Le procureur général s’exprime sur sa décision d’inculper Netanyahu
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Le procureur général s’exprime sur sa décision d’inculper Netanyahu

Après les accusations de Netanyahu, à savoir, que ses inculpations seraient motivées politiquement, Avichai Mandelblit parle de victoire pour l'État de droit en Israël

Le procureur général Avichai Mendelblit (à gauche) et le procureur Shai Nitzan assistent à une conférence du ministère de la Justice à Tel-Aviv, le 21 décembre 2016. (Tomer Neuberg / Flash90)
Le procureur général Avichai Mendelblit (à gauche) et le procureur Shai Nitzan assistent à une conférence du ministère de la Justice à Tel-Aviv, le 21 décembre 2016. (Tomer Neuberg / Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit a salué le travail des procureurs dans les enquêtes pour corruption qui impliquent le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Selon un reportage de la télévision israélienne diffusé vendredi, il a décrit sa décision d’inculper le Premier ministre comme une victoire pour l’état de droit.

Jeudi, il a annoncé son intention d’inculper Benjamin Netanyahu en vue d’une audience dans trois affaires criminelles distinctes pour fraude, corruption et abus de confiance, six semaines à l’approche des élections du 9 avril.

Suite à l’annonce, il a envoyé une lettre à l’équipe juridique qui a supervisé l’enquête pour les remercier de leur travail dans ces dossiers, selon la Douzième chaîne d’information.

« Ce n’est clairement pas un jour joyeux, mais c’est un jour très important pour une société qui défend l’État de droit », a écrit Mandelblit dans la lettre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans ce qui semblait être une référence à d’éventuels désaccords entre lui et des procureurs de haut rang sur la qualification de corruption de l’une des affaires, Mandelblit – ancien secrétaire de cabinet de Netanyahu – a souligné que les divergences relevaient seulement de considérations professionnelles.

« Même quand il y a eu des désaccords, ils étaient de bonne foi, afin de prendre la meilleure décision. Les délibérations ont été exemplaires », a-t-il écrit.

« Sans votre travail professionnel et dévoué, je n’aurais pas été capable d’accomplir mon devoir envers les citoyens d’Israël et l’État de droit, comme je l’ai fait aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Le procureur aurait également salué, en particulier, le procureur d’État Shai Nitzan et la chef du service des impôts et des finances du procureur d’État Liat Ben-Ari, procureur en chef dans les affaires de Netanyahu. Dans un discours de jeudi soir, le Premier ministre avait accusé les deux juges de vouloir lui nuire pour des raisons politiques.

« Des remerciements spéciaux pour mon partenaire, le procureur d’État Shai Nitzan. Le travail du bureau du procureur d’État doit être mené d’une main ferme et dans la plus grande perspicacité en raison des impératifs de lutte contre la corruption », a-t-il dit.

Liat Ben-Ari (Copie d’écran YouTube).

« Je voudrais rendre un hommage spécial à une personne clef… qui s’est occupée de la plus grande partie de ce travail avec talent et courage, Liat Ben-Ari », a ajouté Mandelblit.

Jeudi soir, le ministère de la Justice a rejeté les commentaires de Netanyahu mettant en doute l’intégrité de Nitzan et Ben-Ari, qualifiant les affirmations du Premier ministre comme étant « infondées et trompeuses ».

Vendredi soir, Eran Shendar, un ancien procureur d’État, a sèchement recadré Benjamin Netanyahu pour s’en être pris aux deux magistrats.

« Le Premier ministre a décidé de brûler le club – le club de l’État de droit – afin de sauver son image publique », a déclaré Shendar à la Douzième chaîne.

Celui qui a servi de procureur d’État de 2004 à 2007 a également rejeté la critique formulée par Netanyahu selon laquelle les procureurs auraient annoncé leur décision juste avant les élections. Il a indiqué que c’était le Premier ministre lui-même qui avait appelé à dissoudre la Knesset entraînant ainsi des élections anticipées.

« Celui qui décide des élections, c’est le Premier ministre Netanyahu », a-t-il déclaré, décrivant la décision de ce dernier de « pari risqué ».

Même si la décision n’est pas définitive, l’appel de Mandelblit à inculper Netanyahu constitue le premier cas de l’histoire d’Israël où un Premier ministre en fonction est visé par des charges criminelles. Cela complique encore plus sa campagne de réélection.

Netanyahu aura la possibilité de renverser la décision lors d’une audience qui doit avoir lieu dans les mois qui suivent le Jour du vote le 9 avril. Le processus pourrait prendre jusqu’à un an.

Le Premier ministre a nié, à de nombreuses reprises, toute malversation et a affirmé que les enquêtes correspondaient à la volonté des médias et de la gauche israélienne de l’évincer du pouvoir.

Dans l’Affaire 1 000, dans laquelle Netanyahu aurait reçu des cadeaux et des avantages de bienfaiteurs milliardaires dont le producteur d’Hollywood né en Israël Arnon Milchan en échange de faveurs, Mandelblit a l’intention d’inculper Netanyahu de fraude et abus de confiance. L’abus de confiance est une notion assez obscure. Elle concerne un représentant de l’Etat qui abuse de la confiance que le public a placé en lui. Le producteur, lui, n’a pas été inculpé.

Dans l’Affaire 2 000, impliquant des accusations que Netanyahu se serait entendu avec Arnon Mozes, propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, pour affaiblir un quotidien rival en échange d’un couverture favorable de la part du Yedioth. Mandelblit veut poursuivre le Premier ministre pour abus de confiance, tandis que Mozes sera poursuivi pour corruption.

Dans l’affaire 4 000, très largement vue comme la plus grave contre le Premier ministre, Netanyahu est accusé d’avoir défendu des décisions de régulation qui auraient profité à Shaul Elovitch, l’actionnaire principal du géant des télécommunications Bezeq, en échange d’une couverture positive sur son site internet Walla. Dans cette affaire, Mandelblit annoncé qu’il avait l’intention d’inculper à la fois Netanyahu et Elovitch pour corruption.

David Sharan à l’audience de renvoi au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 3 septembre 2017 (Crédit : Flash90)

Selon des reportages télévisés de vendredi sur la Treizième chaîne et la chaîne publique Kan, David Sharan, l’ancien chef du bureau de Netanyahu, servira de témoin clef si cette affaire aboutit à un procès. Sharan avait déclaré aux enquêteurs avoir reçu l’instruction de Netanyahu de faire avancer une fusion entre Bezeq et le fournisseur de tv satellite Yes. Les procureurs affirment qu’Elovitch a tiré des intérêts financiers de cette affaire.

Vendredi, Netanyahu a déclaré à la Treizième chaîne qu’il n’avait jamais donné l’instruction à Sharan d’agir en son nom dans des affaires avec Elovitch.

La police a recommandé l’inculpation de Sharan dans l’Affaire 3 000, dans laquelle il est accusé d’avoir reçu un pot-de-vin de 130 000 shekels (31 470 euros) et défendu les intérêts de l’armateur allemand ThyssenKrupp au sein du gouvernement en échange.

La police a recommandé qu’une série d’associés de Netanyahu soient inculpés dans cette affaire, même si le Premier ministre lui-même n’est pas suspect.

Le mois dernier, Sharan a perdu l’élection de la primaire du Likud qui lui aurait permis d’obtenir la place sur la liste électorale du parti réservée à un candidat de Tel Aviv. Netanyahu l’avait d’ailleurs soutenu à l’approche de la primaire.

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