Le Somaliland célèbre la reconnaissance d’Israël ; concert de condamnations
Donald Trump ne suivra pas pour l'instant ; Cet ex-protectorat britannique a déclaré unilatéralement son indépendance de la Somalie, anciennement sous domination italienne, en 1991

Vendredi, les habitants du Somaliland sont descendus dans les rues pour célébrer la décision d’Israël, premier pays à reconnaître cette région séparatiste. Le président américain Donald Trump, pour sa part, tempérait leurs espoirs de voir son pays suivre l’exemple de Jérusalem.
Si Trump a annoncé qu’il allait étudier la question, il a ensuite adopté uner attitude plus condescendante.
« Tout est à l’étude », a-t-il indiqué au New York Post lors d’une interview téléphonique. « Nous allons examiner la question. J’examine beaucoup de choses et je prends toujours d’excellentes décisions, qui s’avèrent être correctes. »
« Quelqu’un sait-il vraiment ce qu’est le Somaliland ? », s’est interrogé Trump.
Selon le Post, la volonté du Somaliland de rejoindre les accords d’Abraham n’a pas semblé convaincre Trump, alors même que la guerre à Gaza a compromis les efforts visant à étendre les accords de normalisation historiques qu’il a négociés entre Israël et plusieurs pays musulmans.
L’offre du Somaliland d’accueillir un port militaire américain a également semblé laisser Trump impassible, a ajouté le Post. « La belle affaire », a répondu le président américain lorsqu’on lui a demandé ce qu’il en pensait.
Vendredi, Israël est devenu le premier pays à reconnaître le Somaliland. Cet ancien protectorat britannique a déclaré unilatéralement son indépendance de la Somalie, anciennement sous domination italienne, en 1991.
In downtown Hargeisa, something once unimaginable, a Israeli flag emblazed on the city’s main museum.
Loads of people are celebrating beneath. pic.twitter.com/1AIQVgod7K
— Faisal (@FaisalAHAli) December 26, 2025
Sur des images tournées à Hargeisa, la capitale du Somaliland, on peut voir des foules agitant le drapeau national et chantant dans les rues, tandis que les drapeaux israélien et somalilandais sont projetés sur la façade du Musée national du Somaliland.
Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, qui a fait de la reconnaissance de son pays par la communauté internationale une priorité absolue depuis son entrée en fonction l’an dernier, a fait savoir dans un message publié sur le réseau social X que la reconnaissance d’Israël représentait un « moment historique » et le début d’un « partenariat stratégique ».
Des analystes régionaux ont estimé qu’un rapprochement avec le Somaliland, qui a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, pourrait permettre à Israël de sécuriser son accès à la mer Rouge.
Concert de condamnations
Malgré les célébrations au Somaliland, la décision d’Israël a suscité une colère généralisée, notamment de la part de Djibouti, de l’Egypte mais aussi de la Turquie qui a dénoncé une « ingérence ».
Mogadiscio a dénoncé une « attaque délibérée » contre sa souveraineté.
La reconnaissance du Somaliland par Israël exacerbe également « les tensions politiques et sécuritaires dans la Corne de l’Afrique, la mer Rouge et le golfe d’Aden, le Moyen-Orient et la région au sens large », a averti le bureau du Premier ministre somalien Hamza Abdi Barre dans un communiqué.
La Somalie a par ailleurs réaffirmé son soutien « indéfectible » aux droits légitimes du peuple palestinien, « notamment à son droit à l’autodétermination, et son rejet catégorique de l’occupation, des déplacements forcés. »
« À cet égard, la Somalie n’acceptera jamais de rendre le peuple palestinien apatride », a-t-elle ajouté. En août, plusieurs médias internationaux ont fait état de discussions entre les autorités israéliennes et du Somaliland pour l’accueil de Palestiniens expulsés de Gaza.
L’Egypte s’est jointe vendredi à la Turquie, à la Somalie et à Djibouti pour condamner la reconnaissance par Israël du Somaliland comme Etat indépendant, une position également partagée par les pays du Golfe.
