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Le Shin Bet a mis en garde contre la présence de Ben Gvir à la porte de Damas

Lors d'une réunion sur le projet du député de se rendre à cet endroit sensible, les responsables auraient estimé que la montée des tensions pourrait entraîner un conflit avec Gaza

Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait rallier la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait rallier la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon des reportages télévisés, les responsables de la sécurité auraient mis en garde, mercredi, contre le projet de déplacement du député sioniste religieux, Itamar Ben Gvir, à la porte de Damas et dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem dans le cadre d’une manifestation nationaliste. Une telle présence, auraient-ils averti, aurait été susceptible d’entraîner une « deuxième guerre avec Gaza ».

La Douzième chaîne a indiqué que, lors des réunions de sécurité qui ont eu lieu en amont de l’événement – ce dernier a été par ailleurs interdit par la police – le Shin Bet avait conseillé au Premier ministre Naftali Bennett et aux responsables présents d’interdire la venue à la porte de Damas du député d’extrême droite qui, selon lui, pourrait être le « détonateur » de nouvelles tensions. Bennett avait en conséquence interdit à Ben Gvir d’être présent, invoquant des considérations – générales et personnelles – de sécurité.

« La présence de Ben Gvir serait un détonateur, et un détonateur doit être désamorcé », avait déclaré un responsable du Shin Bet lors de l’une des réunions, selon la chaîne. « Ces provocations pourraient conduire à de nouvelles violences et à une montée des tensions, au point d’embraser l’ensemble de la région. »

Une source proche des services de sécurité a par ailleurs déclaré à la Douzième chaîne que les provocations du député « faisaient le jeu du Hamas », rappelant que le groupe terroriste avait déclaré, dans la matinée, avoir le « doigt sur la gâchette » concernant la marche prévue dans la Vieille Ville.

Selon les informations transmises par la chaîne, les responsables avaient ainsi mis en garde contre la présence de Ben Gvir à la porte de Damas qui, selon eux, était susceptible d’entraîner « l’opération Gardien des murs 2 » – l’Opération Gardien des murs avait été le nom donné par Israël au conflit de mai 2021. Suivant leur analyse, les groupes terroristes de Gaza – Hamas et Jihad islamique palestinien – « auraient été forcés » d’y réagir.

Bennett avait par la suite décidé d’interdire l’accès de la porte de Damas à Ben Gvir et aux manifestants, qui souhaitaient entrer dans la Vieille Ville par cet itinéraire. Contrairement à la marche annuelle du drapeau qui est organisée à l’occasion de la Journée de Jérusalem, la marche de mercredi avait été préparée à la hâte et elle a été finalement interdite par la police.

« Souveraineté et gouvernance, oui ; provocations, non », aurait déclaré Bennett lors de la réunion.

Des partisans des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique lors d’un rassemblement dans la bande de Gaza célébrant un attentat commis à Tel Aviv, le 8 avril 2022. (Crédit : Attia Muhammed/Flash90)

La marche du drapeau organisée lors de la Journée de Jérusalem, en 2021, à laquelle avait pris part Ben Gvir, avait eu lieu peu avant que le Hamas ne tire des roquettes sur Jérusalem – des tirs qui avaient entraîné le conflit de 11 jours avec le Hamas et les autres groupes terroristes de la bande de Gaza.

Lors de ces réunions sécuritaires, les hauts responsables auraient également déclaré que la flambée de violence à Jérusalem pourrait conduire à des violences inter-ethniques dans les villes mixtes d’Israël, comme en mai dernier – des violences qui obligeraient à avoir recours à un nombre important de policiers largement mobilisés actuellement par les impératifs de la lutte contre le terrorisme.

Ben Gvir s’est présenté, mercredi, au départ de la marche, mais il n’a pas été autorisé par la police, tout comme l’ensemble des manifestants, à rejoindre la porte de Damas.

Les organisateurs de l’événement avaient initialement prévu d’entrer dans la Vieille Ville par la porte de Damas, et de passer dans le quartier musulman pour rallier le mur Occidental. S’ils avaient été à la porte de Damas, les manifestants auraient nécessairement rencontré les très nombreux fidèles musulmans qui affluaient dans la Vieille Ville, quelques heures avant la rupture du jeûne de Ramadan.

La police bloque la route afin d’empêcher les manifestants de la « Marche du drapeau » de Jérusalem d’atteindre la porte de Damas, le 20 avril 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Le ministre de la Sécurité publique, Omer Barlev, avait déclaré que permettre à Ben Gvir de se joindre à la marche risquait de conduire à une « conflagration régionale ». La présence de Ben Gvir « est une provocation susceptible de précipiter une forte détérioration de la situation sécuritaire », avait-il écrit dans un post publié sur Facebook, précisant qu’il avait demandé à Bennett d’écarter Ben Gvir de la marche.

« Sa seule présence mettrait en danger la sécurité du pays tout entier et forcerait la police, déjà très sollicitée par le maintien de l’ordre et la sécurité, à effectuer un transfert de ressources particulièrement malvenu en ce moment. »

La marche a eu lieu alors que des heurts continuaient d’opposer Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes sur le mont du Temple – Haram Al-Sharif pour les musulmans, qui abrite la mosquée Al-Aqsa – et que la Jordanie comme les Émirats arabes unis convoquaient les ambassadeurs israéliens stationnés dans leurs pays respectifs pour une réprimande. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi son homologue israélien pour faire part de son inquiétude face aux tensions autour d’Al-Aqsa, des tensions qui retiennent l’attention de tout le monde musulman.

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a critiqué la marche, qu’il a qualifiée de « provocation qui nous attire bien des problèmes ». Il a ajouté que « ce sont des radicaux dont la seule motivation est la provocation. Ce qu’ils veulent, c’est qu’il y ait de la violence et un conflit qui embrase Jérusalem. Nous ne leur permettrons pas de mettre Jérusalem à feu et à sang pour les seuls besoins de leur politique. »

Des Palestiniens se trouvent à la mosquée Al-Aqsa, au sommet du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022, pendant le Ramadan. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le ministre de la Défense, Benny Gantz a quant à lui affirmé qu’Israël protégeait la liberté de culte et le statu quo sur le mont du Temple, publiant des messages sur Twitter en arabe, en hébreu et en anglais. « Israël garantit et continuera de garantir et de défendre la liberté de culte, le statu quo sur le mont du Temple et, surtout, la sécurité de tous les citoyens de la région », a-t-il écrit.

Ces messages ont été publiés au moment-même où l’armée annonçait une nouvelle fermeture des postes-frontières séparant l’État juif de la Cisjordanie et de Gaza pour la fin des fêtes de Pessah, et Gantz en a profité pour préciser qu’Israël n’avait pas étendu ces restrictions entre dimanche et jeudi.

Gantz a joint sa voix à celles d’autres responsables indignés par les propos des dirigeants arabes – et en particulier par ceux du Premier ministre jordanien, qui a laissé entendre qu’il soutenait et encourageait les violentes manifestations palestiniennes.

« J’appelle les dirigeants palestiniens et tous les dirigeants de la région à agir de manière responsable pour garantir de bonnes conditions de sécurité et pour soutenir la politique civile que nous mettrons en œuvre en vue de l’Aïd al-Fitr », a conclu Gantz.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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