Israël en guerre - Jour 148

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Le projet de train Kiryat Shmona-Eilat, qui pourrait aussi être relié à Ryad, dévoilé

Netanyahu affirme que le projet "révolutionnaire", vital pour l'économie et la sécurité, coûtera 100 Mds de NIS, mais ne précise pas d'où viendra le financement

Des hôtels au bord de la plage dans la station balnéaire d'Eilat, le 21 octobre 2015. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)
Des hôtels au bord de la plage dans la station balnéaire d'Eilat, le 21 octobre 2015. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé dimanche un projet de 100 milliards de shekels visant à relier par voie ferrée la ville de Kiryat Shmona, dans le nord du pays, à la station balnéaire d’Eilat, sur la mer Rouge, dans l’extrême sud.

Il a ajouté que « la ligne pourra à l’avenir relier Israël à l’Arabie saoudite et à la péninsule arabique, nous y travaillons également ».

Netanyahu a fait de la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite son objectif principal, mais cela semble de plus en plus improbable en raison de l’influence des ministres d’extrême-droite au sein de son gouvernement. Le New York Times a rapporté samedi, en citant un fonctionnaire israélien, qu’un accord de normalisation nécessiterait des « concessions significatives » envers les Palestiniens, qui auraient peu de chances d’être approuvées par l’actuelle coalition radicale.

« Ma vision est que chaque citoyen israélien puisse se rendre au centre ou en revenir depuis n’importe quel endroit du pays en moins de deux heures », a déclaré Netanyahu au début de la réunion hebdomadaire de son cabinet. « Dans la plupart des cas, cela prendra moins d’une heure, et même moins que cela. »

Outre le déplacement rapide des personnes sur une distance d’environ 400 kilomètres, la ligne permettra d’acheminer des marchandises du port d’Eilat vers les terminaux de la Méditerranée, a ajouté le Premier ministre.

De nombreux projets de ce type ont été proposés par le passé, mais aucun n’a abouti.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, dirigeant une réunion du cabinet, au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 30 juillet 2023. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Dans son communiqué de presse, Netanyahu n’a guère mentionné le programme de refonte judiciaire de son gouvernement, qui suscite de vives controverses, bien qu’il ait indiqué que la coalition « essaierait de parvenir à des accords » avec l’opposition pendant les congés parlementaires d’été. Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a rapidement rejeté cette proposition, déclarant qu’il n’accepterait pas de négocier si le gouvernement ne gelait pas ses projets jusqu’en 2025.

Le ministre de la Justice, Yariv Levin, l’un des deux principaux architectes du plan, était absent de la réunion.

Netanyahu a également déclaré lors de la réunion que son gouvernement se concentrerait sur l’atténuation de la crise actuelle du coût de la vie, ainsi que sur le maintien d’Israël à l’avant-garde du domaine de l’intelligence artificielle (IA), qui connaît un développement rapide dans le monde.

Questions sur l’aspect pratique et le financement

Le projet de réseau ferroviaire rapide, officiellement approuvé par le cabinet dimanche, prévoit que certains trains circuleront à une vitesse pouvant atteindre 250 kilomètres à l’heure.

Pour combler les lacunes de l’offre ferroviaire actuelle, le plan, qui devrait être achevé d’ici 2040, prévoit de relier Kiryat Shmona au reste du réseau via Karmiel, et de faire circuler des lignes de train entre Tel Aviv et Beer Sheva dans le sud via l’aéroport Ben Gurion, et de Beer Sheva à Eilat via Dimona.

Eilat est séparée des principaux centres urbains d’Israël par les vastes déserts du Néguev et de l’Arava. Dimona, où se trouve la station la plus au sud, est située à 208 kilomètres d’Eilat.

Deux épaves de voitures et un camion impliqués dans un accident le long de la Route 90 dans l’Arava, dans le sud d’Israël, le 28 mai 2022. (Crédit : Conseil régional de l’Arava)

Les Routes 12 et 90, qui relient la station balnéaire au reste du pays, sont la proie des accidents de la circulation.

Mais l’ampleur du projet et le coût d’une ligne ferroviaire reliant Dimona à Eilat ont empêché sa réalisation, qui remonte aux premières années de l’État. En effet, une proposition de construction de cette ligne revient sur la table à peu près tous les dix ans.

Conformément à la décision de dimanche, le ministère des Transports a été chargé d’examiner les options pour les différentes lignes et d’étudier si certains tronçons seraient économiquement viables et intéressants.

Le ministère des Transports consacrera un budget de 70 millions de shekels en 2023 et de 130 millions de shekels en 2024 à la planification du réseau, qui devrait inclure un tronçon de train à grande vitesse traversant le désert du Néguev.

Israel Railways devrait choisir les projets à réduire, voire à supprimer, de son plan pluriannuel pour débloquer 2,4 milliards de shekels pour la construction.

Une commission conjointe composée des directeurs-généraux des ministères des Transports et des Finances et du Bureau du Premier ministre doit discuter de la manière de financer le projet. Elle devra fournir un rapport initial au Premier ministre dans les 90 jours et un rapport complet et détaillé dans les 180 jours (avec un délai supplémentaire de 90 jours si nécessaire).

