Le régime syrien reprend à l’EI la cité antique de Palmyre
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Le régime syrien reprend à l’EI la cité antique de Palmyre

Il s'agit de la victoire la plus importante face à l'EI depuis l'intervention fin septembre 2015 dans le conflit de la Russie

Une vue des ruines de Palmyre, en Syrie, et ce qui semble être un combattant de l'État islamique marchant dans l'ancien théâtre de la ville, dans une vidéo diffusée par la branche de propagande de l'Etat islamique le 27 mai 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Une vue des ruines de Palmyre, en Syrie, et ce qui semble être un combattant de l'État islamique marchant dans l'ancien théâtre de la ville, dans une vidéo diffusée par la branche de propagande de l'Etat islamique le 27 mai 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’armée syrienne, appuyée par son allié russe, a repris dimanche le contrôle total de la cité antique de Palmyre après en avoir chassé les jihadistes du groupe Etat islamique (EI), une victoire symbolique et stratégique pour le régime de Bashar el-Assad.

« Après de violents combats nocturnes, l’armée contrôle entièrement la ville de Palmyre, y compris le site antique et la partie résidentielle. Ils [les jihadistes] s’en sont retirés », a dit une source militaire au correspondant de l’AFP sur place dans cette ville du centre de la Syrie.

L’armée, soutenue par l’aviation et les forces spéciales russes ainsi que par le Hezbollah libanais, a lancé le 7 mars une offensive pour reprendre Palmyre à l’EI qui s’était emparé en mai 2015 de la ville et ses ruines antiques classées au patrimoine mondial de l’Unesco.

Il s’agit de la victoire la plus importante du régime face à l’EI depuis l’intervention fin septembre 2015 dans le conflit de la Russie, allié indéfectible du régime Assad.

« Si nous gagnons, ce serait la première grande défaite infligée par l’armée à Daech », avait indiqué la veille une source militaire, en utilisant un acronyme en arabe du groupe jihadiste qui contrôle toujours de vastes régions de la Syrie et de l’Irak voisin.

Fort de son succès à Palmyre, le commandement syrien a affirmé que la cité « sera la base à partir de laquelle s’étendront les opérations contre le groupe terroriste notamment Deir Ezzor [est] et Rakka [nord] », principaux fiefs de l’EI.

Quelques heures après la perte de la ville, l’EI a fait exploser deux voitures piégées à la périphérie ouest de Palmyre et des tirs étaient entendus à la périphérie.

Des combats se poursuivent en outre à l’aéroport militaire de la ville, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), alors que la quasi-totalité des habitants avaient fui avant l’entrée de l’armée dans Palmyre.

400 jihadistes tués

D’après la source militaire, les combattants de l’EI « se sont repliés vers Sokhné [à l’est de Palmyre], Rakka et Deir Ezzor », leurs fiefs dans le nord et l’est de la Syrie.

« Les unités d’ingénierie de l’armée sont en train de désamorcer des dizaines de bombes et de mines à l’intérieur de la cité antique » qui contient des trésors détruits en partie par le groupe extrémiste, a-t-elle ajouté.

Le secteur des ruines antiques était totalement désert la veille car personne n’ose s’y aventurer à cause des mines posées par les jihadistes et parce que le terrain est totalement à découvert et donc exposé à des tirs de snipers, selon le journaliste de l’AFP.

D’après l’OSDH, « au moins 400 jihadistes de l’EI ont été tués depuis le début de l’offensive ».

« Il s’agit du bilan le plus lourd pour l’EI dans une seule bataille depuis son émergence » en plein conflit syrien en 2013, a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire qui dispose d’un large réseau de sources à travers le pays.

« C’est une défaite symbolique pour l’EI, semblable à celle de Kobané », la ville kurde d’où les jihadistes ont été chassés par les forces kurdes appuyées par l’aviation de la coalition menée par Washington.

‘Perdre le grand désert’

Selon Abdel Rahmane, en perdant Palmyre, « l’EI perd automatiquement le grand désert syrien » : le régime Assad n’aura qu’à déloger l’EI de la localité d’Al-Alianiyé, située à 60 km plus au sud, pour reprendre le contrôle du désert syrien et avancer vers la frontière avec l’Irak, contrôlée en grande partie par les jihadistes.

En Irak, l’EI est aussi la cible d’une large offensive de l’armée irakienne qui cherche à reprendre son fief de Mossoul, la deuxième ville du pays située dans le Nord.

Responsable en outre d’atrocités dans les région sous son contrôle et de vastes destructions du patrimoine, le groupe jihadiste a amputé Palmyre de ses plus beaux temples, ceux de Bêl et Baalshamin, détruits à coups d’explosifs. Et en septembre, il avait détruit plusieurs des tours funéraires de la cité, avant de réduire en poussière le célèbre Arc de triomphe, symbole de l’essor de cette ville vieille de plus de 2 000 ans.

Le lion d'Athéna à Palmyre (Crédit : wikipédia)
Le lion d’Athéna à Palmyre (Crédit : wikipédia)

Avant le début du conflit en Syrie en 2011, plus de 150 000 touristes visitaient cette oasis du désert située à 210 km au nord-est de Damas, aux 1 000 colonnes, aux statues et à la formidable nécropole de 500 tombes.

La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, avait salué l’offensive de l’armée. « Depuis un an, le saccage de Palmyre est le symbole du nettoyage culturel qui sévit au Moyen-Orient ».

Pays ‘déchiqueté’

Les grandes puissances sont déterminées à en finir avec l’EI qui a revendiqué mardi dernier les attentats de Bruxelles (31 morts et 340 blessés), quatre mois après avoir commis ceux de Paris (130 morts).

Palmyre était l’une des principales batailles en cours en Syrie, où une trêve est entrée en vigueur il y a un mois entre rebelles et régime, permettant à ce dernier de concentrer le combat contre les jihadistes exclus de cette cessation des hostilités.

A la faveur de la trêve, un premier round de pourparlers indirects a eu lieu à Genève entre régime et opposition afin de trouver une issue au conflit qui a fait depuis cinq ans plus de 270 000 morts et créé une grave crise migratoire avec la fuite de millions de Syriens. L’ONU espère un deuxième round autour du 9-10 avril.

Dans son message pascal, le pape François a exprimé son espoir que ces négociations apportent la paix à ce pays « déchiqueté ».

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