Les chefs de la diplomatie des quatre pays se sont entretenus par téléphone, exprimant leur « rejet total et leur condamnation de la reconnaissance par Israël de la région du Somaliland », selon un communiqué du ministère égyptien des Affaires étrangères.
Ils ont affiché leur « plein soutien à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Somalie ».
« La reconnaissance de l’indépendance du Somaliland constitue un nouvel exemple des actions illégales du gouvernement du (Premier ministre) Netanyahu visant à créer une instabilité régionale et mondiale », écrit le ministère turc des affaires étrangères dans un communiqué.
« Cette initiative d’Israël, qui poursuit sa politique expansionniste et met tout en œuvre pour empêcher la reconnaissance d’un Etat palestinien, constitue une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Somalie », ajoute-t-il, en estimant que « les décisions concernant l’avenir de la République fédérale de Somalie et de la région du Somaliland doivent être prises de manière à refléter la volonté de tous les Somaliens ».
« La Turquie, qui attache une grande importance à la paix et à la sécurité dans la Corne de l’Afrique et soutient fermement l’intégrité territoriale de la Somalie, continuera d’être aux côtés du peuple somalien » conclut-il.
Ankara apporte son assistance militaire et économique aux autorités du pays, dévasté par la guerre civile depuis le début des années 90, dont elle contribue à restaurer l’armée et les infrastructures tout en garantissant sa présence – également maritime – en Afrique de l’Est .
Dans un communiqué distinct, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït, Oman et le Qatar, a dénoncé « une grave violation des principes du droit international et une atteinte flagrante à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » de Mogadiscio.
Même tonalité du côté de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui a appelé au respect des « principes de la Charte des Nations unies et du droit international ».
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a pour sa part estimé que cette reconnaissance par une « puissance occupante » constituait « une violation manifeste des règles du droit international et une atteinte grave au principe de l’unité et de la souveraineté des Etats ».
L’Union africaine avait aussi rejeté vendredi « toute reconnaissance du Somaliland », désormais reconnu comme « un Etat indépendant et souverain » par Israël, une première pour cette république autoproclamée qui déclaré unilatéralement son indépendance de la Somalie en 1991 et n’était à ce jour reconnue par aucun autre pays.
« Toute tentative visant à saper l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie (…) risque de créer un dangereux précédent aux conséquences considérables pour la paix et la stabilité sur l’ensemble du continent », a également averti dans un communiqué le Président de la Commission de l’Union africaine Mahmoud Ali Youssouf.
Les shebab, groupe terroriste islamiste lié à Al-Qaïda qui se bat depuis 2006 contre le gouvernement somalien, ont affirmé samedi qu’ils « combattraient » toute tentative d’Israël d’ « utiliser » le Somaliland, au lendemain de la reconnaissance par le gouvernement israélien de cette république autoproclamée.
Les shebab « rejettent l’ambition des Israéliens de revendiquer ou d’utiliser des parties de nos territoires. Nous ne l’accepterons pas et nous la combattrons, si Dieu le veut », a déclaré leur porte-parole Ali Dheere, dans un communiqué.
« C’est une humiliation du plus haut degré aujourd’hui de voir certains Somaliens célébrer une reconnaissance par le Premier ministre israélien (Benjamin) Netanyahu », quand Israël est « le plus grand ennemi de la communauté islamique », a-t-il estimé.
Le territoire du Somaliland (175 000 km2 soit près du tiers de la France), qui correspond peu ou prou à l’ancienne Somalie britannique, est situé à la pointe nord-ouest de la Somalie.
Il a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, alors que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l’autocrate Siad Barre.
La république autoproclamée fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaie, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité comparée à la Somalie, minée par l’insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.
Mais elle n’était jusqu’alors reconnue publiquement par aucun pays, ce qui la maintient dans un certain isolement politique et économique malgré sa situation à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l’océan Indien au canal de Suez.
La Somalie est confrontée depuis près de 20 ans aux islamistes shebab, liés à Al-Qaïda. Si la sécurité s’est nettement améliorée dans la capitale, la guerre fait encore aujourd’hui rage à 60 kilomètres de Mogadiscio.