La décision prévoit également la création d’une commission distincte, chargée de présenter un rapport dans les 180 jours, composée de représentants de l’autorité de planification et des ministères des Finances, des Transports, de l’Intérieur, de l’Environnement, du Logement et de la Construction et du Développement du Néguev et de la Galilée. Leur mission consistera à examiner la meilleure façon de maximiser le potentiel du tronçon Beer Sheva-Eilat, en particulier en ce qui concerne les nouveaux logements.

Un rapport préparé il y a dix ans pour le Centre Shasha d’études stratégiques de l’Université hébraïque de Jérusalem et la Société pour la Protection de la Nature en Israël (SPNI), a conclu que les affirmations faites à l’époque sur les avantages d’une liaison ferroviaire avec Eilat n’étaient pas fondées.

Illustration : Le canal de Suez près d’Ismailia, en Égypte, le 6 août 2015. (Crédit : Amr Nabil/AP Photo/Dossier)

L’un des arguments avancés est qu’une telle ligne terrestre faciliterait le transport de marchandises entre Eilat, sur la mer Rouge, et la Méditerranée. Les chercheurs ont fait valoir que la ligne ferroviaire n’aurait pas la capacité nécessaire fournie par les navires, et que le passage par le canal de Suez resterait plus rapide et moins onéreux.

Un nouveau port devrait être construit à Eilat, ce qui entraînerait des coûts financiers – et environnementaux – énormes, poursuit le rapport. Le golfe d’Eilat abrite des récifs coralliens d’une importance mondiale et est déjà utilisé pour le transport de pétrole brut.

Le trafic de passagers serait trop faible pour justifier les coûts considérables d’une nouvelle ligne de chemin de fer, poursuit le rapport, et une nouvelle tête de ligne devrait nuire à un autre projet financé par l’État, à savoir l’aéroport international desservant Eilat.

De grandes aigrettes, au Centre international d’observation des oiseaux et de recherche d’Eilat. (Crédit : Noam Weiss, IBRCE)

Un autre rapport publié la même année et compilé par le Centre de recherche et d’information de la Knesset, avertissait que la ligne (qui serait clôturée), combinée aux remblais de terre, bloquerait le passage des animaux et réduirait leur habitat naturel, et que les trains rapides pourraient même heurter les oiseaux migrateurs.

Le plan stratégique d’Israel Railways prévoit que d’ici 2040, la ligne ferroviaire desservira environ 300 millions de passagers par an.

L’annonce de dimanche intervient presque exactement dix ans après qu’un cabinet alors dirigé par Netanyahu a approuvé une ligne de train reliant le centre du pays à Eilat. À l’époque, le projet avait été dénoncé comme étant onéreux et nuisible à l’environnement. Il ne permettait pas non plus de relier le port d’Eilat à celui d’Ashdod.

Une grande révolution des transports

Après la réunion du cabinet, Netanyahu, accompagné de la ministre des Transports Miri Regev, du ministre des Finances Bezalel Smotrich et d’un vice-ministre du parti Yahadout HaTorah, Uri Maklev, a tenu une conférence de presse pour présenter en détail le projet ferroviaire.

Netanyahu a pris la parole en premier, a écouté les trois autres intervenants, puis est revenu au micro, vraisemblablement pour répondre aux questions. Mais il s’est contenté de faire une deuxième intervention et est parti avant la séance de questions-réponses.

Dans la première de ses deux prises de parole, Netanyahu a salué ce qu’il a appelé « la grande révolution des transports » qui, selon lui, a déjà englobé la construction d’un réseau de nouvelles routes et qui verra maintenant la mise en place d’un système ferroviaire.

Il n’a pas développé la perspective qu’il avait évoquée lors de la réunion du cabinet, à savoir que le réseau ferroviaire s’étendrait à « l’Arabie saoudite et à la péninsule arabique ».

Il a déclaré que la révolution ferroviaire prévue redistribuerait la population d’Israël – qui atteindra un jour, selon lui, 30 millions d’habitants – de la région centrale vers le sud et certaines parties du nord, avec d’immenses avantages sur le plan social, économique et de la sécurité.

Alors que le premier Premier ministre David Ben Gurion parlait d’étendre la présence juive au Néguev, Netanyahu a déclaré que son plan « apportera des infrastructures au Néguev ».

« Cette révolution est en marche, avec un budget de 100 milliards de shekels », a-t-il déclaré, ajoutant que ce budget serait réparti sur plusieurs années et qu’il existait plusieurs idées sur la manière de le financer.

« Aussi improbable que soit le projet, croyez-moi, il se réalisera », a-t-il déclaré.

Dans sa deuxième prise de parole, il a déclaré que la révolution ferroviaire était une autre des « réformes » qu’il avait introduites, et que le grand défi, lorsqu’on introduit des réformes, est de persuader les gens qu’elles sont nécessaires. Il s’agissait apparemment d’une référence indirecte à son programme de remaniement du système judiciaire controversé, qui a suscité beaucoup de divisions et de controverses.

« La lutte idéologique est la plus difficile », a-t-il insisté.

Sue Surkes a contribué à cet article.

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