Le sionisme et la conquête de nouveaux territoires technologiques
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Si quitter le pays était autrefois mal vu, ceux qui partent aujourd'hui sont parfois perçus comme des ambassadeurs de la nation start-up

Le sionisme et la conquête de nouveaux territoires technologiques

Lors d'un évènement organisé ironiquement à Herlzliya, 140 des plus brillants esprits d’Israël se réunissent pour engendrer la transition vers la Silicon Valley

Les jeunes Israéliens assistznt à la réunion de relocalisation à Herzliya, (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)
Les jeunes Israéliens assistznt à la réunion de relocalisation à Herzliya, (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Alors que les ingénieurs, les universitaires et les employés du high-tech israélien quittent leurs foyers pour conquérir les marchés étrangers, on ne peut s’empêcher de se demander ce que le fondateur du mouvement sioniste, Theodor Herzl, aurait à dire sur la question.

Ironie du sort, c’est dans la ville israélienne de Herzliya, baptisée d’après Herzl, que quelque 140 des plus brillants cerveaux d’Israël ont assisté à une réunion en septembre pour savoir comment gérer de la manière la plus souple possible leur transition vers la Silicon Valley.

La plupart d’entre eux vont bientôt rejoindre les 50 000 Israéliens qui peuplent déjà cette bande de terre entre San Francisco et San Jose, y occupant des emplois dans le secteur high-tech.

Le rassemblement était composé de personnes, principalement âgées d’une trentaine d’années, qui étaient à la fois pleines d’espoir et pleines de peur au sujet de leur avenir. Ce rassemblement a également souligné à quel point Israël, la nation start-up, a changé depuis l’époque où ceux qui quittaient le pays étaient méprisés et considérés comme les traîtres du rêve sioniste.

Le Premier ministre Yitzhak Rabin avait à une époque surnommé ceux qui quittaient Israël les nefolet shel nemoshot, traduit librement comme « la chute des faibles ». Ce terme est resté dans l’esprit des Israéliens. Aujourd’hui cependant, les universitaires et les travailleurs du high-tech qui partent vers des contrées lointaines sont considérés comme des pionniers de la technologie israélienne, qui partent faire étalage du talent d’Israël, créer des liens et mener leur carrière vers l’avant. Ils sont considérés comme les plus chanceux.

Et si et quand ils reviennent, ils sont considérés comme des personnes qui apportent leurs connaissances et leurs expériences acquises à la nation. Ils partent donc la tête haute.

« Ceci n’est certainement pas une chute des faibles », a déclaré Oded Solomon, 35 ans, (et n’a aucun rapport avec cette journaliste) qui a assisté à la réunion. « Ceci est la chute des plus forts. Les gens qui peuvent partir sont perçus comme ceux qui ont un avantage sur les autres. Ceci est la chute de ceux qui ont réussi ».

Salomon et sa femme Lihi, 35 ans, partiront pour la Silicon Valley, éventuellement Sunnyvale, pour son travail avec Nokia. Ils n’ont pas encore de logement mais ils espèrent en trouver un près de là où d’autres Israéliens habitent. Ils ont un enfant de quatre ans et un bébé en route.

Ils partent pour une période indéterminée. C’est un « aller simple », a expliqué Salomon. « Nos parents sont tristes mais ils nous soutiennent. Mon père parle de sionisme et de combien il est important de revenir. Il s’inquiète que l’on ne revienne pas. »

Selon les chiffres fournis par Ogen, une société de relocalisation qui a organisé le rassemblement, il y a environ 50 000 Israéliens qui vivent dans la région de la Silicon Valley, selon les chiffres fournis par les consulats israéliens.

« Ils viennent généralement pour deux ou trois ans mais restent pendant cinq ans ou plus », a expliqué Aya Shmueli Levkovitz, 39 ans, organisatrice de la conférence et fondatrice d’Ogen.

« La plupart d’entre eux reviennent en Israël, même si c’est au bout de 12 ans, et généralement avant que leurs enfants aillent au collège ou au lycée, parce que c’est le moment où ils changent d’école de toute façon. »

Des Israéliens candidats au déménagement lors d'un rassemblement à Herzliya, organisé par Ogen (Crédit : Shoshanna Solomon)
Des Israéliens candidats au déménagement lors d’un rassemblement à Herzliya, organisé par Ogen (Crédit : Shoshanna Solomon)

Levkovitz s’est également installée à Sunnyvale, en Californie, il y a 10 ans, lorsque que son mari a trouvé un emploi dans le secteur high-tech. Voyant un besoin, elle a créé son entreprise avec un autre partenaire israélien en 2012. Depuis, Ogen a aidé à orienter « quelques centaines de familles » à travers le bourbier qu’est l’obtention d’un visa, la recherche d’une maison et du meilleur supermarché pour ceux qui souhaitent déménager, a expliqué Levkovitz.

« Il y a un changement significatif dans l’attitude du gouvernement israélien », a déclaré le Dr Nurit Eyal, directrice d’un programme gouvernemental mis en place il y a trois ans pour attirer des universitaires et des professionnels de la haute technologie en Israël.

