Israël enquête sur Teva pour des accusations de corruption
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Israël enquête sur Teva pour des accusations de corruption

Le géant pharmaceutique a conclu un accord avec la justice américaine pour des pots-de-vin versés à des responsables russes, mexicains et ukrainiens

Les bureaux de la société pharmaceutique israélienne Teva Pharmaceuticals, à Jérusalem, en octobre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les bureaux de la société pharmaceutique israélienne Teva Pharmaceuticals, à Jérusalem, en octobre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le numéro un mondial des médicaments génériques, Teva Pharmaceutical Industries, est visé par une enquête de police en Israël pour des faits présumés de pots-de-vin versés à des responsables étrangers, a indiqué la compagnie mercredi. L’entreprise est soupçonnée d’avoir corrompu des responsables en Russie, en Ukraine et au Mexique, selon Teva.

Ces investigations ajoutent aux vicissitudes de l’Israélien Teva qui a annoncé mardi la démission de son PDG Erez Vigodman, après seulement trois ans à la tête de l’entreprise.

« Une enquête est en cours en Israël concernant les mêmes problèmes qui ont conduit à un arrangement avec les autorités judiciaires américaines », a dit l’entreprise dans un communiqué, confirmant des informations publiées par le quotidien Haaretz.

« Cet accord porte sur des faits qui se sont produits entre 2007 et 2012 et Teva n’emploie plus aucune des personnes impliquées dans les versements inappropriés », selon le texte.

Teva fait référence à la décision des autorités américaines lui infligeant en décembre plus d’un demi-milliard de dollars de pénalités pour des faits de corruption en Russie, Ukraine et au Mexique.

Un ingénieur système israélien surveille une ligne de production à l'usine Teva de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Un ingénieur système israélien surveille une ligne de production à l’usine Teva de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans ces trois pays, Teva aurait versé des pots-de-vin afin « d’accroître ses parts de marché » et obtenir des autorisations de commercialisation de ses médicaments, lui permettant d’engranger 214 millions de dollars de bénéfices « illicites », avaient alors affirmé le ministère américain de la Justice et l’autorité de surveillance de Wall Street.

Une loi américaine permet de sanctionner des faits de corruption de toute entreprise cotée à Wall Street.

Selon Haaretz qui cite des sources anonymes, la police soupçonne la plus grosse entreprise israélienne, première capitalisation de la bourse de Tel Aviv, d’avoir versé des centaines de millions de pots-de-vin à des responsables étrangers pour s’assurer des marchés, et d’avoir falsifié des documents pour dissimuler ces dessous-de-table.

Les policiers cherchent à savoir si les dirigeants de Teva étaient au courant et avaient fermé les yeux ou s’ils étaient les instigateurs des bakchichs, dit le journal.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole de la police a refusé de confirmer ou de démentir l’information.

La révélation de ces investigations, qui en sont encore à leur début selon Haaretz, est un nouveau coup dur pour Teva, qui a perdu 6,29 % à 32,19 dollars mardi à la bourse de New York. L’action était en baisse de plus de 2,5 % mercredi matin à la bourse de Tel Aviv.

Yitzhak Peterburg a remplacé provisoirement Erez Vigodman à la tête du groupe pharmaceutique, le temps de trouver un nouveau PDG permanent. Vigodman, 57 ans, avait pris ses fonctions en février 2014.

Erez Vigodman, le président israélien et le PDG de Teva Pharmaceutical Industries (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Erez Vigodman, le président israélien et le PDG de Teva Pharmaceutical Industries (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Je crois que le moment est venu pour moi de démissionner », a dit Vigodman dans un communiqué diffusé par le groupe, « diriger Teva fut un privilège, et je suis fier de tout le travail accompli. Je suis convaincu que la compagnie va au-devant d’un avenir brillant. »

Les analystes ont expliqué la démission surprise de Vigodman par une série d’erreurs et de revers qui ont sapé la confiance des investisseurs. Ils ont invoqué notamment une série d’acquisitions dont le point d’orgue fut celle, finalisée en 2016 pour 40 milliards de dollars, d’Actavis Generics, branche générique d’Allergan, l’un des principaux concurrents de Teva, et l’incapacité de Teva à résister à la concurrence de son médicament pour la sclérose en plaque, le Copaxone.

A la fin du mois dernier, Teva a perdu un procès dans lequel elle cherchait à interdire aux versions génériques de son médicament d’entrer sur le marché.

En décembre, les violations présumées de Teva de la loi américaine qui interdit de corrompre un fonctionnaire d’un gouvernement étranger, se sont conclues par une amende de 283 millions de dollars dans le cadre d’un accord avec le département américain de la Justice, et de 236 millions de dollars versés à la Commission des titres et des marchés (SEC), selon Reuters.

L’affaire portait sur des pots-de-vin versés par Teva à un responsable « haut placé du gouvernement russe », qui ont utilisé leur autorité pour renforcer les ventes du Copaxone. Teva a fait plus de 200 millions de dollars de profit et aurait versé 65 millions de dollars au responsable russe entre 2010 et 2012, a annoncé le département de la Justice.

En Ukraine, Teva avait également reconnu avoir versé des pots-de-vin à un haut responsable gouvernemental qui avait accepté de promouvoir les médicaments de Teva. Ces paiements remontent à 2001 et 2011.

Au Mexique, les représentants de Teva versaient des pots-de-vin à des médecins employés par le gouvernement mexicain depuis au moins 2005, selon le département de la Justice.

Teva a déclaré qu’après une enquête interne, toute sa direction russe avait été remplacée, qu’aucun employé de l’entreprise n’était impliqué dans ces versements, et que les ventes aux Etats-Unis n’étaient pas concernées par ce type de comportement.

L’entreprise a également déclaré avoir commencé une enquête sur des faits de corruption après avoir appris les problèmes par ses employés et le gouvernement américain début 2012.

« Bien que le comportement qui a entraîné cette enquête ait pris fin il y a plusieurs années, il est à la fois regrettable et inacceptable, et nous sommes ravis de finalement mettre ce dossier derrière nous », avait déclaré Vigodman à l’époque. « Le Teva d’aujourd’hui est une entreprise fondamentalement différente. »

Selon l’accord cité par Reuters, Teva devra aussi garder un auditeur externe pendant au moins trois ans.

L’entreprise israélienne a fait face à de nombreux problèmes juridiques ces derniers mois, notamment avec des accusations de corruption en Roumanie et une action de classe menée par des investisseurs américains après une autre enquête du département de la Justice portant sur une entente sur le prix avec d’autres entreprises.

D’autre part, les spéculations vont bon train sur une potentielle division de l’entreprise entre ses génériques et sa marque propre. Andy Summers, gérant de portefeuilles chez Janus Capital Management, qui possède des parts de Teva, a déclaré à Bloomberg qu’il préfèrerait une division. Un sentiment similaire a été retrouvé par une étude réalisée auprès des clients d’Evercore ISI, dans laquelle plus de la moitié des répondants ont soutenu la division de Teva, selon l’analyste Umer Raffat, cité par Bloomberg.

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