Le Premier ministre malaisien défend ses propos antisémites passés
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Le Premier ministre malaisien défend ses propos antisémites passés

Une étudiante juive de l'université Columbia a interrogé Mahathir Mohamad sur ses propos selon lesquels il est "heureux d'être qualifié d'antisémite"

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo du Premier ministre malais Mahathir Mohamad durant un débat organisé par la Cambridge Union durant lequel il a tenu des propos considérés comme antisémites. (Crédit : YouTube)
Capture d'écran d'une vidéo du Premier ministre malais Mahathir Mohamad durant un débat organisé par la Cambridge Union durant lequel il a tenu des propos considérés comme antisémites. (Crédit : YouTube)

À l’Université Columbia, une étudiante juive a interrogé mercredi le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad sur ses déclarations passées selon lesquelles il est « heureux d’être qualifié d’antisémite », niant par ailleurs que six millions de Juifs ont été tués pendant la Shoah.

« J’exerce mon droit à la liberté d’expression », a déclaré Mohamad aux étudiants.

« Pourquoi est-ce que je ne peux pas dire quelque chose contre les Juifs alors que beaucoup de gens disent du mal de moi, de la Malaisie ? »

Mohamad, qui s’exprimait lors du Forum des dirigeants du monde, a appelé les Juifs « nez crochus », les a accusés de « dominer le monde par procuration » et remis en cause le nombre de Juifs tués pendant la Shoah.

Le dirigeant de 94 ans est revenu à la tête du gouvernement malaisien l’année dernière après avoir officié comme Premier ministre de 1981 à 2003.

En réponse à la question d’une étudiante qui s’est présentée comme étant membre d’une association étudiante pro-Israël, Mohamad a démenti avoir remis en doute le nombre de Juifs décimés, avant de le faire à nouveau.

« Je ne l’ai pas contesté, mais j’ai demandé ‘Qui a déterminé ces chiffres ?’. Si c’est quelqu’un de favorable, il vous donnera un chiffre, si c’est quelqu’un qui est défavorable, il vous en donnera un autre », a-t-il déclaré.

« Je reconnais l’existence de la Shoah, que de nombreux Juifs ont été tués, d’ailleurs j’avais beaucoup d’empathie pour eux à un moment pendant la guerre, quand vous n’étiez pas née, mais que moi j’ai connue. »

C’est là que l’étudiante qui l’avait interrogé l’a interrompu, lui faisant savoir que sa grand-mère avait été victime de la Shoah. Mohamad a refusé de poursuivre sur le sujet.

Mohamad a exprimer sa sympathie pour d’autres minorités prises pour cible, condamnant la Birmanie pour sa persécution des Rohingyas musulmans et reprochant l’inaction de la communauté internationale lors du génocide cambodgien qui a fait plus d’un million de morts.

Le Premier ministre a parlé pendant 25 minutes du multilatéralisme et des relations entre la Malaisie et ses voisins avec Lien-Hang Nguyen, professeure d’histoire associée de l’université, qui animait la discussion. Elle n’a pas abordé les propos antisémites de son interlocuteur.

Mais Vishakha Desai, une haute conseillère du président de Columbia, Lee Bollinger, les a, elle, évoqués dans sa présentation du dirigeant malaisien. Elle a également rappelé la décision de son pays l’année dernière d’interdire les athlètes israéliens de participer aux Mondiaux 2019 de natation paralympique. Le Comité international paralympique avait alors retiré à la Malaisie l’organisation de l’événement.

« De toute évidence, de tels comportements sont parfaitement contraires à nos valeurs », a assuré Vishakha Desai.

Elle a évoqué une lettre de Lee Bollinger dans laquelle il a défendu la présence du chef d’État à l’université, tout en qualifiant ses propos « [d’]ignobles » et assurant s’engager à garantir « la sécurité et le bien-être » des étudiants juifs. Columbia s’est attirée les critiques de l’organisation Hillel, de groupes pro-Israël et de l’Anti-Defamation League pour avoir invité Mohamad.

Environ 300 personnes ont participé à l’événement, d’après la porte-parole de l’université, Caroline Adelman. La chancelière autrichienne Brigitte Bierlein, la reine Mathilde de Belgique et le président irakien, Barham Salih, sont également attendus cette semaine pour le forum.

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