« Si à une époque les gens qui partaient du pays étaient considérés comme des fruits pourris qui devaient être bannis, aujourd’hui l’attitude est que la délocalisation fait partie de l’écosystème universitaire et de la haute technologie israélienne, et quand ils veulent rentrer à la maison, nous sommes là pour les aider », a ajouté Eyal.

Eyal est persuadé que le chiffre qu’Ogen présente sur les Israéliens vivant dans la Silicon Valley est trop élevé. Selon les données du programme basées sur les chiffres du Bureau central des statistiques, il y a environ 27 856 universitaires israéliens vivant à l’étranger – pour une période de trois ans ou plus, contre 24 503 en 2012. Et 75 % d’entre eux vivent aux États-Unis.

Les chiffres du Bureau des statistiques montrent également qu’au cours des trois dernières années, il y a eu en moyenne une sortie nette (plus de gens qui partent et moins de personnes qui reviennent) d’universitaires (dans tous les secteurs du milieu universitaire) d’environ 1 000 personnes par an.

« D’après notre expérience la plupart reviennent » à un moment ou un autre, a affirmé Eyal. Mais, il n’y a pas suffisamment de données à long terme qui sont disponibles sur la question, a-t-elle ajouté.

Le rassemblement sur la relocalisation organisé par Ogen, Herzliya (Crédit : Autorisation de Shoshanna Solomon)
Le rassemblement sur la relocalisation organisé par Ogen, Herzliya (Crédit : autorisation de Shoshanna Solomon)

Malgré cela, le phénomène des Israéliens qui partent ne peut être évité, a expliqué Eyal.

« Israël s’est ouvert et est devenu mondial, le savoir-faire est mondial et nous faisons partie de cette tendance. Aujourd’hui, nous ne parlons pas de la fuite des cerveaux, mais du cycle des cerveaux. Beaucoup de gens déménagent, peut-être même plus d’une fois », a-t-elle estimé.

« Les gens ont la possibilité de vivre et de travailler ailleurs à l’ère de la mondialisation. Les entreprises sont en concurrence avec les travailleurs dans le monde entier et le gouvernement israélien reconnaît cela. Voilà pourquoi nous essayons de rendre le retour aussi facile que possible », a ajouté Eyal.

Le programme Israel National Brain Gain que dirige Eyal peut mettre en relation les Israéliens qui rentrent à un réseau de 350 entreprises en Israël et il les aide aussi avec les problèmes bureaucratiques et autres qui peuvent les décourager à rentrer.

Les premiers résultats d’une récente enquête par le programme parmi les 800 personnes qui vivent à l’étranger ou qui sont rentrées par le biais du programme ont constaté que la plupart des universitaires du programme vivant à l’étranger ont quitté Israël pour des raisons professionnelles. Et ceux qui reviennent, le font parce qu’ils considèrent Israël comme leur pays et parce que leur famille est ici, a expliqué Eyal.

Dar, 32 ans, et Adi, 31 ans, sont mariés et préfèrent ne pas révéler leur nom de famille car ils ne sont pas encore sûrs de partir. Tous deux sont ingénieurs biomédicaux et examinent les opportunités d’emplois disponibles à l’étranger. Tous les deux ont un emploi en Israël et ont déclaré que leur motivation est de faire progresser leur carrière et grimper l’échelle économique.

« Economiquement la valeur que vous obtenez pour le travail que vous faites est supérieure à l’étranger par rapport à Israël », a déclaré Dar. Son frère est parti et est revenu en Israël après 10 ans à l’étranger.

« Ma mère soulève la question du sionisme, et elle dit qu’il n’y a pas d’autre endroit comme Israël. Mais nous sommes une génération différente. Nous avons fait notre part pour le pays en allant à l’armée et maintenant nous voulons aller de l’avant sur le plan économique. En Israël, il est presque impossible d’aller de l’avant, d’exister. »

Le coût élevé de la vie et la détérioration des services publics et de l’éducation en Israël ont conduit ses citoyens à manifester à l’été 2011, incitant le gouvernement à prendre des mesures pour faire baisser les prix pour ses citoyens.

« Le départ des Israéliens hautement qualifiés pour travailler et vivre à l’étranger, avec certains d’entre eux résidant à l’étranger, est inévitable si Israël veut faire partie du monde global et de l’économie mondiale. Ce serait désastreux si Israël essayait d’être une économie fermée », a déclaré Omer Moav, professeur d’économie à l’université de Warwick et du Centre interdisciplinaire de Herzliya.

« Cependant, le gouvernement doit prendre ce problème, cette fuite des cerveaux compte en termes de politique. Nous devons permettre aux Israéliens d’avoir une vie raisonnable ici, surtout pour ceux de l’enseignement supérieur et qui ont la capacité de pousser notre économie. Les retours des compétences ne devraient pas être imposés si lourdement. »

« Le rêve sioniste est d’avoir des gens ici et un Etat qui réussit, a déclaré Moav. Une dictature qui enferme simplement les gens n’est pas une option attrayante, ni un scénario raisonnable. Mais un autre moyen de faire est de créer un pays où il est agréable de vivre. Malheureusement, ce n’est pas le cas en termes de logement, du coût de la vie, de la bureaucratie ou de la sécurité. Quand le rêve sioniste, avec ses fortes racines socialistes, rencontre l’économie mondiale, un changement de politique est nécessaire pour garder les Israéliens qualifiés en Israël. »

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