Le plan de paix de Trump signifie la « liquidation, l’apartheid », selon Erekat
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Le plan de paix de Trump signifie la « liquidation, l’apartheid », selon Erekat

Le haut-responsable palestinien a répondu à des informations qui auraient filtré sur le plan de paix de Trump, et qui mènera selon lui à "la création d'un Etat avec deux systèmes"

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président américain Donald Trump et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)
Le président américain Donald Trump et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)

Le plan pour la paix au Moyen-Orient de l’administration Trump qui doit encore être révélé appelle au maintien du statu-quo entre Israël et les Palestiniens tout en donnant à ces derniers « une autonomie éternelle », a indiqué le secrétaire général de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) Saeb Erekat dans un document politique qu’il a présenté vendredi aux leaders du Fatah.

Le plan mènera de manière effective « à la création d’un état doté de deux systèmes, en légitimant donc l’apartheid et les implantations conformément aux critères américains », a écrit Erekat dans son rapport qui était intitulé : « Pressions du président [Donald] Trump pour la nouvelle phase : Imposer une solution, juin 2017 – mars 2018 ».

Le contenu de ce document politique a été publié par plusieurs médias palestiniens vendredi.

Saeb Erekat, n° 2 de l’Organisation de libération de la Palestine. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le document d’Erekat a été présenté aux membres du conseil révolutionnaire du Fatah au deuxième jour de sa conférence de trois jours organisée à Ramallah et qui a commencé jeudi.

Erekat n’a pas précisé comment il avait obtenu les détails du plan qui, selon les Etats-Unis, n’a pas été finalisé.

« Nous ne devons pas attendre jusqu’à ce que les contours et les contenus de cette liquidation et de ce plan de mise sous pression soient annoncés », a mis en garde Erekat.

« Selon cette nouvelle phase américaine, ceux qui veulent la paix doivent accepter ce que dictent les Etats-Unis et quiconque s’opposera au plan sera considéré comme faisant partie des forces du terrorisme et de l’extrémisme, qui devront être combattues et renvoyées. Pour les Etats-Unis, la modération signifie accepter les règles édictées qui approuvent pleinement les positions adoptées par les gouvernements israéliens successifs ».

Dans son document politique, Erekat a détaillé les « contours » du plan de paix présumé, qu’il a qualifié de « nouvelle phase américaine d’imposition de solutions et de diktats ».

Selon le haut-responsable palestinien, les points principaux abordés par Trump comprennent :

— La reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne et le déplacement de l’ambassade américaine dans la ville. (Ce qui, selon Erekat, reviendra à accepter l’annexion de Jérusalem-Est par Israël).

— L’administration Trump « inventerait » une capitale pour un état palestinien dans une banlieue de Jérusalem (hors des frontières actuelles de la ville).

— L’administration Trump annoncerait d’ici deux à trois mois sa reconnaissance de l’annexion des blocs d’implantation. Trump, selon le rapport, proposerait l’annexion de 10 % de la Cisjordanie tandis que le Premier ministre israélien a prôné l’annexion de 15 % de la région.

— L’administration Trump annoncerait ensuite un concept de sécurité conjoint pour Israël et l’état palestinien en tant que partenaires de paix. Ce concept comprendrait l’établissement d’un état palestinien démilitarisé avec une police dotée de pouvoirs forts, une collaboration bilatérale, régionale et internationale dans le secteur de la sécurité avec la participation de la Jordanie, de l’Egypte et des Etats-Unis tout en laissant la porte ouverte à d’autres pays désireux de la rejoindre ; la présence de forces israéliennes le long du fleuve Jourdain et dans les « collines centrales » de Cisjordanie pour protéger les deux états. De plus, c’est Israël qui assumerait une responsabilité primordiale dans la gestion des cas d’urgence.

— Le plan prévoirait le retrait israélien et un redéploiement graduel hors de la Zone A (actuellement placée sous le contrôle total des Palestiniens) et de la zone B (sous contrôle conjoint) en Cisjordanie, tout en donnant la maîtrise des nouveaux territoires de la Zone C (actuellement sous contrôle israélien) aux Palestiniens, sur la base des performances de l’AP (aucun calendrier n’aurait été fixé). Un état palestinien serait ensuite annoncé dans ces frontières.

— Le monde reconnaîtrait Israël comme foyer du peuple juif.

— Le monde reconnaîtrait l’état palestinien comme foyer des Palestiniens.

— Israël garantirait la liberté de culte en maintenant le statu-quo sur tous les sites religieux.

— Des parties des ports d’Ashdod, de Haïfa et de l’aéroport Ben Gourion seraient allouées à l’utilisation palestinienne mais la responsabilité sécuritaire resterait entre les mains d’Israël.

— Les Palestiniens seraient présents aux carrefours frontaliers internationaux mais la responsabilité en termes de sécurité reviendrait en très grande partie à Israël.

— Les eaux territoriales, les espaces aériens et les ondes électromagnétiques resteraient sous contrôle des Israéliens sans porter préjudice à l’état palestinien.

— Une voie de passage sécurisée serait ouverte entre la Cisjordanie et la bande de Gaza sous souveraineté israélienne.

— Un solution juste serait trouvée sur la question des réfugiés dans le contexte du futur état palestinien.

« Ce sont les contours de l’accord historique que l’administration Trump va chercher à imposer sur les Palestiniens », a dit Erekat dans son rapport.

Les Israéliens et les Palestiniens négocieraient les frontières définitives et les questions de statut final plus tard, dans le cadre d’un calendrier convenu entre les deux parties, a-t-il ajouté.

Au début de la semaine, la Maison Blanche a fait savoir que son plan de paix n’était pas encore terminé et que « personne ne sait en quoi il consiste ».

Un haut-responsable de l’administration Trump a dit au Times of Israel : « Il y a des spéculations et des hypothèses constantes sur ce sur quoi nous travaillons ».

Le responsable répondait à des informations parues dans le journal pan-arabe Asharq al-Awsat, basé à Londres, qui affirmait que le plan de paix de Trump comprendrait la reconnaissance d’un état palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale.

Le porte-parole Josh Raffel a accusé ceux qui se trouvaient derrière cet article – qui citait des sources diplomatiques arabes à Paris – de tenter de critiquer l’administration.

« Il est regrettable que certaines parties cherchent à induire en erreur en ce qui concerne notre plan encore non-achevé, et que ces sources n’ont pas encore vu », a-t-il dit.

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