Le sommet de Genève II promet d’être bien long
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Analyse

Le sommet de Genève II promet d’être bien long

Les civils meurent toujours, les rebelles se battent, et les émissaires du gouvernement et de l’opposition "discutent" en Suisse

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Palais des Nations à Genève, Suisse. (Crédit : Wikimedia Commons/CC BY MadGeographer)
Palais des Nations à Genève, Suisse. (Crédit : Wikimedia Commons/CC BY MadGeographer)

La Suisse accueille en ce moment l’un des événements les plus festifs et des plus dépourvus de sens que les Etats-Unis, la Russie et l’ONU aient organisé ensemble au cours de ces dernières années !

Mercredi 22 janvier, le sommet de Genève II a débuté dans la ville de Montreux, en Suisse, afin – du moins selon ses organisateurs – de faire cesser les combats en Syrie.

Des centaines de journalistes du monde entier ont photographié la cérémonie d’ouverture sous tous les angles possibles et imaginables.

Nous avons droit aussi à de très émouvants discours prononcés entre autres par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, celui du secrétaire d’Etat américain John Kerry, ou encore celui de l’envoyé des Nations unies, Lakhdar Brahimi.

Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Mouallem et quelques représentants de l’opposition se sont aussi prêtés au jeu.

Le problème est que les participants et les organisateurs ne sont pas d’accord sur la façon de parvenir à un cessez-le-feu. Alors que l’opposition syrienne a accepté in extremis de participer au sommet, les représentants du régime de Bachar al-Assad sont quant à eux venus en Suisse pour discuter « des moyens de lutter contre le terrorisme. »

Le président syrien Bachar al-Assad lors d'une interview à Damas (Crédit : capture d'écran Foxnews)
Le président syrien Bachar al-Assad lors d’une interview à Damas (Crédit : capture d’écran Foxnews)

Ceci n’arrivait que quelques jours après que Bachar al-Assad annonce son intention présumée de se représenter aux prochaines élections présidentielles.

Les efforts des dirigeants américains et russes afin d’établir une trêve entre les différents entités rivales semblent désespérés, peut-être aussi car il n’existe pas de solution qui contenterait tout le monde.

La semaine dernière, dans un hôtel à Istanbul, l’ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford (qui n’est bien sûr pas en poste actuellement), a tout tenté, et ce jusqu’à la dernière minute, pour convaincre certains représentants réticents de la Coalition nationale syrienne (CNS) de participer au sommet suisse.

Pourtant, les requêtes de ce dernier n’ont pas été toujours prises en compte. En effet, seulement 73 sur les 120 membres de la CNS ont participé au vote qui s’est déroulé le samedi 17 janvier.

Cinquante-huit membres ont voté en faveur de la participation de la CNS au sommet. A peine la moitié !

Il existe un autre problème, sans doute plus important encore, qui est celui du degré de représentativité que la CNS incarne. Est-elle le reflet exact de l’opposition syrienne ? Pas certain qu’il y ait un groupe capable de l’être.

Selon diverses sources occidentales, on dénombre 1 200 groupes appartenant à l’opposition du président syrien Bachar al-Assad. Certains sont petits, d’autres sont plus grands. La seule chose qu’ils aient véritablement en commun, outre une hostilité à l’encontre de Bachar al-Assad, est l’absence de consensus sur les moyens stratégiques à utiliser pour renverser le président.

Alors, qu’est-ce que l’Amérique tente de faire pour résoudre cette situation qui semble apparemment insoluble ?

Un des hommes présents à l’hôtel turc a déclaré au Times of Israel que Washington soutenait les échanges pour surtout donner l’impression qu’il essaie d’arrêter le massacre en Syrie. « Mais ils ont bien conscience qu’ils n’y parviendront pas. Ils ne veulent pas agir militairement, et tout le monde sait que la guerre va continuer, » a-t-il indiqué. Il a probablement raison.

Mardi 21 janvier, le gouvernement de Bachar al-Assad a continué d’attaquer, ciblant l’opposition à Alep. Des images atroces ont été difusées, montrant des milliers de prisonniers, torturés et affamés, dans les établissements pénitentiaires.

La dispute pour savoir qui allait participer au sommet entre les représentants du régime et de la Russie d’un côté, et l’opposition et les États-Unis de l’autre, a commencé bien avant le sommet et s’est poursuivie jusqu’à la dernière minute.

 2,5 millions de réfugiés et 130.000 morts en Syrie

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait invité l’Iran à participer au sommet – mais la pression arabo-qatari-américaine – ajoutée à la menace de la CNS de boycotter le sommet de Genève II – l’a conduit à annuler l’invitation seulement 11 heures après l’avoir envoyée.

Et de quoi parleront-ils ? Ce n’est pas très clair non plus.

Le côté moins cérémonial des négociations devrait commencer ce vendredi 24 janvier, mais on ne sait pas si elles vont effectivement se dérouler.

Les représentants de l’opposition qui ne bénéficient pas d’une légitimité parmi les rebelles vont exiger le retrait de Bachar al-Assad, et ses émissaires refuseront.

De grands groupes dans l’opposition boycottent les pourparlers, et il semble que les chiffres terrifiants de Syrie – 2,5 millions de réfugiés et 130 000 morts – vont continuer d’augmenter.

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