exactions entre 2013 à 2021, au sein de trois unités de l’armée.

Dans de nombreux cas, les victimes étaient des soldats et des officiers avec lesquels Sharoni entretenait des relations étroites.

Sharoni a été démis de ses fonctions et est en prison depuis son arrestation en novembre.

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